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Mãn, Kim Thúy

Mãn… derrière ce titre laconique et mystérieux se cache un roman délicat et sensoriel, qui nous plonge dans les effluves de la cuisine vietnamienne, tout en nous faisant vivre le quotidien d’une jeune femme vietnamienne réfugiée au Canada. Un récit paré de blanc, le blanc du riz et de la noix de coco, d’une peau de porcelaine, d’une écriture entrecoupée de silences et de respirations.

Source : éditions Liana Lévi

« Celle pour qui il ne reste plus rien à désirer »

Mãn est une jeune femme vietnamienne qui a été abandonnée à la naissance. Déposée dans le potager d’un temple bouddhiste, elle est alors recueillie par une moniale qui la nourrit d’eau, de lait et de riz. Elle est ensuite confiée à une autre femme, une enseignante qui lui transmet son amour des mots, et lui apprend le français en lui lisant chaque soir des extraits d’Une Vie de Guy de Maupassant. Trois mères donc : celle qui met au monde, celle qui recueille et celle qui élève.

Mariée à un restaurateur vietnamien, Mãn part vivre au Canada, à Montréal, où elle aide son mari dans son petit restaurant de plats traditionnels, fréquenté par une maigre clientèle d’immigrés. Une vie faire de renonciation et d’abnégation, entrecoupée de petites joies : le réconfort des plats de son enfance, l’amitié fusionnelle avec une jeune femme nommée Julie, la naissance de ses enfants… Poussée par son amie Julie, elle devient finalement une cheffe renommée et trouve le véritable amour en la personne de Luc, un jeune chef français.

« (…) je m’appelle Mãn, qui veut dire “parfaitement comblée” ou “qu’il ne reste plus rien à désirer” ou “que tous les vœux ont été exaucés”. Je ne peux rien demander de plus, car mon nom m’impose cet état de satisfaction et d’assouvissement. »

THÚY Kim, Mãn, Paris : éditions Liana Levi, 2013, p. 34-35.

(Dans notre culture judéo-chrétienne, difficile de ne pas faire le rapprochement avec la « manne », la nourriture miraculeuse Hébreux dans le désert pendant l’Exode, une nourriture fine et blanche tombée du ciel…)

Une immersion dans la culture vietnamienne

L’écriture est ici marquée par la propre histoire de l’auteur, Kim Thúy, née à Saïgon en 1968 pendant la guerre du Vietnam, qu’elle fuit avec ses parents en tant que boat-people à l’âge de 10 ans pour le Québec. Après des études de linguistique et de droit, elle exerce de nombreux métiers, dont celui de restauratrice, avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Son premier roman, Ru, (« petit ruisseau » en français), rapporte d’ailleurs ses souvenirs en tant que réfugiée vietnamienne, au fil de sa pensée, ruisselante comme l’eau.

Source : Pixabay

À travers l’histoire de Mãn, nous découvrons aussi la cuisine vietnamienne, le rapport presque cérémonial à la nourriture, à travers des gestes précis et réfléchis, que ce soit dans la préparation ou dans la dégustation.

« Les mères enseignaient à  leurs filles à cuisiner à voix basse, en chuchotant afin d’éviter le vol des recettes par les voisines, qui pourraient séduire leurs maris avec les mêmes plats. Les traditions culinaires se transmettaient en secret, tels des tours de magie, entre maître et apprenti, un geste à la fois, selon le rythme du quotidien. Dans l’ordre naturel, les filles apprenaient donc à mesurer la quantité d’eau pour le riz avec la première phalange de l’index, à tailler les « piments vicieux » (ót hiêm) avec la pointe du couteau pour les transformer en fleurs inoffensives, à éplucher les mangues de la base à la pointe pour ne pas contredire le sens des fibres… »

THÚY Kim, Mãn, Paris : éditions Liana Levi, 2013, p. 12.

Blancheur : pureté et silence

Le roman est construit sous la forme de courts chapitres avec un court titre en vietnamien, accompagné de sa traduction, dans la marge latérale : chuôi, « banane » ; con sóc, « écureuil »; tho, « poème », màu, « couleur », mùa, « saison »… L’écriture est à l’image de ces titres concis mais évocateurs. Très particulière, elle procède en petites touches sensorielles et poétiques. Ce discours laconique, sans fioritures, laisse place à l’imaginaire.

Source : Pixabay

La couleur blanche prédomine aussi dans ce roman : blancheur de la peau de porcelaine de Mãn, des spécialités culinaires vietnamiennes à base de riz et de noix de coco, blancs laissés volontairement dans la page, dans l’histoire. Dès lors, le roman se ressent plus qu’il ne se lit.

« Elle m’emmenait chez la marchande de ces crêpes vietnamienne pour la regarder étendre le mélange de farine de riz sur une toile de coton déposée directement au-dessus d’un immense chaudron d’eau bouillante. Elle étalait le liquide en tournant sa louche sur la toile sur la recouvrir entièrement. En quelques secondes, la crème se transformait en une peau fine et translucide qu’elle décollait avec sa tige de bambou aiguisée en palette longue et mince. Maman prétendait qu’elle était la seule mère à savoir envelopper sa fille de cette crêpe pendant sa sieste pour que sa peau puisse se comparer au reflet de la neige et à l’éclat de la porcelaine. »

THÚY Kim, Mãn, Paris : éditions Liana Levi, 2013, p. 34-35.

THÚY Kim. Mãn. Paris : éditions Liana Levi, 2013. 144 pages.

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Mathilde Chicaud
Mathilde l’Arbre-en-ciel
l'appel gourmand de la forêt

L’Appel gourmand de la forêt, Linda Louis

Délaissez vos caddies pour des paniers en osier, et vos listes de courses contre un herbier. Armés de bottes en caoutchouc et de gants rembourrés, succombez à L’Appel gourmand de la forêt, titre du très bel ouvrage de l’auteure culinaire et photographe Linda Louis, paru en 2011 aux éditions La Plage. À mi-chemin entre le guide de cueillette sauvage, le manuel d’herboristerie et le carnet de recettes, ce livre nous invite à arpenter les sentiers boisés et à redécouvrir les trésors sylvestres.

l'appel gourmand de la forêt
Source : éditions La Plage, texte et image Linda Louis

Ail des ours, sureau, ortie, violettes, cynorhodons… autant de plantes sauvages comestibles facilement identifiables et accommodables dans nos plats. Vivant en plein cœur d’une forêt dans l’Allier, Linda Louis est familière de la cueillette et de la « cuisine sauvage ». Elle partageait d’ailleurs ses astuces et ses recettes sur son site Cuisine Campagne. Par cette ouvrage, elle nous initie à la reconnaissance des plantes le plus courantes, à leur utilisation culinaire, ainsi qu’à leurs nombreux bienfaits.

Source : éditions La Plage, texte et image Linda Louis

Chaque chapitre est consacré à une plante ou à un champignon, et se compose d’une brève introduction historique, d’une fiche d’identité détaillée et enfin d’une ou plusieurs recettes. Ces dernières sont toutes plus alléchantes les unes que les autres, servies par les sublimes photographies de l’auteure : quiche aux orties, beignets aux fleurs de sureau, tapenade de trompettes-de-la-mort, crème glacée à la mûre, eau de bouleau, riz-au-lait au sucre de violette, kéfir de fraises des bois, crème de châtaignes… Elles redonnent goût à une cuisine simple, plus végétale, riche en saveurs mais aussi en bienfaits nutritionnels, puisque ces plantes possèdent toutes de nombreuses propriétés médicinales, et nous rappellent l’adage d’Hippocrate, « médecin » grec des Ve et IVe siècles avant notre ère :

« Que ton alimentation soit ta première médecine. »

Colorée et ludique, la cuisine sauvage n’en est pas moins gourmande, et est aussi synonyme de partage et de convivialité. En feuilletant le livre de Linda Louis, en s’arrêtant sur la photographie d’un superbe paysage, d’un panier rempli de châtaignes ou de mûres, qui ne se souvient pas d’une escapade en forêt, suivi d’un festin sylvestre, de l’omelette aux champignons aux châtaignes rôties au feu de bois, en passant par la confiture de mûres ?

Source : éditions La Plage, texte et image Linda Louis

Vous n’aurez ensuite plus qu’une envie : intégrer ces délices végétaux dans vos repas, et en profiter pour faire une belle promenade à l’ombre des arbres. Je partage d’ailleurs avec vous une recette tirée de mes propres carnets, très simple à réaliser (avec un peu de patience) et parfaite pour les beaux jours ensoleillés : une citronnade/limonade parfumée aux fleurs de sureau, aussi appelée « Champagne des fées ». Par leur fermentation, les fleurs de sureau permettent ainsi d’obtenir une boisson gazeuse naturelle absolument délicieuse.

Citronnade aux fleurs de sureau, ou champagne des fées

Limonade sureau
Photographie Mathilde Chicaud

Pour un litre :

  • 2 à 3 corymbes de fleurs de sureau
  • 1 citron non traité
  • 40 à 60 g de sucre en poudre, selon les goûts
  • 1 cuillère à soupe de vinaigre de cidre
  • 1 litre d’eau

Partir cueillir des fleurs de sureau vers mai-juin, récolter quelques corymbes (sortes de grappes aplaties de fleurs). Attention ! Ne pas confondre le sureau noir, comestible, avec le sureau hièble, toxique : un moyen très simple pour les distinguer est de s’assurer que le sureau choisi est un arbre, possède de fait une écorce et mesure plus de deux mètres de haut. Le sureau hièble est en effet une plante herbacée, avec une tige donc, ne dépassant pas les deux mètres. En outre, le sureau hièble fleurit plus tardivement, vers juillet-août.

Dans un grand bocal en verre, effleurer les corymbes de fleurs de sureau pour retirer les petites tiges, qui pourraient apporter un peu d’amertume.

Ajouter le sucre, le citron coupé en tranches et le vinaigre de cidre.

Recouvrir d’eau.

Mélanger à l’aide d’une cuillère en bois jusqu’à la complète dissolution du sucre.

Recouvrir le bocal d’un voile fin de type gaze à l’aide d’un élastique, et laisser fermenter 4 à 5 jours au soleil, en remuant la préparation tous les soirs à l’aide d’une cuillère en bois.

Au bout de 4 ou 5 jours, filtrer le tout et mettre en bouteille. Veiller à utiliser des bouteilles  avec capsule à vis ou bouchon à clipser, en raison du gaz contenu dans la boisson.

Servir bien frais, après une nuit minimum au frigo. Vous pouvez aussi la laisser se gazéifier davantage pendant quinze jours avant de la consommer. Elle se conserve ensuite plusieurs mois en cave.

Découvrez aussi une recette de galettes de pommes de terre à l’ortie sur mon site L’Arbre-en-ciel.

Photographie Mathilde Chicaud

LOUIS Linda. L’Appel gourmand de la forêt. Paris : La Plage, 2011. 324 pages.

Découvrir quelques pages sur le site de l’éditeur

Mathilde Chicaud
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La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm

L’odeur suave des pommes sucrées dans la cave, l’arôme gourmande d’un croissant beurré encore tiède, la fraîcheur des petits pois que l’on écosse chez mamie.. et bien sûr la première gorgée de bière au soleil. Toutes ces petites gourmandises intenses mais fugaces, qui nous font fermer les yeux un temps et savourer l’instant. Dans son recueil de nouvelles justement intitulé La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, l’auteur français Philippe Delerm évoque trente-quatre de ses petites madeleines de Proust, dont la plupart mettent à l’honneur les plaisirs de la table.

Source : Gallimard

De petites touches évocatrices et sensorielles

Philippe Delerm nous dépeint des petits fragments de la vie quotidienne, à l’instar d’autres de ses ouvrages tels qu’Enregistrements pirates (2003) ou Le Trottoir au soleil (2011). Toutefois, La Première gorgée de bière se démarque par son écriture particulièrement sensorielle. Les descriptions ne sont pas seulement factuelles, mais procèdent par évocations. Évocation physique, à travers les arômes, les textures, les couleurs, les sons, et bien sûr les saveurs. Évocation temporelle, puisque ces « petits plaisirs » proustiens transportent l’auteur-narrateur dans ses souvenirs : des vacances au soleil, la maison de sa grand-mère, son enfance, un voyage… L’exceptionnel et l’imprévu côtoient et se confondent avec l’habitude et le quotidien.

Une saveur douce-amère

Dès lors, ce recueil de nouvelles s’apparenterait à un manuel de pensées positives et de pleine conscience dans son aspect le plus concret, en nous enjoignant à s’émerveiller des petits riens qui ponctuent notre vie. Se rendre compte de la beauté de la simplicité, de la simplicité de la beauté. S’il est si difficile d’exprimer ses émotions, Philippe Delerm parvient, par ces évocations, à toucher du doigt l’indicible. Néanmoins, chacune de ces réminiscences, aussi douce soit-elle, a un léger goût d’amertume. Sa fugacité en est la principale cause : à peine effleurée, elle s’est évaporée. La première gorgée de bière sera toujours la plus désaltérante et la plus agréable, les autres qui suivront ne seront que de pâles répétitions.

À la recherche de nos propres madeleines de Proust…

Cet ouvrage se lit avec gourmandise, d’une traite ou par petites gorgées, selon les goûts. Dans tous les cas, il nous invite à voyager dans nos propres souvenirs. En le refermant, des bribes sensorielles me sont revenues en mémoire, mes madeleines de Proust, je les ai ressenties comme si je les vivais à nouveau. Il y avait la saveur des tartines pain-beurre-chocolat des goûters après l’école, avec le bon gros pain complet et dense, recouvert de beurre demi-sel et de carrés de chocolat noir, les mains tachées du jus violin des mûres cueillies sur le chemin des vacances et dévorées jusqu’à en avoir mal au ventre, les énormes tomates biscornues mais si charnues de tonton Jojo, l’odeur de friture des bottereaux cuits dans le garage de mamie, qui nous suivait plusieurs heures durant en s’accrochant à nos vêtements, la compote de pommes encore tiède que l’on met en bocaux, le parfum des fleurs de sureau (dont on peut faire une délicieuse boisson gazeuse naturelle), les galettes de blé noir dégustées dans une petite crêperie bretonne typique, accompagnées d’une bolée de cidre brut bien frais… (liste non exhaustive).

Quels seront les plaisirs gourmands que la lecture de La Première gorgée de bière referont émerger en vous ?

DELERM Philippe. La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Paris : Gallimard, 1997. 96 pages. (Collection L’Arpenteur). 

Source de l’image à la une : Pixabay

Mathilde Chicaud
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Fin de partie, Samuel Beckett

« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. »

BECKETT Samuel, Fin de partie, Paris : Les Éditions de Minuit, 1957, p.13.

Imaginez… un personnage voûté et claudiquant sur une scène vide, assénant dès le lever de rideau cette sentence qui sonne comme une conclusion ou du moins une terrible échéance. Il s’agit pourtant du début de la pièce de théâtre Fin de partie, de Samuel Beckett (1906-1989), poète et dramaturge irlandais. Écrite à l’origine en français  en 1957, puis traduite en anglais par Beckett lui-même, la pièce est jouée pour la première le 1er avril 1957 à Londres, au Royal Court Theatre, mise en scène par Roger Blin.  Une pièce en un seul acte, sans subdivisions en scènes, qui se rattache au « théâtre de l’absurde », selon la définition du critique littéraire Martin Esslin, bien que Beckett ait toujours réfuté cette affiliation. Un théâtre qui met à bas tous les codes de la dramaturgie, hérités pour la plupart de l’Antiquité. Les personnages s’ennuient et le font savoir en baillant aux corneilles et en prenant le public à partie, il ne sa passe pas grand-chose, et la fin est déjà annoncée dès le début…

Source : Electre

« La fin est dans le commencement et cependant on continue. »

BECKETT Samuel, Fin de partie, Paris : Les Éditions de Minuit, 1957, p.89.

Un quatuor de bras cassés

Quatre personnages sont présents sur scène, tous lourdement handicapés physiquement, au point que trois d’entre eux ne peuvent plus bouger et restent statiques tout le long de la pièce. Hamm, aveugle et paraplégique, trône au centre de la scène, tel un roi déchu. Ses parents, Nell et Nagg, logent dans deux poubelles remplies de sable, et ont perdu leurs jambes dans un malencontreux accident de tandem dans les Ardennes. Seul Clov, le valet et fils adoptif de Hamm, parvient à se déplacer, quoique difficilement, mais ne peut plus s’asseoir.

Fin de partie, texte de Samuel Beckett, mise en scène de Gildas Bourdet, le 15 octobre 1988 à la Comédie Française, avec Michel Aumont (Clov), Bérangère Dautun (Nell), Roland Bertin (Hamm) et Jean-Paul Moulinot (Nagg). Photographie de Daniel Cande, 1988. Source : Gallica, BNF.

Une mise en scène de la fin du monde ?

Tout ce joli monde vit dans une maison vide, sorte de blockhaus isolé dans un environnement apocalyptique. Mais nous n’en saurons pas plus. Sont-ils les rescapés de la fin du monde ? Se sont-ils eux-mêmes isolés du reste du monde ? Sont-ils enfermés, mis à l’écart en raison de leur folie ?

« HAMM (sursautant). – Gris ! Tu as dit gris ?

CLOV. – Noir clair. Dans tout l’univers. »

BECKETT Samuel, Fin de partie, Paris : Les Éditions de Minuit, 1957, p.46.

Des relations « je t’aime moi non plus »

Les personnages entretiennent d’ailleurs entre eux des relations très ambiguës. Clov veut quitter voir tuer Hamm, mais ne s’y résout jamais. De même, Hamm est tour-à-tour cruel puis presque affectueux avec Clov. Il est nostalgique d’un passé révolu et vit dans la peur du nouveau, du renouveau : il faut « exterminer » les autres êtres vivants, de ses propres géniteurs à la moindre petite puce.

Fin de partie, texte de Samuel Beckett, mise en scène de Gildas Bourdet, le 15 octobre 1988 à la Comédie Française, avec Michel Aumont (Clov), Bérangère Dautun (Nell), Roland Bertin (Hamm) et Jean-Paul Moulinot (Nagg). Photographie de Daniel Cande, 1988. Source : Gallica, BNF.

Fin de Partie de Samuel Beckett, mise en scène de Roger Blin, au Studio des Champs-Elysées, 1957. © Roger Pic/ BnF, Arts du spectacle, cliché Michel Urtado.

Un discours sans queue ni tête : silences et répétitions

Outre la singularité de ses personnages, la pièce se caractérise par un discours sans logique, très répétitif, et ponctué de silences récurrents, spécifiés dans le texte par la didascalie « Un temps ». Les répétitions tournent quant à elles toujours autour des mêmes thèmes : le vieillissement, l’incompréhension, la dépendance et l’amertume : Hamm réclame à de nombreuses reprises son calmant (mais il n’y en a plus), Clov répète qu’il quitte Hamm (sans le faire). Tous ces procédés mettent en évidence une faillite du langage, qui ne permet pas d’exprimer le monde et les sentiments, un thème cher à Samuel Beckett, qui a lui-même souffert de mutisme au cours de sa vie.

Jeux de mots et clins d’œil

Néanmoins, la lecture de la pièce ou sa représentation est un régal pour les yeux et les oreilles, à travers de subtils jeux de mots et références essaimés çà et là, autour par exemple des épisodes du Déluge ou du Jugement Dernier dans l’Ancien Testament, ou encore au jeu. Samuel Beckett était en effet adepte des échecs.

Le choix des noms des personnages a lui aussi été sans doute mûrement réfléchi, et a donné lieu à de nombreuses hypothèses :

  • Hamm signifie « cabotin, cabochard » en anglais, c’est-à-dire un mauvais acteur.
  • Hamm peut aussi se lire comme l’abréviation de « hammer », « marteau » en anglais. Dès lors, Clov serait une déformation de « clou » en français. Nell pourrait aussi être une déformation de l’anglais « nail », qui signifie là aussi « clou », et Nagg l’abrévation de « nagel », « clou » en allemand. Cette hypothèse sonne juste pour ces personnages enfoncés dans leur mur de lamentations, immobiles et inertes, martelant encore et toujours les mêmes litanies…

Fin de partie, texte de Samuel Beckett, mise en scène de Gildas Bourdet, le 15 octobre 1988 à la Comédie Française, avec Michel Aumont (Clov), Bérangère Dautun (Nell), Roland Bertin (Hamm) et Jean-Paul Moulinot (Nagg). Photographie de Daniel Cande, 1988. Source : Gallica, BNF.

 

Fin de partie ?

Le début annonçant la fin, qu’en est-il du dénouement ? Eh bien, il semblerait qu’il soit à l’image du commencement, à moins que…

« CLOV.- […] Voyons voir… (Il promène la lunette.) Rien… rien… bien… très bien… rien… parf – (Il sursaute, baisse la lunette, l’examine, la braque de nouveau. Un temps.) Aïeaïeaïe !

HAMM.- Encore des complications ! (Clov descend de l’escabeau.) Pourvu que ça ne rebondisse pas !

[…]CLOV (regardant).- Je t’en foutrai des tomates ! Quelqu’un ! C’est quelqu’un ! […] »

BECKETT Samuel, Fin de partie, Paris : Les Éditions de Minuit, 1957, p.101.

 

 

BECKETT Samuel. Fin de partie. Paris : Les Éditions de Minuit, 1957. 112 pages. 1re représentation le 1er avril 1957 au Royal Court Theatre de Londres, mise en scène par Roger Blin. 1re représentation en France le 27 avril 1957 au studio des Champs-Élysées à Paris.

Lire un extrait en ligne

Regarder des extraits de la pièce sur le site de l’INA

Source de l’image à la une : Pixabay

Mathilde Chicaud
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Jack et la Mécanique du cœur

Il était une fois… un jeune garçon nommé Jack, affublé d’une horloge à la place du cœur. Une mécanique fragile, qu’il doit remonter tous les matins, et dont le moindre sentiment un tant soit peu intense peut dérégler les rouages. Mais voilà que Jack tombe amoureux…

Source : Electre

Il était une fois…

18 avril 1874, Édimbourg. Le jour le plus froid du monde. Si froid que lorsque le petit Jack naît, son cœur, complètement gelé, se brise… Une mystérieuse sage-femme-horlogère-sorcière, le Docteur Madeleine, le recueille et le sauve en remplaçant son cœur glacé par une horloge. Dès lors, il doit suivre trois règles fondamentales :

« Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l’horloge de ton cœur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du cœur sera brisée de nouveau. »

 MALZIEU Mathias, La Mécanique du cœur, Paris : J’ai lu, 2009, p. 32.

Choyé par sa mère adoptive, Jack n’octroie le droit de sortir de chez lui qu’à l’âge de 10 ans. Et c’est en ce jour d’anniversaire qu’il croise la route de Miss Acacia, petite chanteuse andalouse perchée sur talons aiguilles, et qui n’y voit rien à plus de 30 centimètres à la ronde. À partir de cet instant, son destin est scellé : il fera tout pour la revoir et la séduire, quitte à affronter le sombre Joe, son rival, et à parcourir monts et contrées jusqu’en Espagne, dans un parc d’attraction désertique. Heureusement, il peut compter sur un ami de taille : le fantasque George Méliès, qui le poussera à décrocher la lune.

Une œuvre triptyque

Cette histoire, sortie de l’imaginaire de l’auteur-chanteur-compositeur Mathias Malzieu, a donné lieu non pas à une, mais à trois créations : un roman, puis un album en 2007, et enfin un film d’animation en 2014. Une œuvre  triptyque, dont chacune des trois facettes nourrit l’histoire… Mathias Malzieu est coutumier du fait, puisque l’album Monsters in Love de son groupe de rock français Dionysos était déjà inspiré de son roman autobiographique Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, tous deux sortis en 2005 (et encore aujourd’hui avec le roman et l’album Vampire en pyjama). Mots mis en musique, mis en images, et réciproquement.

Le roman est un petit bijou, écrit tel un poème, ou plutôt une chanson, aux refrains rythmés et vibrants, et aux couplets plus mélancoliques. Il nous plonge dans une atmosphère « burtonienne », onirique et gothique, où le fantastique nourrit le réel. Les métaphores sont d’une rare finesse, elles nous font rêver autant que réfléchir. Un cœur-horloge (qu’est-ce que le temps a à voir avec les sentiments ?), une fille-acacia (« jeune-fille-en-fleurs… et en épines !), une colonne vertébrale xylophone…

Un conte initiatique, où le héros se bat avec ses émotions… Mais finalement, celles-ci ne sont peut-être pas des ennemies…

Source : AlloCiné

Le film d’animation, ponctué des chansons de l’album éponyme du groupe Dionysos, reprend assez fidèlement le récit originel, hormis quelques adaptations chronologiques et surtout, une fin différente, en suspens, laissant libre cours à notre imagination. Le décor et les personnages ont été remarquablement modélisés par la graphiste-illustratrice Nicoletta Ceccoli, qui a su retranscrire l’atmosphère du roman, entre lyrisme et romantisme noir.

Les personnages, longs et effilés, aux grands yeux expressifs, se situent entre Tim Burton et Rebecca Dautremer, tout en étant les doubles fictifs des membres de l’équipe du film :

  • Mathias Malzieu est Jack, reconnaissable à sa coupe de cheveux atypique (hérissé à l’arrière et aux longues pattes sur les joues) et à ses costumes queue-de-pie noirs.
  • Olivia Ruiz est Miss Acacia, petit oiseau andalou
  • Jean Rochefort est Georges Méliès, bondissant et à moustache
  • Grand Corps Malade est le sombre et inquiétant Joe

Le film regorge d’ailleurs de petits clins d’œil : extraits de chansons des précédents albums de Dionysos ou d’Olivia Ruiz, un groupe de squelettes musiciens s’appelle « Dionys-os » dans le train fantôme…

Davantage qu’une œuvre strictement définie par un début et une fin, Mathias Malzieu crée et vit dans un univers qui lui est propre, fait de magie, de rêve et de musique.

   

MALZIEU Mathias. La Mécanique du cœur. Paris : J’ai lu, 2009, p. 32.  (1re édition Flammarion 2007). 160 pages.

La Mécanique du cœur, 6e album du groupe de rock français Dyonisos, sorti le 5 novembre 2007.

Jack et la mécanique du cœur, film d’animation musical réalisé par Stéphane Berla et Mathias Malzieu. Sorti en salles le 5 février 2014. 1h34.

Source des images tirées du film : AlloCiné

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel

Mille femmes blanches, Jim Fergus

« Si vous êtes une jeune femme en bonne santé, prête au mariage, et en âge de donner la vie, si vous aimez l’aventure, l’exotisme et les voyages, présentez-vous à l’adresse suivante mardi matin, douzième jour du mois de février de l’année 1875 de Notre Seigneur, à 9 heures précises. »

Jim Fergus, Mille femmes blanches, le cherche midi éditeur, 2000, p. 49.

Cette petite annonce, apparemment tirée du courrier rose d’un journal, inaugure en fait un programme atypique lancé par les autorités américaines à la fin des années 1870 : le FBI, ou « Femmes Blanches pour les Indiens » (BFI, « Brides For Indians » dans la version originale). En 1875, une vaste campagne de « recrutement » de mille femmes blanches a en effet lieu aux États-Unis. Mille femmes blanches tenues d’épouser un homme indien, dans le but officiel de sceller ainsi la paix entre les peuples, et dans celui officieux de civiliser les « Sauvages » en leur inculquant les valeurs des Blancs. Mais bien peu de véritables volontaires acceptent l’aventure, et le gouvernement américain est contraint de se tourner vers les prisons et asiles psychiatriques, où les femmes internées se voient proposer le mariage en échange de leur liberté…

Source : Electre

Une galerie de portraits de femmes

Ce premier roman de Jim Fergus prend la forme d’un journal intime, les carnets de la jeune May Dodd. Internée par sa propre famille à Chicago, celle-ci accepte en effet de partir vivre dans le Grand Ouest américain parmi le peuple cheyenne. Là, elle devient la troisième épouse du chef de la tribu, Little Wolf. Un personnage ayant réellement existé, et qui a effectivement rencontré le président Ulysses S. Grant au début des années 1870, bien qu’il n’existe aucune trace de leur échange.

À sa parole se mêlent les voix de ses compagnes d’aventure, l’occasion pour Jim Fergus de peindre une galerie de portraits de femmes singulières et attachantes. À travers leurs yeux, l’auteur nous fait découvrir les mœurs et les coutumes de la civilisation indiennes, au cœur des plaines de l’Ouest américain.

Un autre rapport à la nature

Au-delà des différences avec les « Blancs » (avec des principes  parfois étonnantes, comme l’obligation pour une femme respectable de s’asseoir les pieds tournés vers la droite dans un tipi), il nous révèle une autre façon de voir et d’appréhender l’Autre, qu’il soit animal, végétal ou inerte.

« Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages. »

Jim Fergus, Mille femmes blanches, le cherche midi éditeur, 2000, p. 60.

Les Indiens entretiennent ainsi un tout autre rapport avec la nature : ils savent reconnaître et utiliser les plantes sauvages, tant en cuisine, en médecine ou en peinture, ils considèrent l’être humain non comme un être supérieur, mais comme un être parmi les autres êtres de la nature, où les frontières entre les espèces s’efface. Deux sœurs jumelles irlandaises sont assimilées à des renardes de par leur chevelure rousse et leur malice, et May Dodd à une hirondelle après un spectaculaire plongeon dans la rivière.

Les jeunes femmes se voient d’ailleurs affublées de nouveaux noms indiens, à la fois pragmatiques et poétiques, telles des paraphrases descriptives :

  • Mesoke, ou « l’Hirondelle », pour May Dodd,
  • « Celle qui tombe par terre », pour Martha, la douce mais maladroite amie de May,
  • « Celle qui peint les oiseaux », pour Helen Flight, une britannique naturaliste passionnée par les oiseaux, aux talents de peintre à faire pâlir Audubon
  • « Parle avec une voix forte » pour la solide et robuste Gretchen.

 

Renaissance de femmes, fin d’un peuple

Ces femmes, malgré ou grâce à leurs doutes, leurs appréhensions, leurs interrogations, s’adaptent peu-à-peu à leur nouvelle vie, et acquièrent courage, abnégation et respect. Une renaissance même, pour certaines, comme la jeune Sara, muette après une terrible épreuve, qui réapprend à parler auprès de sa famille indienne, ou de Phemie, ancienne esclave noire, qui devient une figure forte et admirée de tous.

Cet ouvrage, prix du Premier roman étranger en 2000 en France, met cependant en lumière une véritable tragédie : la disparition des peuples indiens. Des 12 millions présents au XVe siècle, il n’en restait plus que 200 000 en 1900, leur « liberté » contenue dans des réserves créées pour les recevoir. Une tragédie que l’auteur dépeint plus en détails dans la suite de ce premier opus, La Vengeance des mères…

FERGUS Jim. Mille femmes blanches : les carnets de May Dodd. (Traduction de Jean-Luc PININGRE). Paris : le cherche midi éditeur, 2000. 396 pages. (Collection Romans).

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel

The Lunchbox : un film saveur cannelle et curcuma

Chaque jour à Mumbai, près de 200 000 dabbas, les lunchboxes indiennes, sont livrées à la pause déjeuner, directement sur le lieu de travail. Les dabbawallahs, la plupart illettrés, se basent sur un code de couleurs pour mener à bien leur mission. Ce système de livraison atypique a été jugé presque infaillible par l’université d’Harvard, dont une étude a conclu que seulement un repas sur un million était apportée à la mauvaise adresse ! Et c’est ce fameux repas égaré qui est à l’origine du film The Lunchbox, Dabba en indien, réalisé par Ritesh Batra et sorti en décembre 2013. Un film d’où s’échappe une multitude d’effluves épicées, de la douceur de la cannelle à l’amertume du curcuma. 

Source : Allociné

Une romance douce-amère

À l’opposé des fresques colorées et virevoltantes de Bollywood, le premier long-métrage de Ritesh Batra dépeint une Inde certes pleine d’effervescence et de dynamisme, mais aussi profondément marquée par le poids de la tradition et une certaine mélancolie. Les deux personnages principaux, Ila et Saajan, incarnent tous deux ce sentiment doux-amer.

Ila Singh est une jeune femme qui tente de reconquérir son mari fuyant et distant en lui concoctant un délicieux repas, livré chaque midi par les dabbawallahs. Elle passe ainsi de nombreuses heures seule en cuisine, parfois guidée par la voix de sa voisine du dessus, à marier épices et mets, dont la fragrance musquée semble traverser l’écran et parvenir jusqu’à nous. Mais ses efforts semblent réduits à néant lorsqu’elle se rend compte que sa lunchbox arrive à la table d’une autre personne…

Cette autre personne, c’est Saajan Fernandes, un homme taciturne et solitaire, qui s’apprête à prendre sa retraite après une longue carrière en comptabilité dans une grande entreprise.

La délicatesse et le raffinement soudains de son déjeuner (après des années de chou-fleur bouilli) vont peu-à-peu dérider Saajan et l’ouvrir au monde qui l’entoure,  a fortiori lorsqu’il découvre un jour un petit mot glissé par Ila parmi les mets… Une correspondance, tant littéraire que culinaire, s’installe alors entre la jeune femme et Saajan.

La nourriture, créatrice de liens

La nourriture est ici un protagoniste à part entière, elle vient créer du lien, et combler un vide, mélange de faim au sens physique du terme et de soif de reconnaissance, d’amitié et d’amour. Les plats d’Ila finissent par raconter une histoire, son histoire, et révèle davantage sa personnalité que ses mots couchés sur le papier. Cette double dimension de la nourriture, à la fois sociale et introspective (que l’on retrouve dans le très beau roman L’École des Saveurs d’Erica Bauermeister, où chaque plat est rattaché à un souvenir), donne toute sa saveur à ce film délicat, qui nous montre en quoi notre rapport à la nourriture est révélateur de notre rapport aux autres.

The Lunchbox est un film qui nous incite à considérer la nourriture comme un don, et la cuisine comme un moyen de communication, un moyen de prendre soin de nous et des autres. Je vous invite donc à enfiler votre tablier avec une recette de dahl aux lentilles corail et aux carottes, accompagné de chapatis, pains plats indiens.

© Mathilde Chicaud

Passons en cuisine !

Dahl aux lentilles corail et aux carottes

Pour 2 à 3 personnes :

  • 120 g de lentilles corail
  • 2 carottes
  • 3 càs de purée de tomate ou 1 tomate en dés
  • 1 càs d’huile d’olive (ou de ghee, beurre clarifié indien)
  • 1 morceau d’algue kombu (facultatif, pour favoriser la digestion des légumineuses)
  • 1 càs de curry
  • 1 càs de curcuma
  • 1 càc de paprika ou de piment rouge
  • ½ càc de gingembre
  • 1 càc de graines de cumin entières ou moulues
  • 2 feuilles de laurier
  • 1 gousse d’ail écrasée ou 1 càc d’ail en poudre

Faire cuire les lentilles corail pendant environ 15 minutes dans trois fois leur volume d’eau avec le morceau d’algue kombu, 1 feuille de laurier, le curcuma, le paprika et le gingembre, jusqu’à ce que l’eau soit complètement absorbée. Retirer l’algue et la feuille de laurier et réserver.

Dans une casserole, faire revenir l’ail dans l’huile ou le ghee. Ajouter le cumin, les carottes coupées en fin tronçons, la purée de tomate, une feuille de laurier et un petit peu d’eau. Laisser cuire jusqu’à ce que les carottes soient fondantes. Ajouter alors les lentilles corail, bien mélanger. Servir avec du riz et/ou des chapatis.

Chapatis

Pour 6 pains plats :

Version traditionnelle

  • 100 g de farine complète (épeautre ou blé)
  • 20 g de farine blanche (épeautre ou blé)
  • 1 pincée de sel
  • Eau tiède

 

Version sans gluten

  • 120 g de farine de riz complet
  • 1 pincée de sel

Dans un saladier, mélanger la ou les farines avec le sel. Ajouter petit-à-petit l’eau jusqu’à former une boule de pâte souple et non collante. Pour la version sans gluten, utiliser de l’eau bouillante plutôt que tiède, car elle va faire réagir l’amidon du riz  et permettre à la pâte de gagner en élasticité.

Laisser reposer une quinzaine de minutes avant de répartir la pâte en six parts.

Étaler chacune des parts en un large cercle d’environ 2 à 3 millimètres d’épaisseur sur un plan de travail fariné.

Faire cuire les pains un par un dans une poêle bien chaude quelques minutes de chaque côté, en surveillant bien. L’idéal est de voir le pain gonfler à la cuisson !

Pour aller plus loin…

Et pour d’autres plats indiens, je vous conseille le blog de cuisine de Pankaj, ainsi que sa chaîne Youtube.

The Lunchbox, un film de Ritesh Batra, sorti en France le 11 décembre 2013. Durée : 1h42. Avec Nimrat Kaur dans le rôle d’Ila et Irrfan Khan dans le rôle de Saajan. 

Mathilde Chicaud
Mathilde l’Arbre-en-ciel

Pénélope Bagieu, une femme qui ne fait que ce qu’elle veut

Avec sa belle couverture orange flamboyant, le tome 2 des Culottées : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, écrit et illustré par Pénélope Bagieu, est paru le 26 janvier dernier aux éditions Gallimard Bande dessinée. Tout comme le premier tome (à la belle couverture bleu azur), publié en septembre 2016, nous découvrons quinze portraits de femmes « culottées », à la personnalité bien trempée et au destin peu ordinaire. L’occasion de mettre en lumière leur auteure, Pénélope Bagieu, une femme qui ne fait elle aussi que ce qu’elle veut.

 

©Mathilde Chicaud

Il était une fois…

Une vocation précoce

Pénélope Bagieu est née le 22 janvier 1982 dans le 14e arrondissement de Paris. Elle commence à dessiner dès qu’elle est en âge de tenir un crayon et se lance dans l’écriture de livres qu’elle confectionne de A à Z (jusqu’à la reliure au scotch ou à l’agrafeuse). Son avenir est déjà clairement défini : elle sera dessinatrice (elle ne divergera de cet objectif qu’entre 5 et 6 ans, en rêvant de devenir reine d’Amérique, souhait vite enterré pour revenir à ses premières amours graphiques…).

Une histoire de nez

Après des études à l’École nationale supérieur des arts décoratifs de Paris, puis au Central Saint Martins College of Art and Design, elle trouve rapidement un agent, sans doute subjugué par ses nombreux talents. La jeune femme possède en effet de nombreuses cordes à son ar[t], du dessin à l’animation en passant par le graphisme. Tout l’inspire : de la marque de produits surgelés à la lingerie, en passant par son quotidien qu’elle relate sur son blog « Ma vie est tout-à-fait fascinante », sous le pseudonyme de Pénélope Jolicoeur. Mais elle aime surtout croquer l’être humain dans sa diversité, par des personnages hauts en couleurs. Petit détail amusant : elle commence toujours par dessiner leur nez… un cap à passer sans doute… (« C’est un roc !… c’est un pic !… c’est un cap ! ») !

Des culottées

Ses personnages sont à son image : modernes, pimpantes et déterminées à se battre pour s’émanciper des préjugés et des diktats, de Joséphine à Charlotte, en passant par le florilège des Culottées… Ces culottées, des femmes qui ont comme point commun d’avoir pris en main leur destin malgré les nombreux obstacles qui se sont dressés sur leur chemin, au-delà de leur époque, de leur culture, de leur nationalité, de leur métier. Des artistes, des impératrices, certes, mais aussi des gardiennes de phare, des travailleuses sociales, des gynécologues. Le tome 1 s’ouvre ainsi avec Clémentine Delait, femme à barbe née au XIXe siècle, ce qui introduit bien le propos selon l’auteure : des femmes qui ont des c… se considèrent à juste titre aussi libres que les hommes.

Ce projet, à l’origine sous la forme d’un blog hébergé par LeMonde.fr, lui a demandé des mois de documentation, de la lecture d’épaisses biographies au mince filet dans la presse locale. Autour, il a fallu broder une histoire, la mettre sur papier, sur quelques pages, en images. S’imaginer confrontée aux mêmes situations, se transporter dans un contexte parfois très différent de la sienne, incarner le personnage. Un exercice de taille, mais qui fait écho aux propres combats de Pénélope Bagieu. Armée de sa plume et de son bagou, elle n’hésite en effet pas à dénoncer le sexisme dans la profession et dans la société en général, la surexploitation des ressources terrestres ou encore le racisme. Sa plus grande fierté est de donner envie d’apprendre, d’en savoir plus, comme dans ses chroniques dynamiques promouvant la bande dessinée sur le site MadmoiZelle.com. En 2013, elle est ainsi nommée Chevalier des arts et des lettres lors du festival d’Angoulême par la ministre de la Culture. Parions que dans quelques années, quelques pages lui seront consacrées dans le dernier tome des Culottées !

Pour aller plus loin :

Le blog des Culottées
Pénélope Bagieu sur Twitter

Source des premières de couverture : Electre

 

Mathilde Chicaud
Mathilde l’Arbre-en-ciel