Voyage: Le monde à l’envers

Voyage : Le monde à l'enversD’Alphonse Allais à Pierre Desproges en passant par Jean-Loup Chiflet ou Anouk Ricard, découvrez comment ces grands auteurs, humoristes ou illustrateurs ont abordé l’absurde par l’humour et l’humour par l’absurde.

Si Camille me voyait… de Roland Dubillard

Pour notre pénultième article (depuis que nous avons lu Desproges, on aime utiliser des mots précieux), nous avons décidé de parler d’un livre jeunesse Si Camille me voyait… . Le monde étant l’avenir des jeunes (à vous de remettre tout ça dans le bon ordre), nous sommes allés piocher chez Folio junior la première pièce écrite par Roland Dubillard, l’auteur des Diablogues. Pourtant, après l’avoir lu, on se dit que c’est peut-être un peu trop « perché » et « bisou-gazou-coquinou » pour les enfants. Puis, on se dit que c’est peut-être nous qui avons perdu notre imagination quelque part entre notre treizième et notre quatorzième année de vie sur terre…. Enfin, en faisant quelques recherches internautiques, on s’aperçoit que cette pièce n’a pas été écrite pour les enfants mais qu’il s’agit d’une opérette radiophonique… Pour mieux comprendre venez ici.

Si Camille me voyait…  est donc une pièce en vers qui parle d’amour croisés entre quatre personnages (qui peuvent être plus ou moins, selon les métamorphoses) avec des bouquets de pipe, des femmes qui se promènent dans un carrosse remplit de lait puis se transforment en lune, de faux curés confesseurs, des chevaux parapluies, des bielles de voiture et on peut trouver cette présentation du comte sortant d’un bahut breton :

Monsieur d’Autrebane, c’est moi.

Je sors vivant de bahut.

Mort en mer, voilà ce qu’on croit

Que je suis, mais turlututu !

 

Je voulais surprendre Solange,

Mais elle ne me trompait pas.

Alors, j’ai mis sa vertu d’ange

A l’épreuve de mon trépas.

 

Depuis cinq ans déjà, je ruse

Afin de voir, dans notre lit,

Sa fidélité que rien n’use

Se laisser vaincre par l’oubli.

 

Et j’espère toujours qu’à force

D’être mort, Solange me trompe.

Ainsi j’obtiendrais le divorce.

Car enfin, il faut que je rompe.

 

Je veux épouser la fleuriste

Pour qui mon âme s’amenuise

Tellement je deviens triste.

Nous irons ensemble à Venise.

Paroles par les Frisettes Brother’s

Comme les Frisettes Brother’s sont des gens (même si certaines mauvaises langues prétendent que les Frisettes ne sont pas des gens mais des moutons avec de jolies fesses bien rebondies) très entreprenants, ils ont,  après avoir lu Paroles  (et non pas entendu Paroles comme on pourrait le croire à première vue (ou plutôt à première ouïe)), interviewé Jacques Prévert en exclusivité mondiale :

Les Frisettes : Jacques Prévert, bonjour.

Jacques Prévert : Bonjour, Messieurs Dames.

LF : Non, non, on est deux garçons…

JP : Pardon.

LF : C’est votre première interview depuis votre mort. Pourquoi êtes-vous enfin sorti de ce silence ?

JP : Parce que.

LF : Merci. Deuxième question. Nous avons  lu le recueil de poèmes Paroles et même le dossier de Yann Le Lay et on a pas tout compris… C’est normal ou c’est parce qu’on est un peu teubé ?

JP : Teu… quoi ?

LF : C’est du verlan, c’est le mot « bête » à l’envers.

JP : C’est amusant comme expression ! Moi aussi, j’aime jouer avec les mots, les mélanger, les secouer dans tous les sens ! C’est peut-être pour cela que vous n’avez pas tout compris…  Il faut se laisser aller, relire les poèmes, les dire à haute voix… Et puis, vous savez, j’ai commencé avec les surréalistes donc la compréhension, la logique, tout ça, ce n’est pas le plus important pour moi. C’est comme si on me demandait « A quoi ça sert un poème ? » Et bien à rien, mes chèrs amis, à rien ! Et c’est pour cela que les poèmes sont tellement importants !

LF : ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ

Oh pardon ! Nous aussi, on fait des poèmes, vous voulez qu’on vous lise une de nos œuvres ?

JP : Je suis un peu pressé…

LF : Ça s’appelle : Le Mars et le Bounty

Un Mars dans son frigo faisait un gros dodo

Le Bounty arrive et se moque de lui :

«Ton petit caramel est vraiment riquiqui »

« Tu fais vraiment des blagues à la noix de coco !!!»

Répondit le Mars qui repartit

Alors, vous en pensez quoi ?

JP : C’est très bien ! J’en parlerai à Gallimard. Au revoir !

LF : Au revoir Jacques !

Après réflexion, les Frisettes Brother’s tiennent à s’excuser auprès de la famille de Jacques Prévert. Evidemment, les Frisettes n’ont pas interviewé Jacques Prévert puisqu’il est mort. En réalité, ils ont interviewé  Jean de La Fontaine.  Pour une meilleure compréhension de cet article, veuillez donc remplacer le nom « Jacques Prévert » par « Jean de La Fontaine ».

Merci et pardon.

Si vous voulez rire, vous pouvez aussi remplacer  « Mars » par « pipi » et « Bounty » par « caca », vous allez voir c’est très rigolo.

Les Frisettes n’ont peut-être pas de carte de presse mais ils ont lu Tintin !

PS : Si vous avez encore envie de rigoler, venez nous voir le 28 juin à 20h30  à la Vendéthèque de la Chataigneraie. C’est gratuit. Renseignements et réservations : 02 51 52 56 56.

Gardez le sourire c’est l’été !

Fini la morosité ambiante !!! Voilà l’été!!!

Après de longs mois de grisaille, tristes et ternes, minés par le vent et la pluie, enfin, l’hiv… euh… l’été !!! (Et franchement ! Le boulversement climatique depuis hier est frappant !).

Alors, il est temps pour toi ! Fidèle bloggeur de t’aérer l’esprit ! Eteins ton ordinateur, quitte ton canapé dans lequelle tu étais affalé ! Descends dans ton jardin, régale toi du chant mélodieux des cigales et des ragondins, profite de cet air chaud et vivifiant ! Entame une belle promenade par delà les sentiers, les prairies, les ruisseaux de notre belle campagne ensoleillée !

Mais ne gambade pas trop loin tout de même et profite de l’une de tes escales bien méritées pour assister au Festival « L’air d’en rire » à Saint Denis la Chevasse, qui nous propose des journées riches en animations et en amusements!

Toutes les infos sur le site internet du festival !!!

Bon vent à toi fidèle bloggeur et surtout : n’oublie pas ta crème solaire!!! hihi!!! et ta capuche !!!

Etape 12 : « Paroles » de Jacques Prévert

                                               

 

 

Nous terminons notre voyage avec l’oeuvre de Jacques Prévert.

Né à Paris en 1900, auteur de pièces de théâtre, de chansons, scénariste, Jacques Prévert est avant tout un poète.

 

 

 

En 1946, les poèmes qu’il avait jusqu’alors essaimés sont réunis dans un premier recueil Paroles. Son succès fut immédiat. Paroles est novateur, atypique et étonnant, par sa forme (textes courts, chansons, histoires, inventaire…) et son style. Prévert adopte un langage familier et populaire. Sa poésie se veut simple, voire enfantine. Il s’amuse à jouer avec les mots, provoque le rire, transforme les banalités de la vie et attaque avec la plus grande liberté tout ce qu’il déteste.

 Suivront la publication d’Histoires et Spectacle en 1951, La pluie et le beau temps en 1955, Fatras en 1965 et Choses et autres en 1972. En dérogeant aux lois de la diversification, en utilisant des mots simples, Prévert a su réconcilier la poésie avec le peuple.

« Aujourd‘hui, les poètes sortent de Sciences-Po ou d’autres choses… C’est l’éthique, c’est la morale des poètes. Ce qu’ils oublient, c’est l’éthique de la Po : la poétique par exemple, alors ils séparent toujours l’âme du corps. Il faut toujours qu’ils expliquent l’existence du grand critique qui est là-haut et qui nous juge, avec des trompettes ou n’importe quoi. Qu’est-ce que ça peut me foutre à moi personnellement ? Ils ont un permis de chasse. Moi je m’en fous… Moi je suis braconnier. »

Extrait de Jacques Prévert, Portrait d’une vie, par Carole Aurouet. Paris : Ed. Ramsay, 2007

 

 

 

 

 

« Tout Desproges » par les Frisettes Brother’s

A y est !!! Les Frisettes Brother’s ont, enfin, fini de lire les 1449 pages de « Tout Desproges ».

Les Frisettes Brother’s ont ainsi, en seulement six mois,  réussit à lire les treize livres contenus dans cette compilation. Et vous allez nous demander : est-ce qu’ils ont aimé ? 0ui, c’était plutôt bien.

Mais développons un peu…

On retrouve donc dans cette anthologie tous les thèmes chers à Desproges : le bon vin, la bonne chair, les bonnes femmes, l’hypocrisie, le cynisme du monde, l’individualisme forcené, la défense de la langue française, la troisième guerre mondiale, et le cancer, encore le cancer, toujours le cancer…

Ces sujets, développés sur deux décennies, dessinent une morale desprogienne que l’on peut définir ainsi : l’alliance d’une liberté individuelle totale (il n’aime ni les groupes, ni les solidarités par nature hypocrites) et d’un épicurisme aristocratique (puisque nous allons tous mourir, forcément du cancer, profitons des plaisirs terrestres les plus précieux et les plus délicats).

Et tout cela, dans le « style desproges » fait  de provocation et d’outrance et de ces longues phrases alambiquées où chaque mot est raffiné et rare (un dico peut être utile…) pour tomber ensuite dans le pur trivial. Ce style peut rebuter au début. On peut trouver qu’il se contente, pour faire rire, d’utiliser une tournure affectée pour parler des choses du quotidien. Mais, une fois que l’on se laisse aller par son flot (flow ?) de paroles, on adore et l’humour et le style. Ce style desproges en a fait la coqueluche des intellectuels qui avaient enfin  découvert un humoriste lettré. D’ailleurs, Pierre Desproges n’était pas humoriste. C’était un écrivain. Il se définissait lui-même comme « écriveur ». C’est pourquoi, notre livre préféré est le seul roman de sa carrière : Des femmes qui tombent. Il quitte la chronique quotidienne pour une vraie intrigue : des femmes sont assassinées dans une province sordide. Tout le glauque desprogiens y est : alcool, handicap, manque d’amour, absurde de l’existence, fin des idéologies (gauche/droite ; clérical/anti-clérical), mort, cancer (forcément), fin de la culture et domination des lieux communs. Bref, un rire très noir, bien plus noir que celui d’Alphonse Allais par exemple, et un style mêlant la provocation misanthropique et les métaphores stratosphériques.

Pour résumer, on a aimé : le style, l’humour noir, le « seul contre tous », la provocation, la modernité.

On a moins aimé : la misanthropie qui deviens parfois réactionnaire (il n’y a plus de jeunesse, il n’y a plus de culture), les répétitions et recyclages (il faut dire qu’il écrivait énormément…), certains passages datés et difficilement compréhensibles aujourd’hui (Qui se rappelle aujourd’hui d’Alain Ayache ou de Jean-Marc Roberts ?)

Pour finir et pour vous prouver que nous avons lu le livre en entier, voilà ce que vous allez découvrir au  fil de « Tout Desproges » :

Page 199 : Le fameux (aujourd’hui, thème usé jusqu’à la corde) : Peut-on rire de tout ? Peut-on rire avec tout le monde ?

Page 205 : Comment savoir si Nantes est en Bretagne ?

Page 287 : Cette phrase peu prophétique : Peu doué pour la planche à voile, le ski de fond, le merchandising et la bourrée poitevine, le Noir moyen, à sa naissance, présente peu de chances de devenir un jour président des Etats-Unis. 

Page 317 : Une page entière dédiée à Saint Gilles Croix de Vie

Page 324 : Une description génialement sinistre d’une femme banale.

Page 433 : La violence et la puissance de Desproges pour dénoncer cette phrase d’un critique cinéma : « C’est un film qui n’a d’autre ambition que celle de nous faire rire ».

Page 475 : Sa dénonciation et sa haine des jeunes qui le lui rendaient si mal …

Page 576 : Deux classiques de Desproges : Je suis le contraire d’un artiste engagé, je suis un artiste dégagé.  Il y a plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil.

Page 593 : Un superbe hommage aux épiciers arabes.

Page 679 : Au choix, soit la notice de Jacques Lacan soit celle de Christophe Lambert.

Page 699 : Son « amour » du sport.

Page 709 : Son « amour » de Patrick Sabatier.

Page 843 : Sa proximité avec « Le gouter des généraux » de Boris Vian.

Page 1134 : Son célèbre réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen

Page 1257 : Bien avant que ce dernier soit viré de Charlie Hebdo, il accusait le dessinateur Siné de xénophobie, d’antisémitisme et de poujadisme.

 

Etape 11 : « West terne » de Michel Galvin

Et bien, nous y voilà, voici l’avant dernier livre de notre sélection du voyage « Le monde à l’envers ». Pour fêter cela dignement et pour vous montrer l’étendue de notre talent en matière de présentation de livres, nous allons tenter de dévoiler, de la manière la plus parfaite possible, le livre suivant :

« West terne, splendeur et décadence du 6.9e de cavalerie ou Les nouvelles aventures du gars René » de Michel Galvin.

 

Allez, on commence… Tout d’abord : un résumé complet et captivant.

Fort Bond, le 31 février 14… Non, en fait on a pas trouvé d’indications concernant l’époque et le lieu du récit… voilà, voilà…

Tout ce que l’on apprend en découvrant les premières planches de cette BD (et c’est bien suffisant ! d’ailleurs !), c’est qu’il existe, quelque part un certain Fort Bond (bon, vu le titre et vu l’attirail des protagonistes, on a pensé tout de suite à une histoire de cowboys américains des Etats-Unis d’Amérique du Nord, mais on peut se tromper !).

Comme la majorité des forts implantés en territoire ennemi, celui-ci est occupé par une garnison de soldats. Malheureusement pour ces derniers, un problème épineux vient s’ajouter aux multiples tâches militaires éreintantes auxquelles ils doivent se résoudre (attention on arrive à l’intrigue !) : toutes les femmes, enfin les leurs, ont disparu du fort ! Aucun indice notable, auncun motif valable ne peut expliquer, aux yeux de ces soldats, cet évènement mystérieux. Une seule cause rationnelle : ce sont les Apacheros, les cruels indiens de la région, qui ont commis un enlèvement d’envergure (un peu comme les Romains envers les Sabins dans l’Antiquité, et hop là ! Une super référence historique de derrière les fagots !).

Une section de volontaires désignés d’office est aussitôt créée pour aller enquêter dans la réserve indienne. Mais ces Apacheros sont-ils réellement responsables de cette disparition ou alors… pas du tout ?!!!…?..!….

Thatis the qouachonne !!!

Nous espérons que ce brillant résumé vous a donné satisfaction, et vous incitera à dévorer dans les plus brefs délais, les 75 pages de cette BD.

 

Bon, passons maintenant au commentaire pertinent

« West terne », c’est avant tout une BD de cowboys et d’indiens (et de femmes aussi quand même : on en voit à la page 11, 17, 27, 40…) qui fait la part belle aux anachronismes, aux comportements complètement décalés, inattendus et clairement misogynes de ces soldats, aux situations plus qu’improbables et risibles, aux cascades de Jean Marais et au langage « trop de ouf » du soldat Ben Radjani…

Bref, rien de transcendant et de spirituel dans cette BD, que de l’humour absurde à l’état brut comme on l’aime, que du bonheur en somme !

Alphonse Allais by les Frisettes Brother’s

Un petit « Début de siècle »

((Très) librement inspiré de « Un petit « Fin de siècle » (page 122))

-Dis donc, mon oncle ?

-Mon ami…

-Qu’est-ce que ça veut dire « Allais à se tordre » ?

-Allais, c’est le nom d’un humoriste qui écrivait dans les journaux il y a plus de 130 ans. Son petit nom s’était Alphonse. Et « A se tordre » c’est le…

-Un humoriste ? Comme les Frisettes Brother’s ? Il portait aussi une cagoule rigolote et mettait des tartes à la crème ?

-Non, lui, il écrivait des nouvelles absurdes de une à deux pages. C’était des textes faits pour être récités devant un public dans les cabarets. C’est la raison pour laquelle on retrouve souvent des monologues et…

-Un cabaret, c’est l’endroit où l’on fait pipi ?

-Non ça c’est un cabinet… Je disais donc qu’on retrouve des histoires bien troussées avec des jeux de langages, ou les personnages ne sont pas ceux que l’on croît, des combles et des devinettes et aussi de nombreux jeux de mots parfois coquins…

-Est- ce qu’il y a aussi des homophonies ?

-Comment tu connais ce mot à ton âge ?

-C’est dans le spectacle des Frisettes Brother’s !

-Bon, je suis en train de t’expliquer. Alors, s’il te plaît, cesse de m’interrompre… Hum hum… Bien sûr, depuis Alphonse Allais, le monde a changé. Son humour est un peu old school avec ces histoires de cocus, de farceurs, d’idiots du village, de potaches du quartier latin, de conscrits…

– ……

-Tu ne me demandes pas ce qu’est un conscrit ?

-Non. Un conscrit, c’est un jeune homme qui va bientôt faire son service militaire. Pourquoi ?

-Donc pour conclure, même si le titre « A se tordre » est un peu hyperbolique, on appréciera la légèreté de certaines histoires et surtout un style, car l’humour est un style et non un thème, qui inspirera jusqu’aux humoristes d’aujourd’hui…

-Comme les Frisettes Brother’s !!! Qui dans leur blog font parfois dialoguer plusieurs personnages afin de faire un commentaire de livre sans en avoir l’air !

-Je pensais plutôt à Desproges ou Jean Loup Chiflet ; (tentons le point-virgule !) mais si tu y tiens oui. Je peux reprendre ma lecture maintenant ?

– Dis tonton ? Tu m’emmèneras voir les Frisettes Brother’s le 15 juin à la salle des Salorges de Noirmoutier ?

(Le bruit d’un coup de pied dans le derrière retentit.)