Le Whodunit, what is it ?

1) Aux origines d’un genre.

Who had done it ? Who done it ? Whodunit ?
En français : « Qui a fait ça ? » ou « Qui l’a fait ? ».

Le terme désigne le roman à énigme classique du début du XXe siècle. On parle aussi de roman-jeu ou de roman problème. Ce Whodunit se caractérise par un jeu entre l’auteur et son lecteur autour de la résolution du mystère, et la révélation finale du nom de l’assassin dans les dernières pages. Au lecteur de trouver avant ce moment fatidique le nom du coupable, et si possible la méthode employée pour commettre le crime.

Cette contraction, Whodunit, apparaît dans l’entre-deux-guerres sous la plume d’un certain Donald Gordon en 1930, dans la revue bibliographique American News of Books, selon le Webster’s New World Dictionnary.

Le terme a suivi l’apparition du genre, et la paternité de cette expression a été sujette à quelques débats. Ainsi, dans le numéro du 25 avril 1942 du Daily Telegram, on s’amuse d’une plaisante controverse sur l’inventeur du terme, que certains attribueraient au magazine Variety en 1932, avant de trancher en la faveur de Donald Gordon (Don Gordon dans l’article).

Dans le Toledo Blade du 3 juin 1985, l’inventeur du mot serait Sime Silverman en 1936, toujours dans Variety, ou encore un certain Wolfe Kaufman. Ce dernier dans le numéro du 10 juin 1946 du Milwaukee Journal affirme avoir créé le terme pour Variety en 1935 ou 1936, à propos du film Murder of an aristocrat, il avait besoin d’un terme plus court que mystery story. Il est certain que le terme apparaît dans le numéro du 28 août 1934, concernant le tournage et l’adaptation de la pièce Recipe for Murder du britannique Arnold Ridley. Dans tous les cas concernant le magazine Variety, l’emploi de Whodunit concerne un film et non un roman.

Notons que la date de parution du premier numéro d’American News of Books étant incertaine, et celles proposées étant souvent postérieures à 1930, Donald Gordon a peut-être forgé le terme cette année-là avant qu’il ne soit utilisé dans la revue proprement dite.
Ainsi, comme dans un roman à énigme, on hésite encore sur l’inventeur du mot comme on hésiterait sur le nom du coupable.

2) L’apogée du Whodunit.

Si l’on peut donc situer l’apparition du terme, on considère généralement que ce genre de roman policier domine l’entre-deux-guerres avec celle qui donnera au Whodunit ses lettres de noblesse, Agatha Christie (1890-1976). Si elle ne publia pas exclusivement ce type d’ouvrage, elle en était la figure de proue. Selon Yves Reuter (in Le roman policier, 1997), le roman à énigme constitue une réaction au roman d’aventures, avec son cadre plus posé, plus intellectuel, et moins propre aux hécatombes.

La création en 1928 par Anthony Berkeley (1893-1971) du Detection Club, illustre parfaitement cet âge d’or du Whodunit, avec cette première grande organisation d’auteurs de roman policier, dont le premier président (1932-1936, notons le délai d’organisation du club) fut ni plus ni moins que Chesterton (1874-1936), un des maîtres du Whodunit et créateur du Père Brown.

Les auteurs de Whodunit réfléchissent sur leur propre travail :

Déjà en 1924, Austin Freeman (1862-1943) rédige son bref Art du roman policier (The Art of Detective Story), tout est dans le titre.
En 1928, l’Américain S.S. Van Dine (1888-1939) publie dans American Magazine, les 20 règles pour le crime d’auteur où il explique avec humour ce qu’il ne faut pas, ne faut plus, faire dans un roman policier.
En 1929, le Britannique Ronald Knox (1888-1957), auteur et homme d’église, rédige les dix commandements pour écrire un roman policier, dans la préface de Best Detective Stories of 1928-1929.
En 1931, le Detection Club publia le plus célèbre cadavre exquis, L’Amiral flottant (The Floating Admiral), où des auteurs du club, dont Agatha Christie, reprenaient dans leur chapitre dédié l’intrigue du prédécesseur avant de laisser la fin au suivant.

Si les auteurs de Whodunit sont d’abord des Anglais, leurs homologues américains leurs emboîtent vite le pas, mais nous nous concentrerons sur les principaux sujets britanniques, ou presque, ayant marqué le genre :

Agatha Christie, Dorothy L. Sayers (1893-1957), John Rhode (1884-1965), la Baronne Orczy (1865-1947), Margery Allingham (1904-1966), l’Irlandais Freeman Wills Croft (1879-1957), les Écossais lady Mitchell (1901-1983), Josephine Tey (1897-1952), Michael Innes (1906-1994) et la Néo-Zélandaise Ngaio Marsh (1895-1982).

Beaucoup de ces auteurs écrivent des romans autres que du Whodunit, mais certains vont œuvrer dans cette catégorie bien précise qu’est le meurtre en chambre close, très apprécié des amateurs de Whodunit. Précisons que dans Double assassinat dans la rue Morgue (1841), d’Edgar Allan Poe (1809-1849), il s’agit déjà d’un de ces types de cas. L’Américain John Dickson Carr (1906-1977) se distingua particulièrement dans l’énigme en chambre close.

3) Le XXIe siècle sera-t-il Whodunit ?

Il faut se rappeler que bien souvent un genre littéraire se codifie a posteriori. Les littératures policières continuent de se développer et durant l’apogée du Whodunit, entre autres, va naître le roman noir, le hard boiled, sous la plume des Américains Dashiell Hammett (1894-1961) et Raymond Chandler (1888-1959).

En 1983, Uri Eisensweig développe l’idée, dans l’introduction d’Autopsies du roman policier, que longtemps la notion de jeu entre l’auteur et le lecteur a été mise en avant pour faire accepter le roman policier aux yeux de la morale, mais aussi pour le discriminer, un jeu n’étant pas de la littérature.

De nos jours, les littératures policières sont mieux reconnues, et il reste des auteurs pour perpétuer le Whodunit, telle P.D. James, qui l’a modernisé. Le Detection Club perdure en ce nouveau siècle, son président est Simon Brett, lui-même auteur de Whodunit. En France, signalons le travail de Paul Halter dans ce genre.

Et — signe des temps ? — Sophie Hannah va écrire pour l’éditeur HarperCollins de nouvelles aventures d’Hercule Poirot, prévues pour 2014. Gageons que les traductions en français suivront rapidement.

Pour compléter cet article, vous pouvez lire les notices Wikipedia consacrées à ce genre, notamment la version anglaise. Et d’une manière générale, n’hésitez pas à consulter Le dictionnaire des littératures policières, sous la direction de Claude Mesplède, aux éditions Joseph K., 2007.

2 réflexions au sujet de « Le Whodunit, what is it ? »

  1. J’avoue que malgré mon pseudo, je n’ai pratiquement jamais réussi à résoudre les énigmes d’Agatha Christie. J’ai toujours eu l’impression qu’elle se gardait bien de donner l’intégralité des indices au lecteur.
    Tentons … une ième fois avec la mystérieuse affaire de « Styles »…

  2. Merci pour cet article très vrai et très pertinent sur le whodunit.

    Je voulais juste rajouter du fait que le genre n’est plus très à la mode un auteur français, Erich Alauzen, qui a sorti en 2013 un roman style whodunit Double noeud, 1- Les Meurtres de Brandys Bay qui conjugue toutes les ficelles du genre : action située dans les années folles en Angleterre dans un petit village des Cornouailles Britanniques.

    Un détective amateur ou amatrice, Rosemary Bartell, essaie de résoudre cet énigme dans le village. Une Miss Marple mais un peu plus jeune et plus active…

    On se croirait revenu dans un roman d’Agatha Christie, mais l’auteur garde toute sa personnalité avec des descriptions plus soutenues que chez Christie.

    Le roman est vendu en version imprimée ou en numérique pour les amateurs de liseuses sur amazon.fr

    Bonne lecture

Laisser un commentaire