Tous les articles par Celia

Chaos noir

 

Franz Bartelt

Franz Bartlet est né en 1949 de parents d’origine poméranienne installés dans l’Eure puis, quelques années après la naissance de Franz, dans les Ardennes. Il commence à écrire dès l’âge de treize ans et quitte l’école à quatorze ans pour travailler. Aujourd’hui, l’écrivain, qui multiplia les petits boulots et travailla longuement en usine avant  de vivre de sa prolifique plume, est reconnu et acclamé par la critique, admiré par certains mais inconnu du grand public.

Ce sont presque 140 ouvrages qui sont sortis de sa plume : des fictions et des adaptations pour la radio (France Culture), des romans (une quinzaine dans la prestigieuse « collection blanche » de Gallimard), des nouvelles (le Prix Goncourt de la nouvelle en 2005 pour « le Bar des Habitudes »), des polars, des pièces de théâtre…

Chaos complet

Aujourd’hui, c’est bien d’un polar dont on va parler… » Chaos de famille « . Camina est folle. Elle exerce une autorité abusive son mari, le narrateur, qu’elle ne prend même plus la peine d’appeler par son prénom mais par l’interjection « Eho ». C’est plus simple. On en vient vite à plaindre le mari, Plonque, tombé dans cette famille de fous. Lui, lorgne sur la voisine, depuis que sa femme ne veut plus partager le même lit. C’est une histoire rocambolesque, les membres de la famille vont (presque) tous périr un à un.

Franz Bartelt décrit avec beaucoup d’acidité et de truculence  (un peu trop ?) un milieu défavorisé. On tombe parfois dans la vulgarité gratuite. Les dialogues sont riches et appréciables, mais je trouve que le tout manque de cohérence et nuit à l’intrigue.

Célia

[Sources ill : Electre /Pixabay]

Ces « choses » que l’on ne regarde pas…

Un humour de mise à distance

Jacques A. Bertrand a forgé son humour à force d’observation, d’épreuves et de distance – humour indissociable d’un sens aigu de la langue, de la littérature et de la culture. Il en témoigne régulièrement dans l’émission  Des papous dans la tête sur France culture, une émission dont je vous recommande fortement l’écoute ! Avec ses comparses, ils tordent la langue dans tous les sens et nous font apprécier sa subtilité. Bref retournons à notre Brève histoire des choses. 

Comme il le dit dans la première « histoire » : « On célèbre régulièrement l’imprimerie, la locomotive à vapeur, la montgolfière, le fusil à répétition et toute une théorie d’inventions mortifères, mais il n’est jamais fait mention du parapluie dans les manuels d’histoire de l’industrie. »

Les « Journées de… »

Avec tout son talent, Jacques A. Bertrand nous parle des choses de notre quotidien, auxquelles on ne porte plus d’attention tant elles paraissent insignifiantes…Il passe ainsi en revue les petites histoires du savon, du rond-point, des prévisions météorologiques, du fonds sonore ou encore des « Journées de » ,  à propos desquelles il dit : « Naturellement, il est difficile de penser à penser tous les jours. Cette année,  j’ai encore oublié de penser à l’oubli lors de la Journée internationale contre l’Oubli ».

A propos du savon : « Rien ne ressemble plus à l’Homo sapiens sapiens que le savon (…) leurs carrières sont parallèles. Tous eux commencent à exhaler une certaine fraîcheur. On prend plaisir à les caresser. Rapidement, ils en profitent pour se faire mousser. Ils font des bulles.(…) Inexorablement, l’Homme et le savon vont en diminuant. Ils moussent de moins en moins. Ils deviennent tous mous. Ou alors ils sèchent. Ils se fendillent (…). Bref ils n’ont plus forme humaine. (…)On embaume l’Homme. On jette le savon. »

Jacques A. Bertrand parvient à détourner le quotidien, s’en amuser et nous faire rire. Il a reçu le prix Alexandre Vialatte en 2015 pour ces Brèves histoires des choses. De quoi adopter un autre regard, sur  ces objets modestes du quotidien que nous appelons simplement « choses ».

Célia

[Sources ill : Pixabay/Pexels-Electre]

Bastien Vivès, jeune prodige de la bande-dessinée française.

 

Né le 11 février 1984, Bastien Vivès représente une nouvelle génération d’auteur de bande dessinée. Salué par la critique pour ses romans graphiques Le Goût du chlore et Polina, il entre en 2012 dans la collection « Shampooing » dirigée par Lewis Trondheim, aux éditions Delcourt.

Bastien Vivès y décline en plusieurs tomes des strips issus de son blog  « Comme quoi » des thèmes qui lui sont chers : les jeux vidéo, l’amour, la famille, la bande-dessinée…Il fait preuve de beaucoup d’autodérision et d’un humour décapant.

On y appréciera un dessin épuré et délicat, ce qui tranche parfois avec le propos de l’auteur qui tourne en dérision l’univers de la bande-dessinée, les auteurs confrontés à leurs obligations : dédicaces, conférences….On y devine les frustrations et complexes d’un  Bastien Vivès qui laisse ici libre cours à son imagination, parfois…débridée.

Il nous parle ici de sa façon de travailler.

Voici ce qu’il dit de son art :

« Je voulais raconter des histoires qui me tenaient à cœur, c’était mon cinéma du pauvre. Mais j’ai découvert une puissance différente des autres arts, celle de l’ellipse. On peut raconter la disparition du monde en deux vignettes. »

Un auteur de BD qui a 32 ans, a déjà reçu deux prix du festival d’Angoulême , en 2009 pour Le goût du chlore, l’album qui l’a fait connaître au grand public, puis de nouveau en 2015 pour la série Lastman co-écrite avec Balak et Michaël Sanlaville. Un jeune auteur prometteur donc dont on entendra encore  parler à coup sûr dans les prochaines années.

Célia

[Sources ill. : Le goût du chlore/Bastien Vivès-Electre]

Marjane Satrapi fait son cinéma

 

Le film dont je vais vous parler aujourd’hui est l’adaptation de la bande-dessinée éponyme Poulet aux Prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, parue en 2004 aux éditions de l’Association.

L’histoire

Nasser Ali Khan, violoniste et musicien reconnu n’a plus goût à la vie. En difficulté dans son couple, il décide de mettre fin à ses jours. Ne sachant comment y parvenir, il se met au lit et attend que la mort vienne à lui. Il laisse ses idées vagabonder et se remémore ce que fut sa vie, sa rencontre avec l’amour et la musique, ses enfants…

Une adaptation réussie

Marjane Satrapi nous avait déjà enchantés avec Persépolis. Elle nous surprend ici avec Poulet aux prunes, dont la narration et l’onirisme font penser à un conte oriental.

Lectrice de la première heure de Marjane Satrapi, je n’ai pas beaucoup aimé l’adaptation au cinéma de Persépolis car pour moi les quatre tomes de la série ne pouvaient être résumés en une heure et demie…Et le charme n’opérait pas.

Au contraire, il me semble que Poulet aux prunes  est une vraie réussite à tous points de vue : esthétique, narratif, interprétation des personnages par des acteurs bouleversants… Il faut quand même souligner la présence d’acteurs tels que Mathieu Amalric, Maria de Medeiros, Golshifteh Farahani, Eric Caravaca, et Isabella Rossellini…Le rôle du conteur revient à Edouard Baer qui nous berce de sa voix suave et chaleureuse.

C’est un conte oriental car la tragédie et l’humour  s’entremêlent avec volupté…Nous y découvrons aussi le secret du génie de Nasser Ali…Mais je ne vais pas tout vous raconter. Laissez le charme opérer… !

Célia

[Source ill. : Le Pacte-Pixabay/Uskyherz]

Les noirs rivages de Casterman

 

Si vous aimez les polars et les romans graphiques alors cette collection créée par François Guérif et Matz est faite pour vous !  Casterman s’est associé au responsable de la collection de Rivages Noirs, François Guérif, pour adapter en bande dessinée les grands  succès de ce catalogue .

De grands noms de l’illustration se sont associés à cette initiative, ce qui permet de découvrir bon nombre d’œuvres et d’auteurs importants de ce genre littéraire : Dennis Lehanne, Donald Westlake, James Lee Burke , Jean-Hugues Oppel, Didier Daeninckx…

Piège nuptial de Douglas Kennedy, dessins de Christian de Metterpiege_nuptial

Adapté du roman de Douglas Kennedy, Piège nuptial raconte le cauchemar de Nick, journaliste américain venu s’offrir un « break » en Australie. Parti à l’aventure, il s’achète un combi  en occasion, et  prend en stop une jeune femme originaire de « Wollanup » … c’est là que l’horreur commence.

Littéralement kidnappé, Nick se retrouve confronté à une communauté villageoise ayant inventé son propre système de lois, de travail, de rationnement…Comme Nick, on est pris au piège dans cette histoire de dingues, dont on ne ressort pas totalement indemne.

Avec  Marylin…

marilynDans un autre style, Christian de Metter  nous emmène  avec  Marylin, de l’autre côté du miroir , véritable plongée dans une Amérique artistique des années 50 .

Norman, écrivain en herbe, fait la rencontre fortuite de Truman Capote,  dont il est admiratif et qu’il se propose de raccompagner un soir de fête en voiture avec son amie elle aussi éméchée…

Le lendemain, Norman ramène à l’inconnue son escarpin  oublié dans la voiture…Il tombe nez à nez avec…Marylin Monroe. Une amitié se lie entre eux et ils prennent la poudre d’escampette pour une balade loin des fastes du petit monde médiatique new-yorkais. Suite à une panne, les voilà contraints de marcher jusqu’à une demeure appelée « Mirrorhouse » où les domestiques leur offrent le gîte et le couvert…Ils vont aller de surprise en surprise.

Christian de Metter transcrit dans de très belles planches un univers inquiétant et fantasmagorique dans lequel on plonge avec délice, à condition qu’on en réchappe !

Celia

[Source ill. : Electre-Pixabay/gdakaska]

Les rêves dansants

Aujourd’hui partons à la rencontre de Pina Bausch, une  grande dame de la danse contemporaine qui inventera un nouveau genre le « Tanztheater », mêlant la danse à une mise en scène très  proche du théâtre.

Une pièce créée en 1978 jouée par des adolescents

Le documentaire d’Anne Linsel et de Rainer Hoffmann  Les rêves dansants  relate le montage d’une pièce intitulée Kontakthof  créée en 1978 et reprise ici en 2008.

L’audace de Pina Bausch réside dans l’idée de faire jouer cette pièce par un groupe d’adolescents néophytes de 14 à 18 ans. Ceux-ci déploient tant de grâce et d’élégance dans ce qui représente un défi, parfois une épreuve,  qu’ils nous subjuguent. Ils ne connaissaient pas auparavant cette grande artiste, mais ils vont ressortir grandis de cette expérience et c’est magique de voir ces adolescents devenir adultes.

Les répétiteuses font preuve de beaucoup de finesse et de délicatesse pour amener ces jeunes à oser montrer leur corps, car dans cette pièce, il y a de l’agressivité et aussi une infinie tendresse (que l’on devine être celle de Pina Bausch pour le genre humain).Il est également très émouvant de voir l’appréhension et l’excitation de ces jeunes avant leur rencontre avec la chorégraphe et à lui montrer leur travail.

De la chrysalide au papillon

On suit le parcours -initiatique- de certains d’entre eux. Les répétitions sont entrecoupées d’interviews  où les adolescents expriment les sentiments qui les traversent et font écho à la pièce : l’amour, la famille, la mort…Pina Bausch nous touche aussi car elle ne met pas en scène des danseurs correspondant aux canons esthétiques habituels du ballet, mais des corps adolescents, imparfaits, elle qui avait déjà fait jouer cette pièce par des « seniors ».

Le jour de la représentation arrive, on assiste aux essayages, au stress montant et on est avec eux. Pina Bausch elle, garde un calme olympien.Pour vous donner une idée de cette merveille, faites un saut de chat sur ce lien.

Célia

[Sources ill : Jour2fête-Pixabay/avantrend]

Lotte, ne vois-tu rien venir ?

Les aventures du Prince Ahmed

Une pionnière :

Aujourd’hui, voyageons dans le passé, en 1926, dans l’univers de Lotte Reiniger, précurseure dans le cinéma d’animation. Onze ans avant Blanche-Neige et soixante-douze ans avant  Princes et Princesses  de Michel Ocelot, elle utilise le procédé des silhouettes découpées dans le papier.

Je vous invite donc à découvrir un monde féérique avec Les aventures du Prince Ahmed, plongée dans les Contes des Mille et une Nuits, adaptés avec le talent de Lotte Reiniger et d’Edmond Dulac, illustrateur de livres pour enfants à qui l’on doit les superbes couleurs à l’encre.

En voici le synopsis :

Dans un royaume d’Orient, le jour de l’anniversaire du calife, son fils Ahmed enfourche le cheval ailé d’un sorcier africain. L’animal entraîne le jeune prince dans une grande aventure, loin de son pays d’origine, sur l’île de Wak-Wak. Subjugué par sa beauté, le jeune homme enlève la souveraine des lieux. Mais les démons de l’île, comme le sorcier africain, ont juré sa perte. Capturée par le mage, la belle princesse est vendue à l’empereur de Chine. Ahmed, aidé par une sorcière, tente d’organiser son évasion…

Un trésor de créativité et de poésie :

Le film d’une heure et quelques minutes est découpé en cinq actes. Il regorge de détails somptueux plus impressionnants les uns que les autres. Il aura fallu trois ans à Lotte Reiniger pour rassembler les 100 000 images nécessaires à la réalisation de ce film. Pour la technique, vous trouverez plus de  détails ici.

L’histoire est assez farfelue, mais après tout c’est bien  la moindre des choses pour un conte…Elle foisonne de personnages, de monstres, reprend les codes des contes orientaux (un calife, des palais, Aladin et sa lampe, un  tailleur amoureux d’une princesse…) tout en ajoutant des éléments sortis de l’imagination de Lotte Reiniger : la sorcière et son Royaume de la Montagne en flamme, le mage africain, une excursion en Chine…Tout est fin et délicat dans cette œuvre exigeante et dont on aurait tort de se priver.

Si vous n’en avez pas assez le DVD propose cinq courts-métrage en bonus !

Célia

[Source ill : Carlotta films et Pixabay-strecosa]

Save our souls

 

Un reportage devenu livre

Emma Jane Kirby est journaliste. Elle a reçu en 2015 le prix Bayeux-Calvados pour son reportage sur le sauvetage de 47 migrants en Méditerranée . La journaliste en a tiré un livre :  L’Opticien de Lampedusa aux éditions Les Equateurs.

Un homme (extra-)ordinaire
La vie est fragile. Carmine, opticien sur l’île de Lampedusa s’en est rendu compte ce matin du 3 octobre 2013, lors d’une sortie en mer avec ses amis. Carmine entend tous les jours parler de la crise des migrants qui a lieu en Méditerranée, aux portes de chez lui. Il en entend parler, mais cela ne le concerne pas vraiment. Carmine tient un commerce et il est inquiet pour l’avenir de ses deux fils. Le week-end, il sort en mer avec ses amis.

Ce matin-là, sur le Galata, le bateau de son ami, il profite de la fraîcheur du matin et perçoit au loin des cris de mouettes… et puis non,  il s’aperçoit qu’il s’agit d’humains.

Emma-Jane Kirby transmet dans cette chronique poignante le destin d’un homme ordinaire, discret, devenu malgré lui et par la force des choses le protagoniste d’un sauvetage en mer. Il voudrait les sauver tous. L’image de ces visages restera longtemps dans son esprit, dans ses cauchemars.

La force de cette chronique parue en 2016 est de nous faire voir autrement la tragédie qui a encore lieu en Méditerranée. On en ressort bien sûr démunis et avec le goût amer d’un drame qui perdure. L’Opticien de Lampedusa interroge notre humanité et notre (in)capacité à faire face à l’un des défis de ce début de 21e siècle.

Célia

[Sources ill : Pixabay/Dron74-Electre]