Voyage: Talents en images

Talents en imagesLe cinéma d’animation, dès son apparition au début du XXème siècle, a su puiser dans la littérature, l’inspiration nécessaire à la réalisation de ses plus grands chefs-d’œuvre.
A l’instar de Winsor Mccay, Isao Takahata, Walt Disney, nombre de réalisateur ont tenté de transcrire visuellement, grâce à la magie de l’animation, des univers et personnages issus de la littérature et de la bande dessinée…

Olive Kitteridge d’Elizabeth Strout

Il y a ces livres intrigants qui demandent à tourner la page. Il y a ces livres légers qui donnent une couleur enjouée au quotidien. Et puis il y a ces chef-d’œuvres, ces livres qui ne parlent de rien d’autre que de la vie dans tout ce qu’elle a de banale mais majestueuse. Olive Kitteridge d’Elizabeth Strout fait définitivement partie de cette dernière catégorie.

Prix Pulitzer en 2009, ce livre est en fait un recueil de 13 nouvelles, 13 histoires plus ou moins liées qui mêlent différents personnages, leurs espoirs, leurs désillusions. Le personnage central est Olive Kitteridge, professeure, qui vit avec son mari et son fils dans une petite ville côtière américaine. Elle n’est pas gentille, plutôt franche et dure, mais marque profondément les gens qu’elle côtoie. Le lecteur suit sa vie durant 25 ans, avec ses mariages, ses décès et ses rencontres, et surtout ce mal-être.

Ce qu’aucun résumé ne peut rendre est le style d’écriture de l’auteure. D’une limpidité et d’une beauté sans pareil, elle offre une lecture simple et pourtant émouvante, où les sentiments sont aussi tangibles que les pages que le lecteur doit tourner. Cette écriture est d’autant plus étonnante que les propos échangés sont parfois durs, et prouvent combien le désespoir et la solitude peuvent influer sur de nombreuses vies. Mais quand l’humour noir et l’ironie, propres à Olive, parsèment les dialogues, le demi-sourire n’est jamais loin.

 

Frances McDormand est Olive Kitteridge

Cette oeuvre a également été adaptée par HBO dans une mini-série éponyme, avec dans le rôle titre Frances McDormand. A la beauté de la langue du livre font écho la beauté des images dans la mini-série, avec de larges plans sur la nature environnante.

J’ai trouvé le personnage d’Olive plus sombre, plus dur encore que dans le livre, mais peut-être est-ce parce que les dialogues résonnent d’autant plus à l’écran. L’actrice, qui a gagné un Oscar pour son rôle dans le film Fargo, est absolument renversante.

Retrouvez une bande-annonce ici

 

Cette mini-série m’en a rappelé une autre, Mildred Pierce, elle aussi adaptée d’une oeuvre littéraire (un roman écrit par James M. Cain) : à nouveau un destin de femme, avec une autre grande actrice au casting – Kate Winslet.

Alors, je ne sais pas si vous êtes d’attaque pour un livre et/ou une mini-série immensément beaux mais immensément mélancoliques, mais essayez quand même : ça vaut le coup ! Et surtout dites-moi ce que vous avez pensé d’Olive !

Corisande
Corisande

 

 

 

(Crédits photo : Electre / Canal+)

Marjane Satrapi fait son cinéma

 

Le film dont je vais vous parler aujourd’hui est l’adaptation de la bande-dessinée éponyme Poulet aux Prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, parue en 2004 aux éditions de l’Association.

L’histoire

Nasser Ali Khan, violoniste et musicien reconnu n’a plus goût à la vie. En difficulté dans son couple, il décide de mettre fin à ses jours. Ne sachant comment y parvenir, il se met au lit et attend que la mort vienne à lui. Il laisse ses idées vagabonder et se remémore ce que fut sa vie, sa rencontre avec l’amour et la musique, ses enfants…

Une adaptation réussie

Marjane Satrapi nous avait déjà enchantés avec Persépolis. Elle nous surprend ici avec Poulet aux prunes, dont la narration et l’onirisme font penser à un conte oriental.

Lectrice de la première heure de Marjane Satrapi, je n’ai pas beaucoup aimé l’adaptation au cinéma de Persépolis car pour moi les quatre tomes de la série ne pouvaient être résumés en une heure et demie…Et le charme n’opérait pas.

Au contraire, il me semble que Poulet aux prunes  est une vraie réussite à tous points de vue : esthétique, narratif, interprétation des personnages par des acteurs bouleversants… Il faut quand même souligner la présence d’acteurs tels que Mathieu Amalric, Maria de Medeiros, Golshifteh Farahani, Eric Caravaca, et Isabella Rossellini…Le rôle du conteur revient à Edouard Baer qui nous berce de sa voix suave et chaleureuse.

C’est un conte oriental car la tragédie et l’humour  s’entremêlent avec volupté…Nous y découvrons aussi le secret du génie de Nasser Ali…Mais je ne vais pas tout vous raconter. Laissez le charme opérer… !

Célia

[Source ill. : Le Pacte-Pixabay/Uskyherz]

Podium, le film

Yann Moix a publié chez Grasset, en 2002, un roman atypique, « Podium », nous racontant les aventures tragi-comiques de Bernard Frédéric, sosie convaincu et convainquant de Claude François.

L’auteur décide de mettre sous pellicule son oeuvre en 2004.

Le casting est brillant :

Benoît Poelvoorde EST Bernard Frédéric, il voue un culte au grand Claude François, il danse et chante pour lui rendre hommage, un amour sincère en somme, mais qui lui coûte cher. Sa conviction le rend égoïste, maladroit, mais aussi et surtout généreux, tendre et touchant.

L’auteur n’aime pas les personnages lisses : les trop bons, les grands méchants ce n’est pas pour lui, Yann Moix leur préfère des hommes et des femmes complexes, des personnages qui peuvent provoquer tout à la fois le rire, l’agacement, la tristesse, la haine parfois, l’incompréhension peut-être … Le lecteur-spectateur est davantage touché par un être fait de brèches qu’un captain America, si vous voyez ce que je veux dire ^^.

Jean-Paul Rouve est Couscous, le sosie de Michel Polnareff. Et bien, croyez-moi si vous le voulez, je l’ai trouvé EXTRA en faux Michel Polnareff. Il porte à merveille sa perruque et ses lunettes trois fois trop grandes, il est émouvant, maladroit, obstiné, un cœur énorme, Couscous quoi !

Et la bande-son, on en parle ??? Personnellement, je n’aime pas la musique de Claude François, bon, j’aime beaucoup plus celle de Polnareff, mais dans le film, la bande-son est géniale, bien pensée, les titres choisis sont beaux (je radote, mais celles de Polnareff sont les meilleures, hé, hé !). Ecoutez, vous verrez !

Julie Depardieu est Véro, c’est la femme de Bernard Frédéric, elle est douce, perdue, souffrant la passion de son mari chaque jour, fatiguée, aimante malgré tout et passionnée par Julien Clerc (si vous voyez le film, dites-moi ce que vous pensez du passage où un personnage chante « Ma préférence », allez dites-moi !). Elle ne sait plus comment agir pour sa famille, pour se protéger aussi. Mettez-vous à sa place, que feriez-vous ?

Le film est croustillant aussi avec toutes les guest-stars qui se promènent allègrement de scène en scène : les sosies qui n’en sont pas, c’est drôle !

Bon je récapitule, ce film est pour vous, si vous aimez :

  • Les émotions
  • Le rire
  • Pleurer
  • Les bons acteurs
  • L’humour

Ce film n’est pas pour vous si :

  • Vous n’aimez pas les comédies
  • Vous n’aimez pas la musique-nostalgie
  • Si vous n’aimez que les films sérieux et intellos

Voilà, vous êtes prévenus !

Bon, une bande annonce, un bisou, et à la prochaine fois !

Bastet

[Source : Allociné]

Lotte, ne vois-tu rien venir ?

Les aventures du Prince Ahmed

Une pionnière :

Aujourd’hui, voyageons dans le passé, en 1926, dans l’univers de Lotte Reiniger, précurseure dans le cinéma d’animation. Onze ans avant Blanche-Neige et soixante-douze ans avant  Princes et Princesses  de Michel Ocelot, elle utilise le procédé des silhouettes découpées dans le papier.

Je vous invite donc à découvrir un monde féérique avec Les aventures du Prince Ahmed, plongée dans les Contes des Mille et une Nuits, adaptés avec le talent de Lotte Reiniger et d’Edmond Dulac, illustrateur de livres pour enfants à qui l’on doit les superbes couleurs à l’encre.

En voici le synopsis :

Dans un royaume d’Orient, le jour de l’anniversaire du calife, son fils Ahmed enfourche le cheval ailé d’un sorcier africain. L’animal entraîne le jeune prince dans une grande aventure, loin de son pays d’origine, sur l’île de Wak-Wak. Subjugué par sa beauté, le jeune homme enlève la souveraine des lieux. Mais les démons de l’île, comme le sorcier africain, ont juré sa perte. Capturée par le mage, la belle princesse est vendue à l’empereur de Chine. Ahmed, aidé par une sorcière, tente d’organiser son évasion…

Un trésor de créativité et de poésie :

Le film d’une heure et quelques minutes est découpé en cinq actes. Il regorge de détails somptueux plus impressionnants les uns que les autres. Il aura fallu trois ans à Lotte Reiniger pour rassembler les 100 000 images nécessaires à la réalisation de ce film. Pour la technique, vous trouverez plus de  détails ici.

L’histoire est assez farfelue, mais après tout c’est bien  la moindre des choses pour un conte…Elle foisonne de personnages, de monstres, reprend les codes des contes orientaux (un calife, des palais, Aladin et sa lampe, un  tailleur amoureux d’une princesse…) tout en ajoutant des éléments sortis de l’imagination de Lotte Reiniger : la sorcière et son Royaume de la Montagne en flamme, le mage africain, une excursion en Chine…Tout est fin et délicat dans cette œuvre exigeante et dont on aurait tort de se priver.

Si vous n’en avez pas assez le DVD propose cinq courts-métrage en bonus !

Célia

[Source ill : Carlotta films et Pixabay-strecosa]

Pourquoi est-ce un chef-d’oeuvre ? : 50 longs-métrages d’animation expliqués

Cette semaine, je vous propose un peu de lecture en vous dévoilant l’un de ses titres « coup de coeur » du moment :

Pourquoi est-ce un chef-d’oeuvre ? : 50 longs-métrages d’animation expliqués,

de Gersende Bollut, aux éditions Eyrolles, 2014.

Pourquoi est-ce un chef-d'oeuvre

Ce petit ouvrage, très agréable à parcourir et à lire, propose une analyse inédite de 50 réalisations qui ont marqué l’Histoire du cinéma d’animation depuis le début du XXème siècle jusqu’à aujourd’hui. Le lecteur peut mieux se rendre compte de l’évolution de ce genre, et redécouvrir des films qui ont bercé nombre de générations.

Chaque notice replace l’oeuvre dans son contexte, dévoilant ainsi ce qui l’a rendu exceptionnelle et emblématique.

Je suis certaine que vous connaissez déjà beaucoup de dessins animés, mais laissez-vous tenter pour en découvrir de nouveaux ! Bonne lecture !

Corisande

Homesman de Glendon Swarthout

Homesman

Aujourd’hui nous nous tournons vers l’ouest des Etats-Unis. Sauvage et extrême, cette région inhospitalière, où la nature est omniprésente, est le passage obligé de tous ces pionniers partis chercher le bonheur promis à l’Ouest.

Homesman traite de ce sujet sous un angle particulier en narrant le destin de femmes déracinées qui quittent l’Ouest.

Résumé : le lecteur suit Mary Bee Cuddy dans son périple pour ramener vers l’est quatre femmes ayant perdu la raison. En effet la vie qu’elles ont découvertes à l’Ouest ne correspondait en rien à la vie qu’on leur avait promis. Ce voyage retour marque aussi une étape importante pour elle car elle rencontre un malfrat qui décidera de les accompagner.

Cette histoire magnifique est intéressante parce qu’elle met en avant la détresse des épouses soumises à la recherche de prospérité de leurs maris. Ce récit se pose en porte-à-faux du rêve américain. Il nous montre l’envers du décor et le difficile, voire impossible, retour à la civilisation.

Alors montez sur votre cheval et pour une fois galopez vers l’est.

Et si vous souhaitez poursuivre cette aventure passionnante, nous vous invitons également à découvrir l’adaptation en long-métrage du roman !

Un excellent film réalisé par Tommy Lee Jones s’il vous plait! On y retrouve Tommy Lee Jones dans le rôle du malfrat et Hilary Swank (Million dollar baby) dans celui de Mary Bee Cuddy.

Zabo et Elias

(Sources images : Jing – Pixabay, Editions Gallmeister, Allociné)

Vous vous souvenez ? : les dessins animés des années 80

nos-dessins-animes

Goldorak, Albator, Capitaine Flam, Ulysse 31, vous connaissez ?

Si oui, lisez donc « Nos dessins animés : 70*80 » de Florence Sandis aux éditions Hors collection , si vous ne connaissez pas, et bien dans ce cas-là, je vous conseille … de lire l’ouvrage.

Pourquoi me direz-vous ?

Je vous répondrai que vous êtes curieux et que vous pourriez obéir à mes conseils aveuglément, mais bon, étant ouverte d’esprit, je vous explique :

Ces dessins animés ont eu un impact énorme sur les quarantenaires d’aujourd’hui, vous pouvez être sûrs qu’en prenant au hasard une trentaine de quadragénaires lambdas (ceux qui avaient la télé, entendons-nous) et en les forçant (c’est plus drôle si on les force) à faire un Quizz sur les génériques des animations en questions, ils auraient tous 20/20 !

Les enfants de cette génération les connaissent grâce à leurs parents et les parents des parents les connaissent aussi forcément ou alors ils laissaient leurs enfants seuls devant la télé pendant des heures, et ça, c’est mal !

Sérieusement, ce documentaire est truffé d’anecdotes réjouissantes, c’est un plaisir de se replonger dans cette époque et d’en apprendre plus sur ces héros qui ont alimenté l’imaginaire et les jeux de récré des petits de l’époque.

Une petite mise en bouche avec ces quelques anecdotes :

  • Albator s’appelle en réalité Captain Harlock dans la version japonaise; Albator (le nom de la série en français donc) est dérivé de Balator, un joueur de rugby qu’affectionnait particulièrement Eric Charden, le compositeur de la bande originale de la version française.
  • la bande originale de Capitaine Flam est incroyablement jazzy et aboutie pour un dessin animé destiné à la jeunesse. Elle a été écrite par Yuji Ohno, écoutez par vous-mêmes ! 
  • Bruno-René Huchez, auteur de Clémentine, a lui-même été gravement malade et est resté cloué au lit 1 an alors qu’il avait 8 ans. Il s’évadait grâce aux histoires, tout comme son héroïne.

Et vous, quels sont vos dessins animés favoris ?

Bastet

[Sources : Albator : Flickr / Couverture du  livre : Electre]

Nuit et brouillard : Aloïs Nebel de Tomas Lunak

 

Aloïs Nebel  ressemble à un OVNI dans le cinéma d’animation. D’un point de vue esthétique  il se situe dans la lignée de Valse avec Bachir. Adaptation de  la bande-dessinée éponyme de deux auteurs tchèques, Jaroslav Rudiš (scénario) et Jaromír Švejdík (dessin), Aloïs Nebel a été nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2012. Découvrez ici la bande-annonce.

alois nebel

Prenons le train pour la Tchécoslovaquie, en 1989. C’est l’histoire d’Aloïs, chef de gare un peu perdu dans la station déserte de Bily Potok. Enfermé dans sa névrose, il lit les horaires de trains pour se calmer. Lorsque le brouillard se lève (« Nebel », en allemand) il est envahi par des souvenirs le ramenant à sa petit enfance,  où il vécut un traumatisme de séparation. Aloïs se remémore ces instants.

Il fait même un séjour en hôpital psychiatrique où l’on fait subir des électrochocs aux patients. Il envisage de changer d’emploi, mais on n’a rien à lui proposer.

Aloïs réalise alors son rêve qui est de se rendre à la gare de Prague, où il fait la rencontre de joyeux amis fêtant l’élection de Vaclav Havel. Il rencontre aussi Kveta, véritable rayon de soleil dans un destin qui semble assez sombre et dépourvu d’espoir.

Graphiquement, c’est très beau. Le procédé utilisé est celui de la rotoscopie qui consiste à retravailler et retoucher des prises de vues réelles, tournées avec des acteurs, ce qui donne du corps aux personnages. Historiquement, cela nous ramène à une époque pas si lointaine, d’une Tchécoslovaquie encore hantée par le souvenir des atrocités de la Seconde Guerre Mondiale.

Célia

[Source ill. : Pixabay(Fotoworkshop4You)]