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Lotte, ne vois-tu rien venir ?

Les aventures du Prince Ahmed

Une pionnière :

Aujourd’hui, voyageons dans le passé, en 1926, dans l’univers de Lotte Reiniger, précurseure dans le cinéma d’animation. Onze ans avant Blanche-Neige et soixante-douze ans avant  Princes et Princesses  de Michel Ocelot, elle utilise le procédé des silhouettes découpées dans le papier.

Je vous invite donc à découvrir un monde féérique avec Les aventures du Prince Ahmed, plongée dans les Contes des Mille et une Nuits, adaptés avec le talent de Lotte Reiniger et d’Edmond Dulac, illustrateur de livres pour enfants à qui l’on doit les superbes couleurs à l’encre.

En voici le synopsis :

Dans un royaume d’Orient, le jour de l’anniversaire du calife, son fils Ahmed enfourche le cheval ailé d’un sorcier africain. L’animal entraîne le jeune prince dans une grande aventure, loin de son pays d’origine, sur l’île de Wak-Wak. Subjugué par sa beauté, le jeune homme enlève la souveraine des lieux. Mais les démons de l’île, comme le sorcier africain, ont juré sa perte. Capturée par le mage, la belle princesse est vendue à l’empereur de Chine. Ahmed, aidé par une sorcière, tente d’organiser son évasion…

Un trésor de créativité et de poésie :

Le film d’une heure et quelques minutes est découpé en cinq actes. Il regorge de détails somptueux plus impressionnants les uns que les autres. Il aura fallu trois ans à Lotte Reiniger pour rassembler les 100 000 images nécessaires à la réalisation de ce film. Pour la technique, vous trouverez plus de  détails ici.

L’histoire est assez farfelue, mais après tout c’est bien  la moindre des choses pour un conte…Elle foisonne de personnages, de monstres, reprend les codes des contes orientaux (un calife, des palais, Aladin et sa lampe, un  tailleur amoureux d’une princesse…) tout en ajoutant des éléments sortis de l’imagination de Lotte Reiniger : la sorcière et son Royaume de la Montagne en flamme, le mage africain, une excursion en Chine…Tout est fin et délicat dans cette œuvre exigeante et dont on aurait tort de se priver.

Si vous n’en avez pas assez le DVD propose cinq courts-métrage en bonus !

Célia

[Source ill : Carlotta films et Pixabay-strecosa]

Courts d’animation de Tim Burton et Terry Gilliam

Les deux courts d’animation que nous vous proposons de visionner aujourd’hui sont atypiques à plus d’un titre. Outre le fait que ce sont des films d’animation, ils ont pour point commun d’être parmi les tout premiers films de leurs réalisateurs respectifs : Tim Burton et Terry Gilliam.
Un stop motion autobiographique…

Vincent Malloy - Courts d'animation

Vincent Malloy est un jeune garçon sombre et solitaire qui, sous des dehors d’enfant sage et bien élevé, nourrit le rêve secret de devenir comme son idole : Vincent Price, un acteur connu pour ses rôles dans des films d’épouvante. Ce film de 1982 conçu à l’origine comme un livre pour enfants est réalisé avec des marionnettes en utilisant la technique du stop motion. Il est en noir et blanc et mélange des éléments 2D et 3D. Le jeune Burton alors animateur pour les studios Disney (il a travaillé sur Rox et Rouky et Taram et le Chaudron magique) puise en grande partie son inspiration dans les nouvelles de l’écrivain américain Edgar Allan Poe et de leurs adaptations au cinéma (notamment des films de Roger Corman dans lesquels joue Vincent Price). Ceci explique la narration en vers et les nombreuses références aux nouvelles de Poe, notamment Le Corbeau à laquelle il emprunte la dernière strophe.

Vincent Price - Courts d'animationLa voix du narrateur est celle du véritable Vincent Price, il déclara au sujet de ce court métrage que c’était ‘la chose la plus gratifiante qui lui soit jamais arrivée’ et que cela représentait pour lui ‘l’immortalité – mieux qu’une étoile sur Hollywood Boulevard.’ Ce court métrage devait à l’origine être diffusé au cinéma en début de séance d’un film de Walt Disney, mais jugé trop sombre pour les enfants, il dût attendre la sortie en vidéo de L’étrange Noël de Mr Jack en 1994 pour être enfin diffusé sous forme de bonus.

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Ce film préfigure l’oeuvre de Burton, ses influences y sont clairement affichées et le côté autobiographique y est à peine masqué tant le personnage de Vincent ressemble à son créateur. On y retrouve nombre d’éléments de ses futurs films : la porte distordue et les créatures de Beetlejuice, une forme primitive du personnage de Jack Skellington dans L’étrange Noël de Mr Jack ou encore le visage de Victoria, l’héroïne des Noces Funèbres.

Frankenweenie - Courts d'animationEn 1984 Vincent a reçu le prix du public au festival international du film d’animation d’Ottawa et le prix de la critique au festival international du film d’animation d’Annecy. En 2012, Tim Burton revint aux sources en s’inspirant très largement de Vincent (rebaptisé à l’occasion Victor Frankenstein) pour réaliser le long-métrage d’animation Frankenweenie.

L’univers de Tim Burton est caractérisé par le macabre (Sleepy Hollow, Sweeny Todd) mais jamais sans un côté poétique (Edward aux mains d’argent, Big Fish, L’étrange Noël de Mr Jack, Les Noces Funèbres…) ou comique (Beetlejuice, Mars Attacks, Dark Shadows).

Sleepy HollowOn constate une certaine récurrence dans l’aspect graphique de ses films, il y a évidemment ce côté gothique et sombre, à la fois poétique et grotesque, mais aussi une certaine propension à déformer les perspectives, des arbres morts, de la sculpture sur buisson, des moulins, des têtes coupées et des mondes miniatures.

Papiers découpés Pythonesques !

Story Time - Courts d'animation

Ce film de Terry Gilliam se nomme Storytime, on retrouve dans cette série de trois histoires loufoques et décalées, l’humour « so british » des Monty Python, une troupe de comiques anglais irrévérencieux des années 1970 dont Gilliam a fait partie, tout d’abord en tant que dessinateur/animateur puis comme membre à part entière et enfin comme co-réalisateur de longs métrages.

Monty PythonLes deux premières parties de ce court-métrage ont été diffusées pour la première fois dans l’émission TV de 1971 -1972 « The Marty Feldman Comedy Machine », la troisième partie a quant à elle été réalisée en 1968 pour l’émission « Do Not Adjust Your Set », un programme pour enfants. Les dessins, le style et la technique d’animation sont identiques à ceux des travaux graphiques que Gilliam produisit pour les Monty Python dans leurs émissions TV puis dans leurs longs métrages dans la décennie qui suivit.

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La technique utilisée ici, chère à Terry Gilliam est celle du « cut-out » ou animation de papiers découpés, il utilise en effet à l’image des éléments découpés dans des livres, magazines ou de vieilles cartes postales ainsi que ses propres créations. L’animation est ensuite réalisée image par image comme pour le stop motion, voici une vidéo dans laquelle Gilliam nous livre quelques uns de ses secrets de fabrication :

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L’univers si particulier de Gilliam est centré sur l’imagination, on le retrouve ici dans des concepts très originaux, un goût prononcé pour l’absurde, le surréalisme, la fantasy, l’onirisme, la folie et les idées subversives ! Il faut dire qu’il puisera plus tard, pour la réalisationGilliam, absurd - Courts d'animation de ses longs-métrages, dans un large répertoire d’auteurs parmi lesquels on retrouve pêle-mêle : George Orwell (Brazil), Lewis Carroll (Jabberwocky), Chris Marker (L’armée des douze singes), Cervantès (Lost in la Mancha et  The Man Who Killed Don Quixote) ou encore les Frères Grimm dans le film du même nom.

Dans son oeuvre, les thèmes récurrents sont ceux du Graal (Sacré Graal & The Fisherman) et du rejet de la technologie de la bureaucratie et de la surconsommation (Brazil, L’armée des 12 singes & The zero theorem). À l’écran, ses films sont caractérisés par l’utilisation répétée d’objectifs à très grands angles, ce qui induit des déformations de l’image propres14mm Lens - The Gilliam à ces courtes focales, un peu comme lorsque l’on regarde à travers un Judas. Terry Gilliam en a fait une marque de fabrique si bien que l’objectif de 14mm qu’il affectionne particulièrement est parfois appelé « The Gilliam » par les professionnels du cinéma.

Lost in La Mancha - Terry GilliamMalgré d’indéniables qualités et la reconnaissance de ses pairs, Terry Gilliam n’a pas toujours obtenu avec ses films le succès attendu, essuyant plusieurs échecs commerciaux et avortements de projets.  Le tournage de son film s’inspirant de l’histoire de Don Quichotte subit tellement de déboires qu’il dût être abandonné, ce qui donna lieu au documentaire Lost in la Mancha : ‘le pire cauchemar qu’un réalisateur puisse vivre‘ selon Woody Allen. En 2000 l’auteure à succès J.K. Rowling le choisit pour devenir le réalisateur des adaptations cinématographiques de la saga Harry Potter mais la Warner refusa et imposa alors Chris Colombus jugé plus consensuel. Après le décès d’Heath Ledger durant le tournage de L’imaginarium du Dr Parnassius, film dont il était l’acteur principal, Terry Gilliam devient officiellement l’un des réalisateurs les plus malchanceux de l’histoire du cinéma.

Arts plastiques, grain de folie et poésie

Malgré des styles et des identités sensiblement différents, ces deux réalisateurs partagent quelques points communs. Ils ont tous les deux débuté leur carrière au cinéma par le dessin et l’animation. Ils se sont vus refuser des projets par de grands studios américains au motif que leur travail n’était pas adapté au public familial. Tous deux ont travaillé sur un projet de film avorté avec Nicolas Cage dans le rôle titre (Detective Detective pour Giliam et Superman Lives pour Burton). Ils partagent surtout le fait de posséder chacun leur propre univers poétique qu’ils mettent en mots et en images de manière très graphique, avec créativité et un grand sens de l’esthétisme.

Retrouvez au cinéma le film de Tim Burton : Big Eyes, à l’affiche depuis le 18 mars.

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