« Trois hommes dans un bateau » par les Frisettes Brother’s

Nous sommes en 1889, à Londres. Alors que  l’austère establishment britannique maintient dans son corset la société victorienne, trois lords, trois gentlemen, engoncés dans leurs vêtements et dans leurs préjugés plus étroits que le chas d’une aiguille, accompagnés de leur chien qui ne peut être qu’un fox terrier, vont partir à l’aventure : ils vont naviguer sur la Tamise !

Ce récit, écrit à la première personne, est avant tout un prétexte pour parler pour le plaisir de parler (ou plutôt écrire pour le plaisir d’écrire). Le narrateur, un peu à la manière d’un Edouard Baer ou d’un François Rollin, se complaît dans les longues phrases amphigouriques ponctuées de digressions où il s’emballe dans des considérations sur le monde, la vie, l’histoire, puis s’aperçoit soudain qu’il a perdu le sens de son récit. On assiste ainsi à un discours parodique (qui atteint parfois la limite entre le pastiche et le sincère pour rejoindre la belle phrase) du romantisme victorien. Ainsi, si l’on veut être un lord, on se doit de s’enthousiasmer pour la beauté de la nature, de déclamer ses grands sentiments généreux et de se passionner pour l’histoire. Ces oisifs sont les rois de la mauvaise foi (notamment pour en faire le moins possible et accuser les autres de fainéantise). Ils multiplient les actions les plus viles et les aventures les plus ridicules, toujours avec un flegme britannique. Le lecteur s’amuse ainsi du décalage entre la réalité prosaïque, souvent décrite avec beaucoup d’euphémismes (des aventures ou leur bêtise et leur couardise les amènent à tomber dans l’eau ou à se ridiculiser) et la justification permanente du narrateur qui se drape dignement dans les apparences, les conventions et les préjugés.

Bref c’est rigolo même si, des fois, c’est un peu long !

En bonus ce petit extrait étonnant de « Trois hommes dans un bateau » où notre lord digresse sur son époque (n’oubliez pas que nous sommes en 1889) :

En sera-t-il de même dans l’avenir ? Les trésors précieux d’aujourd’hui seront-ils toujours les bagatelles à bon marché de la veille ? Verra-t-on des rangées de nos assiettes à fleurs s’aligner au-dessus des marbres de cheminées chez les gens cossus de l’an 2000 et quelques ? Et les tasses blanches à filet d’or avec au fond la jolie fleur (d’espèces inconnue), que notre petite bonne casse maintenant à plaisir, figureront-elles, après de soigneux raccommodages, sur un piédestal où ne les époussettera que la maîtresse de maison ? (…) Le « modèle » que la fille aînée a brodé en classe deviendra « tapisserie du siècle de Victoria » et sera d’une valeur quasi inestimable. Les pichets de faience bleus et blancs des auberges campagnarde d’aujourd’hui seront recherchés, tout craquelés et ébréchés, et vendus au poids de l’or, les gens riches s’en serviront comme de verre à bordeaux… 

Une réflexion au sujet de « « Trois hommes dans un bateau » par les Frisettes Brother’s »

  1. Les Frisettes m ont donné envie de lire ce livre. Quelle verve !
    Les héros du livre qui se perdent en digressions quitte parfois à tomber dans le ridicule. Je crois aussi connaître des gens comme ça, des personnes un peu frisées mais tellement attachants…

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