Voyage: Non classé

Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Sur la couverture au fond gris noir filigrané de symboles dorés, une souris blanche à la queue rose. Collection Science-Fiction. Et pourtant, le roman de l’écrivain américain Daniel Keyes intitulé Des Fleurs pour Algernon n’est pas un énième roman de science-fiction pessimiste décrivant une lugubre société moderniste dominée par de terrifiantes machines. C’est bien plus que cela… c’est à la fois un journal, un conte et un essai philosophique, qui questionne notre vision du handicap et la notion d’intelligence.

Source : J’ai lu

 

“Conte randu n°1
3 mars. Le Dr. Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de maintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. J’espaire qu’ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu’ils peuve peut être me rendre un télijan.”

KEYES Daniel, Des Fleurs pour Algernon, Paris : J’ai lu, 2011, incipit.

 

Il était une fois… Charlie Gordon

Charlie Gordon est un homme-enfant de 32 ans, doux et enthousiaste, qui rêve de devenir intelligent “pour avoir des tas d’amis” et remplir de fierté sa famille qui l’a jadis rejeté. Grâce à sa seule volonté, et malgré son faible QI ne dépassant pas 70, il se bat pour devenir chaque jour plus autonome, en travaillant au sein d’une boulangerie, et surtout en prenant des cours au Collège Beekman pour adultes attardés avec sa professeure Mlle Kinnian. Sa motivation est telle qu’il est sélectionné pour bénéficier d’une opération inédite, jusqu’alors uniquement testée sur les animaux, et destinée à tripler son QI.
Il est chargé de consigner ses impressions dans des comptes-rendus afin que les scientifiques suivent son évolution intellectuelle. Le récit prend ainsi la forme d’un journal rédigé à la première personne, et où est rendue perceptible la fulgurante progression de Charlie, les premiers “conte randu” cousus de fautes et dénués de ponctuation laissant peu à peu place à des phrases complexes, à des réflexions philosophiques, mais aussi à des préoccupations personnelles et sentimentales.
Mais alors que son QI ne cesse d’augmenter, entraînant tout à la fois satisfaction et désillusion, la souris prénommée Algernon, ayant elle aussi vu son intelligence décuplée, et pour qui il s’est pris d’affection, commence à se comporter de façon étrange…

Il s’agit à l’origine d’une nouvelle, parue pour la première fois en avril 1959 dans The Magazine of Fantasy and Science-Fiction n°95, et qui a remporté le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte l’année suivante, développée et quelque peu modifiée pour prendre  la forme d’un roman. Le récit a ensuite fait l’objet de nombreuses adaptations, en série télévisée (« The Two Worlds of Charly Gordon », 1961, « Des Fleurs pour Algernon », réalisé par David Delrieux en 2006), puis en film (« Charly », réalisé par Ralph Nelson en 1968), en comédie musicale et au théâtre.

 

Un conte philosophique

Ce récit, très narratif, tient aussi du conte ou de la fable, de par une morale sous-jacente et la réflexion autour de notions universelles telles que la mémoire, l’intelligence, les relations sociales, les émotions…

Au fur et à mesure que ses capacités intellectuelles croissent, Charlie commence à se souvenir, à faire des rêves mettant en scène le passé, à prendre conscience du temps qui passe, qui est passé, qui vient, et donc à sa condition de mortel, à l’éphémère…

“C’est déconcertant, mais je vais me mettre à tout découvrir de ma vie.”

KEYES Daniel, Des Fleurs pour Algernon, Paris : J’ai lu, 2011, p. 59.

Face à ce flot soudain de souvenirs, dont il ne sait s’ils sont réels ou inventés, il oscille entre regret et acceptation : faut-il qu’il revoie ses parents ? Doit-il pardonner à ses collègues ? A-t-il bien fait d’accepter l’opération ? N’était-il pas heureux avant, même avec un faible QI ?

Ce sentiment d’insatisfaction apparaît et s’accroît en même temps que son intelligence, comme si cette dernière, en élargissant son champ des possibles, le perdait parmi toutes ces possibilités, toutes ces décisions, ces responsabilités à prendre, à tenir, à défendre. Même devenu autonome, suprêmement intelligent, n’a-t-il vraiment plus besoin d’aide ? Ou plutôt : pourquoi refuse-t-il désormais l’aide d’autrui, s’enfermant dans sa solitude ? Orgueil ? Inconscience ? Timidité ? Méfiance ?

 

Humanité et empathie

Charlie Gordon est comme un point d’ancrage autour duquel gravitent hommes, êtres et choses, et c’est par lui que l’auteur questionne les relations à l’Autre, principalement ses relations avec les autres humains (bien que la relation avec la souris Algernon soit aussi abordée). Ce point de vue unique et subjectif est donc lacunaire (on ne sait pas comment “l’autre” voit Charlie), mais aussi extrêmement riche car permettant d’explorer toute l’ambiguïté du personnage, entre l’ancien et le nouveau Charlie, l’enfant et l’adulte…

Quant aux autres personnages, ils sont aussi décrits dans toute leur complexité : il n’y a pas de véritables “méchants”, ni de parfaits anges. Les collègues de Charlie, par exemple, se moquent de lui à ses dépens au début de l’histoire, le détestent ensuite lors de sa fulgurante ascension intellectuelle, puis finissent par s’attacher à lui et à le défendre, montrant un tout autre visage, de l’empathie. Cette dimension empathique (du grec ancien ἐν, “dans, à l’intérieur” et πάθoς, “ce qui est éprouvé”), cette compassion (du latin compassio “souffrir avec, ressentir avec”) est omniprésente dans ce livre, sans basculer cependant vers de la pitié. La fin est terriblement émouvante, et fait le lien avec le titre du livre. L’auteur arrive, sans fioritures, à nous faire prendre conscience de notre humanité, de notre capacité à éprouver, à sentir, à aimer.

“[…] l’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher.”

KEYES Daniel, Des Fleurs pour Algernon, Paris : J’ai lu, 2011, p. 244.

 

KEYES Daniel. Des Fleurs pour Algernon. Paris : J’ai lu, 2011 (édition augmentée). 544 pages. (Collection SF).

L’ouvrage se compose de trois parties : le roman (occupant la moitié du livre environ), un essai autobiographique intitulé “Algernon, Charlie et moi”, et enfin la nouvelle originale (une dizaine de pages).

Retrouvez une chronique plus complète sur le blog de l’Arbre-en-ciel.

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel

Stephen McMennamy : un artiste extraordinaire

En lisant mon Je Bouquine de juillet, je suis tombée en amour devant le travail de Stephen McMennamy.

Avec les droits d’auteur, je ne peux pas vous mettre les photo-montages qu’il réalise, je vous propose donc d’aller faire un tour sur son tumblr :

http://smcmennamy.tumblr.com/tagged/combophoto

L’artiste mélange adroitement 2 photos pour n’en faire qu’une qui transforme complètement la réalité, j’adore !

Voici la création inspirée de la technique de l’artiste par une de mes collègues, je vous présente donc le Crococat :

[sources pour le crococat : Pixabay Angelo_Giordano pour le crocodile et Gillnisha pour le chat]

Bastet

Une chanson que je n’oublie pas : Mala vida de La Mano Negra

 

Aujourd’hui j’enrichis la rubrique récemment créée par Bastet d’un nouveau billet, cette fois-ci dédié à La Mano Negra et leur fameux titre Mala vida.

Quel souvenir m’évoque cette chanson? Et bien à vrai dire, je n ‘en sais rien. En fait, je l’adore depuis toujours. C’est d’ailleurs l’une des rares car bien souvent au fil des années, on s’identifie à des artistes ou styles musicaux pour finalement les délaisser, les jugeant démodés ou en décalage avec notre état d’esprit du moment.

Mais pas avec Mala vida! Cette chanson a toujours tenu une place à part dans mes références musicales.

Enfin quoi ! La Mala vida, c’est la Mala vida !

Pour être honnête ce que j’apprécie franchement dans cette chanson, c’est l’énergie et la vitalité qu’elle dégage. Le mélange des sonorités (rock, ska, fanfare), le rythme endiablé, les paroles en espagnol participent à faire de Mala vida, un morceau enthousiaste teinté de chaleur et de soleil, un brin rétro, dépaysant en tout cas! Un condensé d’influences pour une chanson vraiment festive !

On reconnait bien là l’univers musical de cette incroyable formation qu’était La Mano Negra!

Je ne sais pas pour vous, mais quand j’écoute Mala vida, je n’imagine pas vraiment un univers triste et terne. Quant aux paroles, elles parlent d’amour évidemment, les voici (c’est le moment de ressortir le dictionnaire français/espagnol rangé au fond du tiroir depuis le lycée…)

Tu me estás dando mala vida                                                                                                                                   Yo pronto me voy a escapar                                                                                                                                Gitana mía por lo menos date cuenta                                                                                                                Gitana mía por favor tu no me dejas ni respirar                                                                                               Tu me estás dando mala vida

Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                               Dime tu porque te trato yo tan bien                                                                                                                     Cuando tu me hablas como a un cabrón                                                                                                   Gitana mía mi corazón está sufriendo                                                                                                             Gitana mía por favor sufriendo malnutrición                                                                                                  Me estás dando m’estás dando mala vida

Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                       Dime tu porque te trato yo tan bien                                                                                                                 Cuando tu me hablas como a un cabrón                                                                                                           Me estás dando me estás dando Ché                                                                                                                   Mi corazón

Soleil

Tu me estás dando mala vida                                                                                                                                     Yo pronto me voy a escapar                                                                                                                               Gitana mía por lo menos date cuenta                                                                                                           Gitana mía por favor tu no me dejas ni respirar                                                                                              Tu m’estás dando m’estás dando mala vida

Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                         Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                        Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                            Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                           Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                                 Cada día se la traga mi corazón                                                                                                                       Cada día se la traga mi corazón

Pour visionner le clip de cette chanson cliquez ici

Si vous souhaitez découvrir quelques uns des meilleurs titres de La Manon Negra, je vous conseille d’écouter les albums suivant : Patchanka, Puta’s fever et King of the Bongo.

Et puis, si jamais le cœur vous en dit, faites donc un pause-lecture avec l’excellente BD de Frantz Duchazeau intitulée La main heureuse.

L’auteur raconte le périple mouvementé qu’il a effectué avec un copain pour assister à un concert La Mano Negra à la fin des années 80. « La Mano » à Bordeaux?? Impossible de rater un tel événement pour les deux ados, quitte à faire 100Km à deux sur une mobylette!

 

Je conclue ce billet avec une dernière chanson de La Mano que j’apprécie particulièrement, elle est intitulée Salga la luna

Elias
Elias

(sources photos : Casterman – Amazon)

Peaky Blinders de Steven Knight

 

Depuis quelques années déjà, les séries télévisées connaissent un regain de popularité. Avec des moyens dignes des plus grandes productions hollywoodiennes et des scénarios de qualité, certaines d’entre elles rivalisent clairement avec les meilleurs longs-métrages.

Parmi les séries incontournables du moment, il y en a une que j’apprécie tout particulièrement. Elle est britannique et se nomme Peaky Blinders.

A mi chemin entre le film de gangsters et le film historique, cette série nous plonge dans les bas-fonds de la ville de Birmingham en Angleterre au lendemain de la Première Guerre mondiale…

Birmingham est une ville cosmopolite où se croisent des communautés des quatre coins du monde. La plupart des gens y mènent une vie laborieuse et discrète. Mais d’autres individus moins respectables, sont résolus à enfreindre toutes limites pour survire et s’enrichir.

A vrai dire, il ne fait pas bon vivre dans les quartiers populaires de Birmingham à cette époque… La rue est aux mains des gangs qui y mènent une lutte acharnée pour en assurer le contrôle et développer leurs affaires douteuses.

Parmi ces gangs, il y a celui des Peaky Blinders dirigé par la famille Shelby. C’est un drôle de nom que l’on pourrait traduire par « aveugleurs à visière ». Ce sobriquet fait référence à l’un des accessoires fétiches de ces criminels : une casquette avec des lames de rasoirs cousues dans la visière. Cette simple casquette en apparence devient une arme redoutable lors des combats de rue.

En clair, les Peaky Blinders ne sont pas des enfants de chœur…

Cette série nous raconte leur histoire et leur essor au sein du crime organisé.

Qu’importe les intrigues politiques, les mises en garde de certains puissants, les positions de la Couronne, les Peaky Blinders n’ont de comptes à rendre à personne.

Bien qu’ils se considèrent affranchis de toute forme d’autorité, les Peaky Blinders sont pourtant rattrapés par les grands événements de l’époque (montée en puissance de l’IRA, Guerre civile russe…). Une actualité explosive qui semble les dépasser…

Enfin rien n’est moins sûr, car Thomas Shelby le chef de gang est un homme d’affaire avisé, déterminé et ambitieux. Il sort toujours sa famille des situations les plus délicates.

Les affaires sont les affaires, Birmingham sera bientôt aux mains des Peaky Blinders ! Ils se sont battus à coup de poing dans les rues pour asseoir leur autorité. Demain s’il le faut, ils poursuivront leur ascension dans les soirées mondaines auprès des gens « respectables ».

Au fil des épisodes, la famille Shelby va s’attirer bien des ennuis et se faire de nombreux ennemis… Bientôt les casquettes avec lames de rasoir vont paraître bien illusoires face aux nouveaux périls, quoique…

…Les gars de Birmingham sont des enragés, ils ne tomberont pas sur le pavé sans décrocher un dernier coup…

Bref,

Peaky Blinders une série vraiment captivante portée par des acteurs talentueux(Cillian Murphy, Annabelle Wallis, Tom Hardy…). La B.O. est étonnante, tout à fait originale car complètement anachronique! Des morceaux d’artistes aussi divers que Nick Cave, The White Stripes, Arctic Monkeys rythment les différentes scènes. Les choix musicaux participent à faire de Peaky Blinders, une série à la fois originale et moderne.

Pour avoir un petit aperçu de la série, cliquez ici

Elias
Elias

(sources photos : sites.arte.tv – wikipedia)

 

Chronosquad, tome 1: Lune de miel à l’âge du bronze

Lune de miel à l’âge du bronze, c’est le premier tome de la série Chronosquad écrite par Giorgio Albertini et illustrée par Grégory Panaccione.

Autant vous le dire tout de suite, le pitch de départ de l’éditeur, Delcourt, ne me faisait pas rêver:  Bloch vient de recevoir l’appel de sa vie : il va enfin intégrer la mythique Chronosquad pour une mission en Égypte antique ! Une banale fugue d’adolescents d’un centre de vacances que l’expérience de ses coéquipiers, Penn et Beylogu, devrait permettre de résoudre rapidement. Mais ce qui se présentait comme une balade temporelle de santé se transforme bientôt pour Bloch en voyage initiatique…

Et pourtant, et c’est bien là le talent de Panaccione et d’Albertini, j’ai été totalement embarqué dans cet univers décalé.

Bon, pour le moment, vous ne comprenez pas grand-chose, non ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de chronosquad? En fait, il s’agit de la brigade chargée de faire respecter les règles du chronotourisme. Nous sommes au XXIème siècle et l’on peut désormais, pour les personnes les plus fortunées, voyager dans le temps. Les touristes peuvent alors choisir le pays et l’époque dans laquelle ils souhaitent se rendre. Saint-Pétersbourg en 1917? L’Egypte pendant la IVe dynastie?

Telonius Bloch, spécialiste du Moyen Age est recruté par le professeur Korais, responsable de la brigade, pour participer à une opération en Egypte antique, logique. Mais des événements inattendus et des enquêtes parallèles compliquent la tâche des chronosquads. En effet, le récit se déplace également au néolithique et à la Renaissance. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le lecteur navigue d’une époque à une autre avec une déconcertante facilité, sans jamais se poser la question de la faisabilité.

Je ne peux que vous conseiller la lecteur de cette bande dessinée complètement atypique. Il est difficile de la qualifier. Science-fiction? Policier? Drame? Elle est un peu tout cela à la fois. Le ton est léger, c’est souvent drôle notamment grâce aux maladresses du personnage principal.

Cette série est prévue en 4 tomes. Pour le moment, seuls les 3 premiers sont sortis. On attend donc le dernier tome avec impatience. Il devrait sortir au mois de septembre…

(Source: Electre et Pixabay)

Le bureau des légendes : fiction ou réalité sur la DGSE ?

Le bureau des légendes est une série française créée par Eric Rochant. Nous en sommes déjà à la troisième saison et je continue à retenir mon souffle, yeux écarquillés, cœur battant à chaque épisode, attendant fiévreusement le suivant pour en savoir plus, toujours plus.

Cette série évoque les aventures des agents de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), des agents de terrain, des analystes, des cadres … Tout un monde qui oeuvre en coulisse pour assurer la sécurité  et protéger les intérêts de la France.

Evidemment, la fiction est plus romancée et plus concentrée en adrénaline que la vie réelle d’un clandé … Néanmoins, cette série fait étrangement vraisemblable, ce n’est pas un hasard puisque cette oeuvre sur le renseignement est bien renseignée; les sources du réalisateurs étant … de vrais espions.

Libération a fait un article expliquant, ce qui, dans le scénario est impossible, exagéré ou carrément véridique. Attention cependant aux spoilers si vous n’avez pas vu la série !

Les acteurs sont très bien dirigés, on ne voit pas qu’ils jouent. Les décors sont parfaits, l’histoire est trépidante. C’est un sans faute, 20/20, parfait !

Si vous voulez voir la bande annonce de la saison 1, cliquez-moi dessus

Bastet

[Source : Allociné]

 

« London Calling » The Clash

 

Le Royaume -Uni en 1979 est un état au bord de l’implosion…

Une profonde crise économique et un climat social désastreux entraînent le pays dans une tourmente sans précédent. Quand Margaret Thatcher arrive au pouvoir, les contestations parmi les classes populaires sont vives. Elles s’amplifierons au cours des années suivantes. Le Royaume-Uni est alors en pleine mutation, c’est le début d’une nouvelle ère…

Un groupe de punks va dénoncer avec rage ce contexte de marasme et d’incertitudes :

THE CLASH !

Cette année-là, ils enregistrent leur troisième album, certainement le plus important de toute leur carrière. Lors de son enregistrement, les musiciens délaissent l’esprit insolent du punk qu’ils assumaient jusque-là, pour une attitude plus mature, grave et inspirée.

Cet album sera celui de la consécration pour The Clash. Il deviendra l’un des plus mythiques de l’histoire du Rock’n’Roll.

Son nom : London Calling

19 titres

65 minutes (en gros)

2 vinyles

Et une pochette incontournable (un clin d’oeil à un album d’Elvis Presley)

 

 

Cet album a initialement été vendu sur un double vinyle mais chose notable, au prix d’un simple ! C’était le parti pris du groupe : rendre London Calling  accessible au plus grand nombre. Le prix ne devait pas être un frein à l’écoute. Au final malgré son succès retentissant, l’album n’a pas été très rentable pour le groupe. Ce n’était pas son ambition.

London Calling est une oeuvre originale et puissante ! C’est un formidable condensé de sonorités très diverses traduisant une grande ouverture d’esprit musicale de la part du groupe. Chaque membre y apporte ses propres inspirations : rockabilly, reggae, ska, soul, new wave et pop…  Cet éclectisme musical tout à fait inédit dans le rock, va désormais définir le style de The Clash.

Avec cet album, le groupe ouvre de nouveaux horizons aux différentes mouvances issues du rock. Bien des groupes revendiqueront par la suite l’héritage musical de The Clash ainsi que leurs prises de positions.

London Calling c’est aussi et surtout un cri, celui de quelques indignés qui malgré les contestations formulées, restent déterminés à croire en un monde meilleur.

je vous propose de visionner un clip, celui du single légendaire London Calling (oui, comme l’album, une référence à l’émission de la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale). On y retrouve les quatre musiciens de la formation de l’époque : Joe Stummer et Mick Jones au chant à la guitare, Paul Simonon à la basse et Topper Headon à la batterie.

Pour voir le clip, cliquez ici

Elias

Elias
Elias

(source photo : amazon, Wikipedia)

Mille femmes blanches, Jim Fergus

« Si vous êtes une jeune femme en bonne santé, prête au mariage, et en âge de donner la vie, si vous aimez l’aventure, l’exotisme et les voyages, présentez-vous à l’adresse suivante mardi matin, douzième jour du mois de février de l’année 1875 de Notre Seigneur, à 9 heures précises. »

Jim Fergus, Mille femmes blanches, le cherche midi éditeur, 2000, p. 49.

Cette petite annonce, apparemment tirée du courrier rose d’un journal, inaugure en fait un programme atypique lancé par les autorités américaines à la fin des années 1870 : le FBI, ou « Femmes Blanches pour les Indiens » (BFI, « Brides For Indians » dans la version originale). En 1875, une vaste campagne de « recrutement » de mille femmes blanches a en effet lieu aux États-Unis. Mille femmes blanches tenues d’épouser un homme indien, dans le but officiel de sceller ainsi la paix entre les peuples, et dans celui officieux de civiliser les « Sauvages » en leur inculquant les valeurs des Blancs. Mais bien peu de véritables volontaires acceptent l’aventure, et le gouvernement américain est contraint de se tourner vers les prisons et asiles psychiatriques, où les femmes internées se voient proposer le mariage en échange de leur liberté…

Source : Electre

Une galerie de portraits de femmes

Ce premier roman de Jim Fergus prend la forme d’un journal intime, les carnets de la jeune May Dodd. Internée par sa propre famille à Chicago, celle-ci accepte en effet de partir vivre dans le Grand Ouest américain parmi le peuple cheyenne. Là, elle devient la troisième épouse du chef de la tribu, Little Wolf. Un personnage ayant réellement existé, et qui a effectivement rencontré le président Ulysses S. Grant au début des années 1870, bien qu’il n’existe aucune trace de leur échange.

À sa parole se mêlent les voix de ses compagnes d’aventure, l’occasion pour Jim Fergus de peindre une galerie de portraits de femmes singulières et attachantes. À travers leurs yeux, l’auteur nous fait découvrir les mœurs et les coutumes de la civilisation indiennes, au cœur des plaines de l’Ouest américain.

Un autre rapport à la nature

Au-delà des différences avec les « Blancs » (avec des principes  parfois étonnantes, comme l’obligation pour une femme respectable de s’asseoir les pieds tournés vers la droite dans un tipi), il nous révèle une autre façon de voir et d’appréhender l’Autre, qu’il soit animal, végétal ou inerte.

« Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages. »

Jim Fergus, Mille femmes blanches, le cherche midi éditeur, 2000, p. 60.

Les Indiens entretiennent ainsi un tout autre rapport avec la nature : ils savent reconnaître et utiliser les plantes sauvages, tant en cuisine, en médecine ou en peinture, ils considèrent l’être humain non comme un être supérieur, mais comme un être parmi les autres êtres de la nature, où les frontières entre les espèces s’efface. Deux sœurs jumelles irlandaises sont assimilées à des renardes de par leur chevelure rousse et leur malice, et May Dodd à une hirondelle après un spectaculaire plongeon dans la rivière.

Les jeunes femmes se voient d’ailleurs affublées de nouveaux noms indiens, à la fois pragmatiques et poétiques, telles des paraphrases descriptives :

  • Mesoke, ou « l’Hirondelle », pour May Dodd,
  • « Celle qui tombe par terre », pour Martha, la douce mais maladroite amie de May,
  • « Celle qui peint les oiseaux », pour Helen Flight, une britannique naturaliste passionnée par les oiseaux, aux talents de peintre à faire pâlir Audubon
  • « Parle avec une voix forte » pour la solide et robuste Gretchen.

 

Renaissance de femmes, fin d’un peuple

Ces femmes, malgré ou grâce à leurs doutes, leurs appréhensions, leurs interrogations, s’adaptent peu-à-peu à leur nouvelle vie, et acquièrent courage, abnégation et respect. Une renaissance même, pour certaines, comme la jeune Sara, muette après une terrible épreuve, qui réapprend à parler auprès de sa famille indienne, ou de Phemie, ancienne esclave noire, qui devient une figure forte et admirée de tous.

Cet ouvrage, prix du Premier roman étranger en 2000 en France, met cependant en lumière une véritable tragédie : la disparition des peuples indiens. Des 12 millions présents au XVe siècle, il n’en restait plus que 200 000 en 1900, leur « liberté » contenue dans des réserves créées pour les recevoir. Une tragédie que l’auteur dépeint plus en détails dans la suite de ce premier opus, La Vengeance des mères…

FERGUS Jim. Mille femmes blanches : les carnets de May Dodd. (Traduction de Jean-Luc PININGRE). Paris : le cherche midi éditeur, 2000. 396 pages. (Collection Romans).

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel