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Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles de Zeina Abirached

 

Avec cette nouvelle étape du voyage, nous quittons l’Allemagne de Kinderland (cliquez ici pour lire l’article) pour le Liban avec le roman graphique Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles. Même si les deux récits sont différents sous bien des aspects, ils ont pourtant quelques points communs.

Tout d’abord les histoires se déroulent à la même époque, c’est-à-dire au cours des années 80. L’autre similarité est plus dramatique. Dans les deux récits, la population est déchirée et séparée par une ligne de démarcation… D’un côté les tristement célèbres Mur de Berlin et Rideau de fer, de l’autre la Ligne verte de Beyrouth…

La comparaison s’achève là bien entendu, le contexte n’étant pas du tout le même. Alors que dans Kinderland, la Guerre froide vit ses dernières heures, dans Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles le territoire du Liban lui, est à feu et à sang…

Avec ce roman graphique très personnel, Zeina Abirached témoigne du quotidien de cette population civile alors plongée dans la tourmente de la Guerre du Liban. Nous y découvrons une évocation de son enfance à l’époque où sa famille habitait à Beyrouth Est.

C’est à proximité de la ligne de démarcation entre Beyrouth Ouest et Est que se déroule le récit. En 1984, les affrontements armés et les bombardements de diverses factions sont omniprésents . La vie citadine s’organise au cœur du champs de bataille…

Un jour, alors que les combats s’intensifient, les habitants d’un immeuble se retrouvent une fois encore pour se mettre à l’abri. L’endroit le plus sûr et le moins exposé est alors le hall d’entrée d’un appartement du premier étage. C’est ici que vivent Zeina et son petit frère. Ils sont seuls, leurs parents ne sont pas encore rentrés. Ils ont sans doute trouvé refuge ailleurs, les enfants l’espèrent en tout cas… Petit à petit les résidents arrivent dans l’appartement, à la grande joie des enfants. Les adultes se donnent de la peine pour créer une atmosphère chaleureuse et conviviale.

Ce roman graphique prend la forme d’un huis clos se déroulant essentiellement dans le hall de cet appartement. La tension ainsi que la peur sont palpables. Mais les personnages s’adaptent tant bien que mal à cette situation. L’entraide et la bienveillance de chacun leur permettent de résister avec dignité. L’auteure se focalise sur le ressenti de ces quelques individus tout à fait ordinaires, qui subissent le conflit à l’image de milliers d’autres. La mort plane sans cesse. La population complètement démunie, ne peut faire autre chose que survivre et espérer des jours meilleurs…

L’univers graphique de Zeina Abirached, avec cette touche orientale et l’utilisation du noir et blanc, n’est pas sans rappeler celui de Marjane Satrapi.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cet épisode de l’histoire libanaise, je vous conseille également de découvrir le roman graphique et le film d’animation Valse avec Bachir d’Ari Folman en cliquant ici et là.

(sources photos : electre, pixabay-nutznutzen, allociné)

Elias.

Julio Popper : le dernier roi de Terre de Feu

 

Dans un précédent billet, je vous ai présenté un ouvrage compilant plusieurs récits d’explorateurs en Patagonie intitulé « Fous de Patagonie : quatre découvreurs du bout du monde ». Les expéditions relatées datent du XIXème siècle. A cette époque la Patagonie et la Terre de Feu étaient quasiment inexplorées et inconnues des occidentaux et n’avaient pas encore révélé leurs secrets et leurs paysages grandioses (même si aujourd’hui encore, ces espaces conservent bien des mystères).

Cette semaine, je vous propose de découvrir une autre histoire, fascinante elle aussi, se déroulant à la même époque et dans la même région du monde. C’est une bande dessinée cette fois-ci, elle est intitulée:

« Julio Popper : le dernier roi de Terre de Feu » de Matz et Chemineau.

julio-popper

Julio Popper est un personnage d’exception à plus d’un titre. Avant de s’aventurer aux confins de la Patagonie à 29 ans, il a parcouru les quatre coins du monde. Originaire de Roumanie, il achève ses études à Paris en obtenant son diplôme d’ingénieur. Il part ensuite pour l’Asie puis l’Amazonie en 1885. C’est là qu’il apprend qu’une ruée vers l’or débute en Terre de Feu. Son choix est fait, il décide d’y tenter sa chance. Dans un premier temps, il prospecte tout en effectuant un travail de cartographie de la Patagonie.

Pour assouvir ses ambitions, il joue de ruse et d’ingéniosité, fréquentant les élites savantes et politiques d’Argentine. Son entreprise prospère et son pouvoir s’étend dans cette région tant et si bien qu’il va jusqu’à frapper monnaie et éditer ses propres timbres. Mais progressivement, son influence et sa soif de pouvoir dérangent… Il est finalement arrêté et meurt peu de temps après dans des circonstances obscures…

Une vie à la fois tragique, mouvementée, riche en actions et en découvertes, bref une vie d’aventurier et pas n’importe laquelle, celle du dernier roi de Patagonie !

Le scénariste Matz propose ici un récit de vie passionnant à la rencontre de ce personnage difficile à saisir, au comportement complexe et énigmatique. Le dessin de Léonard Chemineau transcrit merveilleusement bien l’immensité et la rudesse de cette région du monde.

Bonne lecture!

Elias

(source photo : Electre)

A la rencontre de Camille Claudel… en BD

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je vais vous faire découvrir une sculptrice mais à travers un support original: la BD! Publiée chez Glénat en 2012, la BD « Camille Claudel », écrite par Eric Liberge et dessinée par Vincent Gravé est innovante dans la conception de son histoire.

  • L’histoire

Camille Claudel a fait couler beaucoup d’encre. Nombreux sont les documents existants relatant sa vie. De plus, il est difficile de parler de cette artiste sans tomber dans un classicisme.  C’est le pari pourtant gagné par Eric Liberge et Vincent Gravé! Ils ont choisi un angle nouveau: partir du témoignage du frère de Camille, Paul Claudel, pour découvrir la vie de sa sœur façon flash-back. L’exhumation de ce témoignage recueilli en 1951 à la veille d’une exposition rétrospective en l’honneur de Camille Claudel,  nous transporte dans un récit romanesque qui ne peut laisser insensible.CAMILLE CLAUDEL[BD].indd.pdf

  • Le dessin

En adoptant un dessin rugueux et dérangeant à la manière des illustrateurs de presse de la fin du XIXe siècle, Vincent Gravé n’entre pas seulement dans une époque dont il campe les décors de jolie manière. Il renforce la proximité avec le style des deux artistes au cœur de cette biographie.  Il fallait cette originalité alliée à quelques folies graphiques et aux fines aquarelles d’Éric Liberge pour sublimer ce récit qui aborde un véritable mythe avec ses parts d’ombres et de mystères, voire ses polémiques.

Difficile de refermer cet album sans ressentir un vif sentiment d’injustice envers une femme qui n’eut sans doute pas la reconnaissance légitime que son génie réclamait. Être femme et une artiste aux débuts du siècle passé n’allait pas de soi…

Je vous propose de découvrir cette BD à travers cette vidéo qui met en scène la réalisation de cette oeuvre. C’est par ici!

« De tous les arts, la sculpture est celui qui promet le moins de succès temporel »

Paul Claudel.

Bonne lecture,

Sunray

(Sources: Camille Claudel sculptrice : Wikipédia; couverture : Electre)

 

 

La métamorphose de Franz Kafka

Découvrez cette semaine un grand classique du fantastique mais adapté en bande dessinée : La métamorphose de Franz Kafka par Corbeyran et Horne:

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Comme chaque matin, Gregor, employé modèle, s’apprête à partir au travail, lorsqu’il s’aperçoit que son corps est doté d’une lugubre carapace de coléoptère. Il croit d’abord à un mauvais rêve, mais la métamorphose est bien réelle. Sa famille effarée le séquestre dans sa chambre. Les locataires fuient l’appartement, c’est alors que sa soeur annonce qu’il faut soit le tuer, soit l’expulser du logis…

Le pari est réussi pour Corbeyran et Horne qui proposent un scénario et un dessin fidèles au récit de Kafka. Même si les planches sont très sombres, cette adaptation en bande dessinée est saisissante!!

Molloy

Premier roman et BD

Premier roman et bande-dessinée : un pari souvent réussi

Nombreux sont les premiers romans qui, fort de leur succès, naissent et renaissent sous une autre forme : celle de la bande-dessinée. Et quand le roman devient BD, c’est un nouvelle oeuvre qui s’offre à nous. Le scénariste et le dessinateur s’inspirent du livre pour en donner une vision nouvelle : l’univers du roman prend vie et se transforme à travers les mots et le dessin. Découvrons ensemble quelques adaptations réussies et étonnantes qui vous (re)donneront peut-être l’envie  de lire ces premiers romans inspirants…

La Princesse des glaces :

Premiers romans et BDSorti en France en 2008 aux éditons Actes Sud, ce premier roman de Camilla Läckberg connait un très fort engouement dans le monde entier. Suivant les traces des maîtres du polar nordique, l’auteure suédoise propose un roman policier dont l’héroïne, Ericka Falck, découvre le cadavre de son amie d’enfance, nue dans une baignoire. Ne croyant pas au suicide, comme semble l’indiquer toutes les preuves, Ericka commence son enquête. L’intrigue est rudement bien menée et la description psychologique de tous les personnages renforce l’ambiance lourde et menaçante qui plane tout au long du roman. Et c’est très certainement cet univers glacial qu’ont voulu mettre en couleur Olivier Bocquet (scénariste) et Léonie Bischoff (dessinatrice) avec l’adaptation en bande-dessinée de ce premier roman. Parue chez Casterman en janvier 2014, les deux auteurs en proposent une réécriture fidèle et époustouflante. A lire et à regarder !

Les mines du roi Salomon : une aventure d’Allan Quatermain :

Ce premier roman de Henry Rider Haggard (écrivain britannique de romans d’aventures) est Premiers romans et BDpublié en France en 1926. Se situant dans les années 1890, l’époque victorienne, il relate l’histoire de trois Anglais qui s’aventurent dans des contrées inconnues de l’Afrique du Sud, à la recherche de Neville Curtis, parti en quête des fameuses mines de diamants du roi Salomon. Conduit par Allan Quatermain, le groupe d’aventuriers doit affronter de multiples dangers… Il s’agit du premier roman de fiction britannique dont la trame se déroule en Afrique : la manière dont le racisme et la valorisation du colonialisme anglais sont décrits laissent parfois un sentiment de malaise. En ce qui concerne l’adaptation en bande-dessinée, ce sont Dobbs et Dim D. qui ont travaillé à la réalisation du projet, en deux tomes, de Allan Quatermain et les mines du roi Salomon (parution en 2010 et 2012 chez Soleil). Dobbs ne rajoute aucun artifice, aucun élément extérieur, pas même un personnage féminin, comme ce fut le cas dans la plupart des adaptations. Le dessin de Dim D. parvient à restituer les ambiances africaines de la fin du XIXe siècle, notamment grâce une colorisation parfaitement maîtrisée. C’est donc l’occasion parfaite pour se plonger dans un classique de la littérature anglophone.

Sukkwan Island : 

Pour cette dernière suggestion de lecture, je vous propose de partir dans les grands espaces de l’Ouest Américain, et plus précisément en Alaska. Ce premier roman de David Vann raconte l’itinéraire tragique d’un père et de son fils qui s’isolent sur une île afin de renouer ensemble. Les dangers auxquels ils sont confrontés et les défaillances du Premiers romans et BDpère vont transformer ce séjour en cauchemar. Ce premier roman reçoit le Prix Médicis étranger en 2010 (roman pubilé chez Gallmeister). Cet auteur connait la consécration grâce à ce roman magnifique et c’est seulement il y a quelques mois que l’adaptation en BD a été initiée (octobre 2014, aux éditions Denoël Graphic). Ugo Bienvenu en propose à la fois le scénario et les dessins. Ce jeune auteur venu de l’animation, s’empare de ce huis clos avec maîtrise et talent. L’un ne va pas sans l’autre : dévorez-les tous les deux !

Les Découvreurs

Couverture de "Durandal, La marche de Bretagne", premier tome d'une saga prometteuse

Durandal de Nicolas Jarry

Cher voyageurs,

Pour terminer ce cycle consacré aux légendes, quoi de mieux qu’une bande-dessinée épique ? Avec Durandal, La marche de Bretagne, Nicolas Jarry, associé au dessinateur Gwendal Lemercier, nous offre une fabuleuse histoire sur la légendaire épée du chevalier Roland.

Couverture du premier tome de la BD "Durandal"

L’action se déroule sous le règne de Charlemagne. Le royaume doit faire face aux attaques incessantes des Saxons. Ambroise, comte de la Marche de Bretagne et détenteur de la légendaire épée Durandal, est tué au combat. Contre toute attente, son jeune héritier et petit-fils, Roland de Roncevaux, est dépossédé de la lame familiale par une mystérieuse femme venue d’Islande. Les années passent et la situation de la Marche de Bretagne se dégrade : les navires vikings écument les côtes et la révolte gronde dans les territoires limitrophes. Roland comprend que seule l’épée Durandal pourra lui donner le pouvoir de rétablir l’ordre et qu’il doit briser le serment fait à sa mère de ne jamais rechercher l’épée de son grand-père. S’ensuit une quête valeureuse qui mènera Roland aux confins des terres du Nord, là où les légendes et la mythologie prennent vie.

Mêlant de façon habile faits historiques, contes populaires, légendes, mythologies scandinave et gauloise ainsi que des éléments sortis tout droit de son imagination, Nicolas Jarry nous propose sa réinterprétation de la chanson de geste médiévale « La chanson de Roland ». Servie par une intrigue soutenue, une galerie de personnages flamboyants, des planches fournies et détaillées, cette bande-dessinée nous apporte un nouvel éclairage sur l’épée Durandal, non moins légendaire qu’Excalibur.

Quatre tomes sont déjà parus et sont porteurs de bien des promesses… Histoire à suivre !

« Rubrique-à-brac » de Marcel Gotlib

Aujourd’hui (ou demain, si vous lisez ces quelques mots demain), les Frisettes vous proposent de découvrir le monde de l’absurde, à travers la Rubrique-à-brac de Marcel Gotlib !!!

« Ils ne se tracassent pas trop pour faire leurs articles ces frisés !!! » se dit intérieurement monsieur Jesuisjamécontent (attention longue parenthèse ! Monsieur Jesuisjamécontent n’est pas un vrai lecteur du blog. Ce nom va nous servir pour croquer, de façon croquignolette, les travers de nos concitoyens qui râlent en permanence. De plus, pour ne pas accabler ce monsieur, un nom d’emprunt lui a été attribué, son véritable nom étant Jean Laguiole et il habite : 8 rue de la Mogette Souriante au Poiré sur vie (Juste derrière le Super U, c’est la maison avec des roses blanches)).

 « Ils font un article sur des BD, comme ça, c’est vite lu !!! Et pouf !! Ils pondent un article en deux-deux !!! Moi, j’attends toujours la critique sur Les Frères Karamazov !!!» reprend ce brave monsieur qui habite, rappelons-le, la maison derrière le Super U avec les roses blanches devant.

Premièrement, monsieur Jesuisjamécontent, nous ne voyons pas pourquoi dans un blog sur l’absurde nous parlerions de joueurs de handball qui trichent (Pour les gens qui n’ont pas compris cette blague, veuillez faire comme tout le monde en riant poliment.) Deuxièmement, ce n’est pas parce que c’est une bande dessinée que c’est facile !!! La richesse des personnages de Gotlib : de la coccinelle, au professeur Burp, en passant par Monsieur Newton, en fait l’une des œuvres phares de la littérature mondiale.

« Laissez-moi rire !!! » se re-dit intérieurement monsieur Jesuisjamécontent (qui aime bien, en plus des roses blanches, faire des phrases qui finissent par trois points d’exclamation) « La « bédé », c’est juste des petits coups de crayon, hop, hop, hop. Ça fait rire les enfants, ça fait chanter les abeilles mais ce n’est pas de la littérature !!! »

Mais vous avez fini à la fin ! C’est drôlement bien Gotlib, c’est plein de références, c’est subtil (pas toujours ok…) c’est provocateur et il a réussi à imaginer un univers digne des grands créateurs. En plus, c’est l’une des personnes qui a le plus subverti la bd dans les années 60 et 70 !

« Oui, c’est vulgaire quoi !!! Moi, la vulgarité, je ne supporte pas. Ça me casse les … » ne finit pas monsieur Jesuisjamécontent parce que ce blog est aussi lu par des enfants de moins de 3 ans. Il fallait bien, qu’à un moment, un frisé aille chez lui pour lui briser la nuque et en profite aussi pour prendre les roses afin d’aller les apporter à sa maman qui est à l’hôpital.

Bien, maintenant que nous sommes débarrassés de monsieur Jesuisjamécontent, nous pouvons dire, à l’instar de Gai-Luron, le célèbre chien immortalisé par Gotlib :

« En route pour de nouvelles aventures mon brave Milou !!! »

PS : Pour savoir ce qu’il est advenu du frisé qui a apporté des roses blanches à sa jolie maman, veuillez écouter la chanson suivante :

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