Etape 2 : « J’ai encore un mot à vous dire… » de Jean-Loup Chiflet

Un mot sur l’auteur :

Jean-Loup Chiflet – John-Wolf Whistle – est écrivain et éditeur. Son objectif, qui consiste à s’instruire en s’amusant, lui vaut un immense succès depuis des années. Il a écrit le fameux Sky my husband! , regard humoristique sur la traduction du français à l’anglais, Le Cafard laqué ou Le Mokimanké, le dictionnaire des mots qui existent enfin, après Le Dictionnaire des mots qui n’existent pas et Mais que fait l’Académie ? Le Dictionnaire des mots qui devraient exister…
Il se définit lui-même comme un grammairien buissonnier.
Ses livres, pleins d’humour et de finesse, étonnent et enchantent les amoureux de la langue, française ou étrangère. Jean-Loup Chiflet a créé sa propre maison d’édition : Chiflet&Cie en 2005.

J’ai encore un mot à vous dire…

De prime abord, il peut paraître incongru de vouloir interviewer un mot. Comme si un mot pouvait soudain se mettre à exister sous la forme d’un être vivant et s’exprimer de lui même, outrepassant ainsi largement sa simple fonction de mot. Comment un mot pourrait-il bien nous raconter plus de choses que ce qu’il est censé signifier… Absurde, non ?
NON ! Nous répond Jean-Loup Chiflet, arguant que même Victor Hugo l’a écrit dans ses contemplations :

« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant ;
La plume, qui d’une aile allongeait l’envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure, »

Nous ne contredirons donc pas ici MM. Hugo et Chiflet, chacun d’eux étant, à sa manière, éminent spécialiste de la langue française. Si pour eux, les mots sont vivants, alors ils doivent aussi l’être pour nous, le commun des mortels. Les récalcitrants se réconcilieront avec la logique et le sens commun en se persuadant que tout ceci n’est, en définitive, que métaphore pour l’un et anthropomorphisme pour l’autre.

Jean-Loup Chiflet nous offre donc ici la suite de son best seller de 2002 « J’ai un mot à vous dire » dans lequel il décrivait les grandes étapes de l’existence d’un mot : « sa naissance à la clinique du larynx, ses années à l’école Grammaire, entre la redoutable mademoiselle Syntaxe et le charmant monsieur Style, ses études à Sciences-Mots […] ses shoppings d’adjectifs chez Epithète et Attribut, ainsi que ses exercices de gymnastique hebdomadaires dans la salle de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle). ». Huit ans plus tard, il nous relate le quotidien de ce mot qui fait maintenant une brillante carrière dans la police et vient tout juste d’être promu « commissaire divisionnaire aux affaires textuelles ». On y apprend, entre autres, que monsieur Style n’enseigne plus à l’école Grammaire car il a été accusé d’avoir aspergé madame Syntaxe de gaz lacrymogène lors d’une récréation. Le commissaire plutôt sceptique est, quant à lui, sur la piste de deux suspects bien plus plausibles : les sieurs Texto et SMS…
Cet ouvrage en deux parties laisse une grande place à diverses annexes parmi lesquelles vous découvrirez « Les avis de recherche des figures de style difficiles à appréhender », les « mains courantes » du bureau des affaires textuelles ou encore les mots « en attente d’inscription à l’état civil lexical », autant de prétextes à réflexion sur les nuances, les difficultés grammaticales et les aberrations de la langue française dont l’auteur est si friand.

Réflexion faite, si la langue française est bien une langue vivante, pourquoi les mots qui la composent ne le seraient-ils pas ?

6 réflexions au sujet de « Etape 2 : « J’ai encore un mot à vous dire… » de Jean-Loup Chiflet »

  1. Tout en étant d’accord avec M Chiflet sur la difficulté de l’orthographe française j’ai trouvé ce livre trop inégale. Par moments il y a des traits de génie(les mots refusés) en d’autres occasions je le trouve plutôt ennuyeux (les avis de recherche).
    Au Printemps du Livre de Montaigu j’ai découvert un auteur Gordon Zola qui a fait du jeu de mots un art. Les enquêtes surréalistes du commissaire Suitaume sur des sujets toujours d’actualité sont assez décapantes. Il métamorphose les romans à succès tels « Harry Potter » ou le « Da Vinci Code » en des histoires hilarantes ou les jeux de mots se succèdent.

    1. Merci Carmen pour cet avis. Pour ma part je ne connaissais que très peu des figures de style qui font l’objet des avis de recherche de Jean-Loup Chiflet ; cela a donc été pour moi l’occasion de m’instruire sur ce sujet… en consultant un abécédaire des figures de style.
      Quant à Gordon Zola, c’est effectivement un auteur talentueux qui manie le jeu de mots, la parodie et le détournement comme personne. Il est également le créateur du Léopard Masqué ( http://www.leopardmasque.com/ ), maison d’édition consacrée exclusivement aux romans humoristiques. Pour l’anecdote, Gordon Zola a entrepris de parodier l’intégralité des albums de Tintin en publiant sous forme de saga romanesque « Les aventures de Saint-Tin et de son ami Lou » dont les couvertures et les titres sont particulièrement drôles. Le Léopard Masqué, assigné en justice pour contrefaçon par la société Moulinsart S.A., gagne en 2011 son procès en appel ( http://goo.gl/RLGlD ), une victoire pour la préservation en France du droit à la parodie.

      1. J’ai beaucoup apprécié le livre de Jean-Loup Chiflet ; sa façon de traiter les difficultés de la langue française m’a amusée, même si, effectivement, certains passages sont plus intéressants que d’autres.
        Tout comme Carmen, j’ai découvert Gordon Zola à Montaigu ; j’ai pu bavarder un peu avec lui ; ses parodies des aventures de Tintin sont en fait un hommage puisqu’il confesse avoir beaucoup aimé les BD de ce héros.

  2. Nous sommes d’accord avec Carmen, la meilleure partie de ce livre est consacrée aux mots refusés. Désormais nous utilisons :
    Purails : Réseau serré de rails que l’on trace à la fourchette dans une purée, par souci de décoration, par désœuvrement ou pour laisser croire qu’elle est faîte maison.
    Aminonyme : Ami ou connaissance dont le nom vous échappe au moment précis où vous devez le présenter à une tierce personne, au cours d’une soirée ou d’un cocktail.
    Chiyoyo : Petit chien au bout d’une laisse à enrouleur.
    Concupizzence : Penchant à toujours préférer la pizza commandée par son voisin, au restaurant.
    Para-pet : Bruit de frottement d’un pantalon sur un siège en cuir que l’on refait volontairement plusieurs fois pour bien signaler à ses voisins que le premier n’était pas d’origine intestinale.

  3. A noter que Jean-Loup (oui maintenant qu’on le connaît, on l’appelle comme ça) a aussi écrit un livre qui s’appelle : « 99 mots et expressions à foutre à la poubelle ». Tout le vocabulaire des journalistes et des personnes qui espèrent parler « moderne » y passe : au jour d’aujourd’hui, c’est clair, y-a pas de soucis…
    Allez et bonne fin de journée !

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