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Ces « choses » que l’on ne regarde pas…

Un humour de mise à distance

Jacques A. Bertrand a forgé son humour à force d’observation, d’épreuves et de distance – humour indissociable d’un sens aigu de la langue, de la littérature et de la culture. Il en témoigne régulièrement dans l’émission  Des papous dans la tête sur France culture, une émission dont je vous recommande fortement l’écoute ! Avec ses comparses, ils tordent la langue dans tous les sens et nous font apprécier sa subtilité. Bref retournons à notre Brève histoire des choses. 

Comme il le dit dans la première « histoire » : « On célèbre régulièrement l’imprimerie, la locomotive à vapeur, la montgolfière, le fusil à répétition et toute une théorie d’inventions mortifères, mais il n’est jamais fait mention du parapluie dans les manuels d’histoire de l’industrie. »

Les « Journées de… »

Avec tout son talent, Jacques A. Bertrand nous parle des choses de notre quotidien, auxquelles on ne porte plus d’attention tant elles paraissent insignifiantes…Il passe ainsi en revue les petites histoires du savon, du rond-point, des prévisions météorologiques, du fonds sonore ou encore des « Journées de » ,  à propos desquelles il dit : « Naturellement, il est difficile de penser à penser tous les jours. Cette année,  j’ai encore oublié de penser à l’oubli lors de la Journée internationale contre l’Oubli ».

A propos du savon : « Rien ne ressemble plus à l’Homo sapiens sapiens que le savon (…) leurs carrières sont parallèles. Tous eux commencent à exhaler une certaine fraîcheur. On prend plaisir à les caresser. Rapidement, ils en profitent pour se faire mousser. Ils font des bulles.(…) Inexorablement, l’Homme et le savon vont en diminuant. Ils moussent de moins en moins. Ils deviennent tous mous. Ou alors ils sèchent. Ils se fendillent (…). Bref ils n’ont plus forme humaine. (…)On embaume l’Homme. On jette le savon. »

Jacques A. Bertrand parvient à détourner le quotidien, s’en amuser et nous faire rire. Il a reçu le prix Alexandre Vialatte en 2015 pour ces Brèves histoires des choses. De quoi adopter un autre regard, sur  ces objets modestes du quotidien que nous appelons simplement « choses ».

Célia

[Sources ill : Pixabay/Pexels-Electre]

Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro

 

Alors qu’il se présente à la caisse d’un magasin pour régler ses courses, Fabrice réalise l’impensable. Il a oublié sa carte de fidélité dans la poche de son autre pantalon !!! Comment a-t-il pu ??? Qui pourrait comprendre ???

Gardant tant bien que mal son sang-froid, il tente de s’expliquer auprès de la caissière. La tension monte d’un cran lorsqu’un vigile intervient. C’est clair désormais, Fabrice est dans de sales draps…

Le vigile tente de l’interpeller mais Fabrice réagit en s’armant d’un poireau tout juste acquis ! Puis, la situation dégénère complètement. Le vigile menaçant, annonce même au client qu’il s’apprête à réaliser une roulade arrière (figure qu’il maîtrise pourtant moyennement) mais en vain… Fabrice s’enfuit du magasin (en marchant très rapidement comme quelqu’un qui court).

En quelques secondes seulement Fabrice, auteur de BD sans histoires, est devenu l’ennemi public n°1…

Entamant une fuite effrénée (parfois en voiture mais plus souvent à pied), le fugitif solitaire part à la recherche d’une planque, dans un endroit perdu et coupé monde. Il choisit la Lozère…

Zaï Zaï Zaï Zaï (un titre qui parlera à tous les fans de Joe Dassin et ils sont nombreux) est un road movie farfelu délirant et jubilatoire!

Au fil des pages, Fabcaro nous inondent de répliques et de dialogues aussi absurdes qu’insensés pour notre plus grand bonheur! Chaque planche est prétexte à un nouveau gag mettant en scène Fabrice ou d’autres personnages en marge de l’histoire.

Le comportement et les commentaires de ces individus révèlent les travers de notre société. Avec Zaï Zaï Zaï Zaï, l’auteur se moque gentiment de ces concitoyens en détournant les grands débats qui animent la France d’aujourd’hui : impact des médias, oppositions politiques, intégrations des minorités, tensions sociales, individualisme…

Bref si vous appréciez l’humour absurde et la satire sociale (et Joe Dassin), je vous recommande vivement la lecture de cette bande dessinée d’humour!

Et puisque vous avez pris le temps de lire mon billet, voici une petite récompense, quelques planches de Zaï Zaï Zaï Zaï !!!

Bonne lecture !

Elias

Elias
Elias

(sources photos : electre – actuabd.com – BDZoom)

 

The autobiography of me too de Guillaume Bouzard

 

Si vous êtes amateur de bande dessinée, la sortie du tout nouvel album de Lucky Luke en janvier dernier ne vous a certainement pas échappé.

Entre nous, se voir confier l’une des aventures de « L’homme qui tire plus vite que son ombre » ne doit pas être une mince affaire pour un auteur de BD ! Mieux vaut avoir une bonne expérience du métier, quelques albums de qualité à son actif et du talent (au moins un peu)!

Pas de doute Guillaume Bouzard, la référence de la BD underground française, était l’homme de la situation ! Dans son album Jolly Jumper ne répond plus, il nous offre une vision inédite et drôle de Lucky Luke. On y retrouve la touche personnelle de l’auteur, son style bien à lui. Mais quel est-il ?

Réponse, le style de Guillaume Bouzard c’est :

-Un style graphique moderne et spontané

-Une bonne dose d’humour (dans le scénario et le dessin). Un humour inspiré, absurde, présent à chaque case et super efficace!

-des références rock de -ci de-là (et que du bon : Motörhead, The Ramones…)

Pour découvrir un peu plus l’univers de Guillaume Bouzard, je vous conseille la lecture de The autobiography of me too :

C’est une trilogie en trois volumes (ce qui est tout à fait cohérent) dans laquelle Guillaume Bouzard nous confie les péripéties de son quotidien, le tout avec beaucoup d’humour et de dérision !

A noter la présence incroyable d’un chien doué de la parole nommé Floppi !!!

Bref, un moment de lecture bien sympathique !

Elias

De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages

La période des vacances arrive. Aussi, je vous propose aujourd’hui de découvrir un livre que je conseille à tous les voyageurs (et même à ceux qui n’ont pas la chance de partir en vacances) : De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages de Matthias Debureaux.

Car le voyage en lui-même ne serait rien sans les préparatifs qui l’accompagnent et surtout, surtout… sans les innombrables discussions autour de ce périple lors du retour à la maison. Vous aviez peur d’être intéressant en racontant votre plus grand moment ? Vous tremblez d’effroi à l’idée d’oublier ne serait-ce qu’une seconde de votre voyage ?  Alors, ce petit manuel est fait pour vous ! L’auteur donne de précieux conseils pour tous ceux qui souhaitent devenir les pires narrateurs de leurs aventures, et par ricochet des conseils également pour ceux qui sont invités à la soirée de retour du-dit voyageur.

Aurais-je oublié de vous dire que ce livre est aussi drôle qu’irrévérencieux ? Alors oui, l’auteur pousse sciemment le trait, mais vous trouverez forcément une anecdote qui vous fera penser à des personnes que vous connaissez (ou vous-même !) Le rire fuse dès la quatrième de couverture avec seulement deux phrases courtes qui font mouche : « Chaque année, un milliard de touristes parcourent le monde. En 2020, ils seront un milliard et demi à vous assommer avec leur récit de voyage. » Et pour les voyageurs, sachez que Sylvain Tesson a bien ri en lisant ce livre (ça peut rassurer, tout de même).

Vous pouvez également aller voir une interview très intéressante de l’auteur et de son éditeur ici.

Bonne lecture (et je vous laisse découvrir la première phrase de l’oeuvre qui donne le ton… Ah, Joachim du Bellay !)

Corisande

(Crédits photos : Ertz – Pixabay / Electre)

Eddie the Eagle de Dexter Fletcher

Bonjour chers Voyageurs,

Pour illustrer le voyage Monde à l’envers aujourd’hui, pas une oeuvre forcément hilarante, mais une histoire qui commence presque à l’envers… Je vais vous parler du film Eddie the Eagle de Dexter Fletcher.

Eddie Edwards vit au Royaume-Uni et ne rêve que d’une chose : participer à des Jeux Olympiques. Il s’entraîne alors à plusieurs sports différents pour avoir une chance d’être qualifié. Après avoir été recalé pour le ski et prêt à abandonner son rêve, il décide de commencer le saut à ski car il n’y a aucun champion en Angleterre et les frais sont moindres. Il rencontrera alors un ancien champion qui l’aidera à s’améliorer pour avoir enfin une chance de participer aux Jeux Olympiques d’hiver de Calgary de 1988.

Ce film est une vraie bouffée d’oxygène, avec un casting attachant (Hugh Jackman au top, vraiment !) et une musique elle aussi très entraînante (j’y ai entendu des références à la musique des Chariots de feu, à vous de juger). Qualifié de « Fell good movie » par la critique, le spectateur ne peut en effet qu’espérer l’accomplissement du rêve d’Eddie.

Cette histoire est d’autant plus extraordinaire que le héros est réel, même si, comme il le dira lui-même, le film ne ressemble qu’à 10% à la réalité : Eddie Edwards a vraiment voulu participer aux Jeux Olympiques d’hiver, mais par manque d’argent, il passe du ski au saut à ski. Je vous invite à aller visiter son site officiel (in english dans le texte) pour en savoir plus sur son histoire et ses engagements.

Alors avis à ceux qui n’ont pas le vertige (et même ceux qui l’ont, avec un petit effort, ça devrait aller !), empressez-vous de visionner ce film aussi drôle qu’émouvant !

Corisande

(Crédits photos : 3dman_eu – Pixabay / Allociné)

« L’os à moelle », le journal de Pierre Dac.

 

Cette semaine, nous mettons une nouvelle fois à l’honneur le talent comique de l’excellent Pierre Dac. Pour ceux qui ont oublié les précédents billets (ou pire! pour ceux qui ne les auraient pas lu !), cliquez ici pour découvrir un autre article consacré à Pierre Dac.

N’y voyez surtout pas un manque d’inspiration, non, non, bien au contraire !

journauxLa carrière du » maître du loufoque » a été longue! Nous n’avons pas tout dit à son sujet. Il est de notre devoir de rectifier le tir en vous proposant un nouvel ouvrage sur une période très intéressante de sa vie !

On le savait animateur d’émissions de radio et interprète de sketchs avec son ami Francis Blanche mais Pierre Dac a également été rédacteur en chef d’un journal ! Il était intitulé L’os à moelle, organe officielle des loufoques et a été publié à partir de 1938. Son nom donne le ton du contenu. Ce journal se voulait humoristique, décalé, profondément anti-fasciste et parodiait avec bonne humeur les journaux d’informations  !

Il disparaîtra d’ailleurs aux premières heures du second conflit mondial… Mais il sera relancé à plusieurs reprises par la suite !

Chaque vendredi, le lecteur avait le plaisir de découvrir une nouvelle sélection d’articles déjantés et de petites annonces complètement farfelues dans ses colonnes.

Même si L’os à moelle est tombé quelque peu dans l’oubli depuis, les articles de Pierre Dac et des autres rédacteurs nous sont parvenus jusqu’à aujourd’hui. Ils sont même réédités dans un recueil intitulé :

« L’os à moelle : 13 mai 1938 – 7 mai 1940 »

pierre-dac

Dans cet ouvrage, vous découvrirez une sélection d’articles et contenus des plus mémorables de L’os à moelle sur cette période. En introduction de chaque numéro, un bref rappel du contexte historique permet de mieux les appréhender.

En voici un petit avant goût…

Conseils pratiques : Pour détruire les fourmis.

L’expérience démontre que, jusqu’à présent, toutes les méthodes chimiques de destruction des fourmis s’avèrent sinon inopérantes, du moins insuffisamment efficaces. Il faut procéder par ruse et de la manière suivante :

Sur une porte de placard, mettez une pancarte ainsi libellée:

Cinéma réservé aux fourmis – Spectacle permanent

Les fourmis, qui adorent le cinématographe, se précipiteront en foule pour voir le film qu’elles espèrent ; quand votre placard en sera rempli, mettez-y le feu, et vous serez débarrassé à tout jamais de ces bestioles,intelligentes, certes, mais indésirables à tous égards.

Des contenus idéales pour réaliser des lectures lors de vos soirées en bibliothèques !

Elias

(sources photos : ChristopherPluta-Pixabay, Electre)

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

Sophie Divry

Un roman explosif en 3 parties

Dans Quand le diable sortit de la salle de bain (août 2015), Sophie Divry nous raconte l’histoire de Sophie, chômeuse empêtrée dans l’écriture de son roman et dans sa recherche d’emploi. Le lecteur est dans une première partie confronté à son errance, à ses petites combines pour s’en sortir (payer les factures, manger…). Sophie Divry nous met face à l’exclusion. Puis une deuxième partie nous fait rencontrer la famille de Sophie : une mère, 6 frères et son impossibilité à leur dire la vérité sur ce qu’elle vit en ce moment (mais l’occasion de manger à sa faim, jusqu’à l’indigestion !). Enfin, sa situation change mais va-t-elle pour autant s’en sortir ?

Un style littéraire libre

Ce roman contient de nombreux passages comiques même si le thème est grave et émouvant (mais pas plombant). Les chapitres sont courts, nerveux et le style de Sophie Divry est foisonnant.  Elle joue avec la typographie dès que celle-ci apporte de l’énergie au roman et peut prêter à sourire. Elle veut « décrire le monde dans lequel on vit et opposer la fermeture sociale à l’ouverture des possibles littéraires », d’où toutes ces libertés stylistiques qu’elles s’autorisent.

Extrait :  » Et tant pis, si avec un euro cinquante, j’aurais pu m’acheter du pain, un de ces bons pains denses qui nourrissent bien, un kilo de pommes, les faire mijoter en compote – pour tenir le coup, rien de mieux que du pain complet  et une compote de pommes – mais manger du pain et de la compote pendant huit jours, voilà justement ce qu’on ne peut pas faire, quand on est pauvre, sans craquer pour une barquette de frites, une glace, quelque chose qui vous donne l’impression de vivre un peu plus« .

Quand le diable sortit de la salle de bain, un OLNI ?

Sophie Divry a voulu s’amuser en écrivant ce roman. Pour autant, « ce n’est pas le chômage qui est drôle mais la littérature qui est une fête, on peut tout se permettre ».

Elle qualifie elle-même son roman d’Objet Littéraire Non Identifié !

Pari réussi !

Luz

(Source photo : Electre)

 

« Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) » de Jerome K. Jerome

Pour faire simple, « Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) » c’est le récit d’un voyage. Celui-ci n’échappe pas à la règle. Avant de partir à l’aventure, il faut conclure les préparatifs…

« Puis Harris emballa la confiture de fraises au-dessus d’une tomate qui s’écrabouilla, et ils durent enlever la tomate à la petite cuiller. Ce fut ensuite le tour de Georges, qui marcha sur le beurre. (…) Lorsque Georges l’eut décollé de sa pantoufle, ils s’avisèrent de l’introduire dans une bouilloire. il refusa d’y entrer, et ce qui avait réussi à s’insinuer dedans refusait d’en sortir. Ils finirent par l’extraire en le raclant, et le déposèrent sur une chaise. Harris s’assit dessus, le beurre se colla à lui, et ils le cherchèrent dans toute la pièce… »

Ces trois jeunes gens vous paraissent déraisonnables… et pas très malins…

Cela ne fait aucun doute, en effet!!!

Cependant ces joyeux compères ne sont pas dépourvus d’idées audacieuses comme celle d’entreprendre un voyage sur la Tamise, de Kingstone à Londres, pour selon eux, retrouver la santé… (oui, ils sont également, un petit peu, hypocondriaques…)

A travers « Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) » Jerome K. Jerome nous entraine dans une escapade fluviale à la fois drôle et pittoresque, riche en rebondissements, en anecdotes et en pitreries…

Ce voyage va être l’occasion pour nos trois amis (sans oublier le chien, bien sûr) de donner libre cours à leur manque de bon sens, de logique, à leur oisiveté et à leur bêtise!!!

Jerome K. Jerome (1859-1927)

Publié en 1889 en Grande Bretagne, ce titre devient rapidement un best-seller, même si les critiques littéraires de l’époque reprochent à l’auteur, un style d’écriture jugé trop « populaire ».

C’est bien grâce à cet ouvrage, considéré aujourd’hui, comme un classique de l’humour anglais, que Jerome K. Jerome rencontre le succès et la célébrité à la toute fin du XIXème siècle…

Par la suite l’auteur produira une dizaine de romans, et ce, jusqu’en 1926. L’année suivante il disparaît, à l’âge de 68 ans, emporté par une hémorragie intra-cérébrale…

Elias

(sources photos : Electre, littératureaudio.com)