Tous les articles par Celia

Les rêves dansants

Aujourd’hui partons à la rencontre de Pina Bausch, une  grande dame de la danse contemporaine qui inventera un nouveau genre le « Tanztheater », mêlant la danse à une mise en scène très  proche du théâtre.

Une pièce créée en 1978 jouée par des adolescents

Le documentaire d’Anne Linsel et de Rainer Hoffmann  Les rêves dansants  relate le montage d’une pièce intitulée Kontakthof  créée en 1978 et reprise ici en 2008.

L’audace de Pina Bausch réside dans l’idée de faire jouer cette pièce par un groupe d’adolescents néophytes de 14 à 18 ans. Ceux-ci déploient tant de grâce et d’élégance dans ce qui représente un défi, parfois une épreuve,  qu’ils nous subjuguent. Ils ne connaissaient pas auparavant cette grande artiste, mais ils vont ressortir grandis de cette expérience et c’est magique de voir ces adolescents devenir adultes.

Les répétiteuses font preuve de beaucoup de finesse et de délicatesse pour amener ces jeunes à oser montrer leur corps, car dans cette pièce, il y a de l’agressivité et aussi une infinie tendresse (que l’on devine être celle de Pina Bausch pour le genre humain).Il est également très émouvant de voir l’appréhension et l’excitation de ces jeunes avant leur rencontre avec la chorégraphe et à lui montrer leur travail.

De la chrysalide au papillon

On suit le parcours -initiatique- de certains d’entre eux. Les répétitions sont entrecoupées d’interviews  où les adolescents expriment les sentiments qui les traversent et font écho à la pièce : l’amour, la famille, la mort…Pina Bausch nous touche aussi car elle ne met pas en scène des danseurs correspondant aux canons esthétiques habituels du ballet, mais des corps adolescents, imparfaits, elle qui avait déjà fait jouer cette pièce par des « seniors ».

Le jour de la représentation arrive, on assiste aux essayages, au stress montant et on est avec eux. Pina Bausch elle, garde un calme olympien.Pour vous donner une idée de cette merveille, faites un saut de chat sur ce lien.

Célia

[Sources ill : Jour2fête-Pixabay/avantrend]

Lotte, ne vois-tu rien venir ?

Les aventures du Prince Ahmed

Une pionnière :

Aujourd’hui, voyageons dans le passé, en 1926, dans l’univers de Lotte Reiniger, précurseure dans le cinéma d’animation. Onze ans avant Blanche-Neige et soixante-douze ans avant  Princes et Princesses  de Michel Ocelot, elle utilise le procédé des silhouettes découpées dans le papier.

Je vous invite donc à découvrir un monde féérique avec Les aventures du Prince Ahmed, plongée dans les Contes des Mille et une Nuits, adaptés avec le talent de Lotte Reiniger et d’Edmond Dulac, illustrateur de livres pour enfants à qui l’on doit les superbes couleurs à l’encre.

En voici le synopsis :

Dans un royaume d’Orient, le jour de l’anniversaire du calife, son fils Ahmed enfourche le cheval ailé d’un sorcier africain. L’animal entraîne le jeune prince dans une grande aventure, loin de son pays d’origine, sur l’île de Wak-Wak. Subjugué par sa beauté, le jeune homme enlève la souveraine des lieux. Mais les démons de l’île, comme le sorcier africain, ont juré sa perte. Capturée par le mage, la belle princesse est vendue à l’empereur de Chine. Ahmed, aidé par une sorcière, tente d’organiser son évasion…

Un trésor de créativité et de poésie :

Le film d’une heure et quelques minutes est découpé en cinq actes. Il regorge de détails somptueux plus impressionnants les uns que les autres. Il aura fallu trois ans à Lotte Reiniger pour rassembler les 100 000 images nécessaires à la réalisation de ce film. Pour la technique, vous trouverez plus de  détails ici.

L’histoire est assez farfelue, mais après tout c’est bien  la moindre des choses pour un conte…Elle foisonne de personnages, de monstres, reprend les codes des contes orientaux (un calife, des palais, Aladin et sa lampe, un  tailleur amoureux d’une princesse…) tout en ajoutant des éléments sortis de l’imagination de Lotte Reiniger : la sorcière et son Royaume de la Montagne en flamme, le mage africain, une excursion en Chine…Tout est fin et délicat dans cette œuvre exigeante et dont on aurait tort de se priver.

Si vous n’en avez pas assez le DVD propose cinq courts-métrage en bonus !

Célia

[Source ill : Carlotta films et Pixabay-strecosa]

Save our souls

 

Un reportage devenu livre

Emma Jane Kirby est journaliste. Elle a reçu en 2015 le prix Bayeux-Calvados pour son reportage sur le sauvetage de 47 migrants en Méditerranée . La journaliste en a tiré un livre :  L’Opticien de Lampedusa aux éditions Les Equateurs.

Un homme (extra-)ordinaire
La vie est fragile. Carmine, opticien sur l’île de Lampedusa s’en est rendu compte ce matin du 3 octobre 2013, lors d’une sortie en mer avec ses amis. Carmine entend tous les jours parler de la crise des migrants qui a lieu en Méditerranée, aux portes de chez lui. Il en entend parler, mais cela ne le concerne pas vraiment. Carmine tient un commerce et il est inquiet pour l’avenir de ses deux fils. Le week-end, il sort en mer avec ses amis.

Ce matin-là, sur le Galata, le bateau de son ami, il profite de la fraîcheur du matin et perçoit au loin des cris de mouettes… et puis non,  il s’aperçoit qu’il s’agit d’humains.

Emma-Jane Kirby transmet dans cette chronique poignante le destin d’un homme ordinaire, discret, devenu malgré lui et par la force des choses le protagoniste d’un sauvetage en mer. Il voudrait les sauver tous. L’image de ces visages restera longtemps dans son esprit, dans ses cauchemars.

La force de cette chronique parue en 2016 est de nous faire voir autrement la tragédie qui a encore lieu en Méditerranée. On en ressort bien sûr démunis et avec le goût amer d’un drame qui perdure. L’Opticien de Lampedusa interroge notre humanité et notre (in)capacité à faire face à l’un des défis de ce début de 21e siècle.

Célia

[Sources ill : Pixabay/Dron74-Electre]

Juliette, c’est nous.

 

Après l’excellent Rosalie Blum, superbe roman graphique de Camille Jourdy, adapté à l’écran par Julien Rappeneau (avec dans les rôles titres Noémie Lvovsky et Khyan Kojandi), cette auteure signe un  second très beau roman graphique tout en finesse et sensibilité.juliette

Juliette,  graphiste à Paris, rentre dans sa famille en province où elle séjourne chez son père et en profite pour rendre visite à sa sœur, Marylou.

Les deux sœurs sont très différentes. L’une mène sa vie de famille avec enthousiasme, tout en ayant une liaison avec le vendeur de costumes local.

L’autre, Juliette, plus douce et réservée, se démène avec ses angoisses qui refont surface. Heureusement pour elle et pour nous elle rencontre un gentil garçon.  Tous deux se prennent d’affection pour un petit caneton perdu qui pourrait symboliser leur solitude. Les deux nouveaux amis se comprennent et s’écoutent sans se juger.

Les deux sœurs profitent de ces instants partagés en famille pour régler leurs comptes. Juliette souhaite se débarrasser de cette image de fille « fragile » et Marylou voudrait ne plus être « la plus forte » à qui l’on confie toutes les responsabilités.

Juliette et Marylou font également face à des parents vieillissants et séparés, rejouant leur divorce à la moindre occasion. La grand-mère suit de loin entre deux échappées dues à sa maladie d’Alzheimer.

Camille Jourdy met en scène dans ce magnifique roman graphique des scènes de la vie quotidienne qu’on est tous amenés à rencontrer un jour ou l’autre. Elle en parle avec tendresse, humour et bienveillance et ça fait du  bien.

Le dessin est presque enfantin, les couleurs vives, le tout s’apprécie comme des bonbons colorés, dont on se ressert sans pouvoir s’arrêter…C’est jouissif, une véritable bulle de bonheur qu’on n’a pas envie de voir s’éclater.

Pour mieux connaître l’auteure et son travail, Laurence Le Saux signe un beau portait de Camille Jourdy ici.

Vous avez de la chance, vous qui n’avez pas encore lu ce petit bijou !

Celia

Des bas-fonds de Londres à La Grosse Pomme

Ken Bruen est né en 1951 à Galway en Irlande. Docteur en métaphysique, il  a commencé à publier à la fin des années 90, après avoir enseigné l’anglais un peu partout dans le monde.  Il stoppe sa carrière d’enseignant après un séjour de quatre mois en prison au Brésil (pour mieux connaître l’auteur, retrouvez son interview ici). De là, il commence la série  R&B (Roberts et Brant) deux flics qui exercent dans les quartiers populaires de Londres.

mutant

Ne vous attendez pas à deux inspecteurs charmants, Roberts et Brant ne font pas dans la dentelle, ils ont plutôt les manières des délinquants qu’ils poursuivent. Ici ils sont à la recherche du « Mutant », un être sanguinaire prêt à tout pour retrouver son ex-petite amie qui l’a quitté et a fui de l’autre côté de l’Atlantique.

Brant est envoyé en mission pour retrouver le « duo  Sparadrap », un couple de malfrats déjà à l’œuvre dans le premier opus de la série R&B intitulé  Le gros coup . Pour cela Brant passe par l’Irlande, où il fait la rencontre -autour de quelques whiskies- de son cousin Pat, un Irlandais pure souche.

L’intrigue est assez brouillonne , plutôt propice à mettre en avant des personnages déjà bien empêtrés dans leurs histoires personnelles. Falls, l’acolyte féminine est attachante tant elle fait preuve de courage, de volonté et de répartie féministe bien placée. Une équipe à suivre !

Célia

[Sources images : Pixabay-Unsplash et Electre ]

De l’orphelinat au N°5

 

Voilà encore un surprenant destin que nous offre la très belle collection « Grands Destins de Femmes » chez Naïve, ici réalisé par Pascale Frey et Bernard Ciccolini.

coco

La vie de Gabrielle Chanel  est  déroutante tant elle est marquée par des rebondissements heureux ou tragiques. Abandonnée par son père, Gabrielle est élevée dans un couvent  avec ses deux sœurs. C’est ici qu’elle fera ses premières armes de couturière. Plus tard, elle trouve du travail comme commise chez un marchand de trousseaux à Moulins, où elle se fait déjà une petite réputation. Trop douée sans doute, elle se fait renvoyer par son patron.

Avec son amie de toujours,  Adrienne, elle commence à chanter dans les cafés-concerts, où elle prend le surnom de Coco. Elle y fait la rencontre d’Etienne Balsan qui l’introduit dans un monde de luxe.  Installée chez lui, elle aime porter ses vêtements et les détourner à sa façon.

Elle n’aura de cesse au cours de sa vie de vouloir libérer le corps des femmes. Elle-même se coupe les cheveux courts, ce qui à l’époque est peu courant. Elle trouve l’inspiration au gré de ses rencontres et de ses amants. Arthur Capel, surnommé Boy, orphelin lui aussi, l’aide à s’installer et à ouvrir ses premières boutiques. De là, elle rencontre le succès qu’on lui connaît.

On découvre, grâce à cette biographie en bande-dessinée, une femme exigeante et complexe, parfois dure avec elle-même et avec ses proches. Paradoxale, elle qui a voulu une mode adaptée au corps des femmes, elle peut se montrer rétive au changement, comme on peut le voir dans cette interview  datant de 1969.

Pour terminer, je ne peux pas résister au plaisir de partager avec vous le souvenir de cette mythique publicité, ici commentée par son réalisateur, Jean-Paul Goude.

Célia

[Sources ill. :Pixabay (Hans)-Electre]

Contes de fées et meurtres en Belgique

 

Nadine Monfils

Nadine Monfils est belge et vit à Montmartre. Elle est l’auteur d’une quarantaine de romans et de pièces de théâtre, dont des polars à la « Série Noire » et des thrillers chez Belfond. Journaliste, elle a donné des ateliers d’écriture dans les prisons.

Elle a obtenu plusieurs prix pour ses polars, notamment pour Babylone Dream  (Prix du polar de Cognac) et elle a connu deux gros succès de librairie avec  Les vacances d’un serial killer  et  La petite fêlée aux allumettes , tous deux publiés chez Belfond.

Pour Gérard Collard, elle est « l’héritière de Frédéric Dard. Celle qui redonne des couleurs à la langue française qui la fait pétiller, s’amuser… Les formules fusent, drôles où derrière un éclat de rire se cache une réflexion plus profonde qu’elle ne parait ! ». Il nous parle ici de son dernier roman Elvis Cadillac publié en 2016 aux Editions du Fleuve.

fêlée allumettes

 La petite fêlée aux allumettes

 La petite fêlée aux allumettes  est un polar un peu foutraque, dévoilant  une belle galerie de personnages : l’Inspecteur Cooper –personnage qui semble le plus « normal »- a quand même besoin de respirer un canard en plastique  pour calmer ses angoisses, son acolyte Michou complète ses revenus par son activité en boîte de nuit et Mémé Cornemuse,  une grand-mère vraiment allumée cite du Jean-Claude Van Damme et n’hésite pas à supprimer ceux qui osent se mettre sur son chemin !

Le personnage principal de ce roman est Nake, une jeune fille un peu perdue. A la suite du décès de sa grand-mère qui l’a élevée, elle  se met en recherche de son père qu’elle n’a jamais connu.Elle va découvrir au cours de sa quête d’embarrassants  secrets de famille…

Pour tout héritage, elle a reçu de sa grand-mère une boîte d’allumettes. Elle se rend bientôt compte que lorsqu’elle craque une allumette de la boîte, elle voit l’image d’une fillette assassinée. Ces étranges apparitions correspondent à des meurtres ayant réellement eu lieu dans la ville de Pandore…. L’Inspecteur Cooper et son associé vont tenter de résoudre ces énigmes avec Mémé Cornemuse qui n’est pas toujours d’une très grande aide !

Célia

« La petite fille aux allumettes » est également disponible sur e-media.

[Source image : Pixabay-geralt et Electre]

Nuit et brouillard : Aloïs Nebel de Tomas Lunak

 

Aloïs Nebel  ressemble à un OVNI dans le cinéma d’animation. D’un point de vue esthétique  il se situe dans la lignée de Valse avec Bachir. Adaptation de  la bande-dessinée éponyme de deux auteurs tchèques, Jaroslav Rudiš (scénario) et Jaromír Švejdík (dessin), Aloïs Nebel a été nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2012. Découvrez ici la bande-annonce.

alois nebel

Prenons le train pour la Tchécoslovaquie, en 1989. C’est l’histoire d’Aloïs, chef de gare un peu perdu dans la station déserte de Bily Potok. Enfermé dans sa névrose, il lit les horaires de trains pour se calmer. Lorsque le brouillard se lève (« Nebel », en allemand) il est envahi par des souvenirs le ramenant à sa petit enfance,  où il vécut un traumatisme de séparation. Aloïs se remémore ces instants.

Il fait même un séjour en hôpital psychiatrique où l’on fait subir des électrochocs aux patients. Il envisage de changer d’emploi, mais on n’a rien à lui proposer.

Aloïs réalise alors son rêve qui est de se rendre à la gare de Prague, où il fait la rencontre de joyeux amis fêtant l’élection de Vaclav Havel. Il rencontre aussi Kveta, véritable rayon de soleil dans un destin qui semble assez sombre et dépourvu d’espoir.

Graphiquement, c’est très beau. Le procédé utilisé est celui de la rotoscopie qui consiste à retravailler et retoucher des prises de vues réelles, tournées avec des acteurs, ce qui donne du corps aux personnages. Historiquement, cela nous ramène à une époque pas si lointaine, d’une Tchécoslovaquie encore hantée par le souvenir des atrocités de la Seconde Guerre Mondiale.

Célia

[Source ill. : Pixabay(Fotoworkshop4You)]