Chindōgu ou l’art d’inventer l’utile… inutilisable

Nous vous parlions il y a quelques temps du catalogue des objets introuvables de Jacques Carelman. Eh bien, sachez que l’idée de ces inventions souvent farfelues ou caricaturales a depuis, fait des émules, notamment au Japon en la personne de Kenji Kawakami qui créa, dans les années 1980, le concept de Chindōgu. La traduction littérale de ce néologisme est « précieux/rare (chin) outil (dōgu) » : objet étrange, insolite. En voici quelques exemples :

Le support de livre pour lit, la panacée du gros lecteur.

Les lunettes pour éplucher les oignons, tient vos yeux à l’écart des gaz lacrymogènes.

La cravate-parapluie, pour ne plus être pris au dépourvu.

L’appareil photo à 360° jetable, pour ressembler à la Google Street car.

Le pochoir à lèvres, pour un maquillage parfait en toutes circonstances.

Les chaussures-ramasse-miettes, plus besoin de se baisser.

La grenouillère-serpillère, un gain de temps considérable !

Existe aussi pour animaux de compagnie.

La lampe torche à énergie solaire, sans batterie (sinon cela risquerait de devenir utile).

Bien qu’ayant déposé plusieurs brevets, Kenji Kawakami revendique l’idée d’inventer ou d’innover sans que cela soit dans un but commercial ou utilitaire, ainsi, il créa l’International Chindōgu Society dont les dix grands principes s’énoncent de la manière suivante :

1.Un chindōgu ne doit pas être conçu pour un véritable usage. Il doit être d’un point de vue pratique quasiment inutilisable.

2.Un chindōgu doit exister. Même si on ne peut pas l’utiliser réellement, le chindōgu doit physiquement exister.

3.Chaque chindōgu doit véhiculer l’idée d’une certaine anarchie, et avoir été créé dans une certaine anarchie. Les chindōgu sont des objets créés par l’homme mais qui se sont affranchis du concept d’utilité. Ils représentent la liberté de penser et d’agir ; la liberté de défier l’ancienne et suffocante dominance de l’utile ; la liberté d’être (presque) inutile.

4.Les chindōgu sont conçus pour la vie quotidienne. Ils doiventt être compris par tout le monde, et partout. Le chindōgu est une forme de communication non verbale. Les inventions extrêmement spécifiques ou techniques ne sont pas classables comme chindōgu.

5.Les chindōgu ne sont pas vendus. Les chindōgu ne sont pas faits pour être vendus ou achetés.

6.L’humour ne doit pas être la seule motivation de création un chindōgu. La création d’un chindōgu est à la base une activité de « résolution de problème ». L’humour est simplement le co-produit de la découverte d’une solution élaborée et/ou non conventionnelle à un problème qui n’était pas nécessairement contraignant.

7.Le chindōgu n’est pas de la propagande. Un chindōgu est innocent. Il est fait pour être utilisé, même s’il ne le sera pas. Il ne doit pas être créé comme un commentaire pervers ou ironique de la condition humaine.

8.Un chindōgu ne peut être tabou. Il ne doit pas être vulgaire, ni porter atteinte à une créature vivante.

9.Un chindōgu ne peut être breveté. Les chindōgu sont offerts au monde entier. Ils ne sont donc pas des idées pouvant être protégées, placées sous copyright, brevetées, collectionnées ou possédées. Comme le disent les espagnols : « Mi chindōgu, es tu chindōgu ».

10.Un chindōgu ne doit causer aucun préjudice.

Cela dit, l’idée en elle même n’est pas nouvelle, loin s’en faut ! Souvenez-vous de l’incroyable machine à nourrir du film de Charlie Chaplin « Les Temps Modernes » :

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Étonnant non ?

2 réflexions au sujet de « Chindōgu ou l’art d’inventer l’utile… inutilisable »

  1. Un sèche cheveux pédestre ! des parapluies pour chaussures ! Et bien d’autres réalisations très ingénieuses, mais totalement inutiles. A découvrir dans les 2 revues de presse de télématin du 22 octobre 2014 et dans la revue n°8 de We Demain .

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