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Un grain de sable nommé Tamara Drewe (roman graphique de Posy Simmonds)

Un écrivain est un être particulier, il a besoin de solitude pour que son esprit se consacre à une tâche et à une seule : l’écriture.

Beth Hardiman est bien placée pour le savoir puisque son mari, Nicholas, est un romancier connu, c’est donc pour ce dernier et pour d’autres auteurs qu’elle a créé un complexe de studios à la campagne, une sorte de maison d’hôtes de luxe où Beth prend soin de chacun afin que le processus créatif ne soit jamais rompu. Cet havre de paix se nomme « la retraite de Stonefield ».

Certains écrivains y ont leurs habitudes, d’autres découvrent ce site chaleureux avec bonheur. Un fleuve tranquille en somme… Mais ce fleuve saura-t-il résister au retour de Tamara, jeune femme fière de sa transformation et de son pouvoir sur les hommes ? Tamara est un catalyseur; son arrivée mettra au jour des soucis que l’on préfère taire mais malheureusement aussi, elle sera l’allumette qui embrasera la vie des résidents de Stonefield …

Ce roman graphique réalisé par Posy Simmonds (aussi auteure de « Gemma Bovary ») et édité chez Denoël graphique est un bijou :

  • L’histoire se déroule avec fluidité alors que les événements sont narrés du point de vue des personnages.
  • Les personnages sont incarnés alors qu’on ne s’aventure jamais trop dans leur psyché, on ne connaît pas forcément leurs motivations.
  • J’aime qu’un événement banal, une femme revient dans sa maison familiale, fasse craquer le vernis d’une peinture trop parfaite.
  • Cette bande dessinée se dévore alors que la réalisation est tout de même complexe : chaque personnage parle (c’est l’aspect roman), les vignettes s’animent (c’est l’avancée de l’histoire), mais il y a aussi les chroniques de Tamara (car oui, la demoiselle tient une chronique dans un journal), des textos échangés, des mails, des sites, des titres de journaux, des lettres … Tout ceci rend le récit tellement visuel, on est dans l’histoire, une histoire qui se lit d’une traite, qu’on ne lâche pas.
  • J’aime aussi qu’on nous laisse penser ce qu’on veut des personnages, Posy Simmonds est une sociologue qui ne prend pas parti, le lecteur est libre de juger ou non.

Je vous recommande donc avec chaleur cette bande dessinée qui parle, encore une fois, de la comédie humaine … mais c’est un sujet intarissable !

Bastet (vous ne comprendrez l’image que si vous lisez la BD, hé hé !)

[sources : Electre pour Tamara Drewe; Pixabay Danat pour la vache]

Bye-bye Maggie de Jaime Hernandez

Un auteur ?

Jaime Hernandez est scénariste et dessinateur de bande dessinée. Il a créé avec ses frères, Gilbert et Mario, la série Love and Rockets au début des années 80. Mais c’est avec Gilbert qu’il signe la plupart de leurs comics sous le nom « Los Bros ». Les 2 frères travaillent à contre-courant de l’époque, préférant partager l’affiche. Jaime s’est plus particulièrement concentré sur la série Locas, dont Bye-bye Maggie est issue. Véritable phénomène aux Etats-Unis, le duo continue d’influencer de nombreux auteurs de bande dessinée.Le récit d’une vie

Issue de la série Love & Rockets, l’héroïne de Locas, Maggie a désormais la cinquantaine. Elle vit seule et souhaite s’installer à son compte en tant que mécanicienne. En recherche d’un bonheur lié à une vie simple, elle renoue avec Ray, un ancien amour. Elle fait également la connaissance d’un artiste, Reno et souhaite plus que tout aider son amie Hopey dans son envie de maternité.  Quant à son frère Calvin, sans-abri, il veille sur elle dans l’ombre.

Deux époques

L’histoire est entrecoupée de flashbacks racontant une partie de l’enfance de Maggie et son frère. Episodes durs et traumatisants, ils nous éclairent sur le présent de ces 2 personnages. Récit émouvant et attachant, Bye-bye Maggie plaira autant aux fans de la série Locas qu’à ceux qui la découvrent.

Pour en savoir un peu plus sur Jaime Hernandez et ses formidables histoires, cliquez ici.

Bonne lecture!

Zabo

(source photo: electre)

La BD feel-good, c’est elle ! : Un océan d’amour de Lupano et Panaccione

« Un océan d’amour » est une BD incroyable à plus d’un titre :

  • Je n’aurais jamais parié sur une histoire pareille : un adorable vieux couple de bretons (un papy myope et une bigouden attentive) doit se séparer pour que monsieur puisse se fournir en sardines à l’huile. En toute logique (^^), notre papy part en mer avec un marin aguerri.
  • La bande dessinée est sans texte, et pourtant, on voyage au gré des nombreuses aventures de monsieur et madame. Voguez avec nos héros, je préfère ne pas vous en dire trop, mais vous irez de surprises en surprises, c’est promis !
  • Le travail sur l’illustration est impressionnant : les émotions des personnages sont vraies, la tendresse s’imprime dans notre cerveau. Le travail sur  la monochromie  est très bien pensé, les subtilités de chaque couleur donnent du relief à l’image.
  • L’humour est bien présent et oui, c’est du comique breton !
  • Cette oeuvre met en avant l’écologie marine : du dégazage sauvage à la mer de déchets, on fait le tour des méfaits de l’homme sur les océans.
  • C’est la seule BD qui m’a fait autant aimer les mouettes !

C’est une BD qui nous narre une belle histoire que l’on voudrait être réelle : de l’amour au-delà des mers, de l’aventure, une amitié indéfectible homme-mouette, l’authenticité récompensée … C’est une oeuvre qui raconte que c’est bien d’être quelqu’un de bien et je crois qu’on a tous besoin de lire ce genre d’ouvrages.

 Bastet

La Propriété de Rutu Modan

Née en 1966, Rutu Modan est une auteure israélienne de bandes dessinées qui a publié en 2013 chez Actes Sud le roman graphique La Propriété. Elle a reçu le Prix spécial du jury du Festival d’Angoulême de 2014 pour cet ouvrage.

Suite au décès de son fils, Régina Segal décide de se rendre à Varsovie. Cette femme juive a fui la Pologne il y a 70 ans et elle repousse ce voyage depuis de nombreuses années. Désormais, elle doit régler avec le notaire ses droits concernant une propriété dont ses parents ont été spoliés lors de la seconde guerre mondiale. Pour ce retour aux sources, la vieille femme est accompagnée de Mica, sa petite fille.

Ce voyage va se révéler riche en surprises et en découvertes puisque certains visages du passé réapparaissent. De plus, des secrets enfouis depuis longtemps resurgissent… Ce voyage dans le temps sera peut-être l’occasion pour Mica d’en découvrir plus sur ses origines et ainsi de se rapprocher de sa grand-mère…

Vous pouvez lire les premières pages ici.

Dans ce roman graphique, Rutu Modan crée un scénario très riche et très bien écrit autour
de la notion de mémoire : comment retrouver ses racines lorsque sa famille a traversé la seconde Guerre Mondiale ?

On retrouve bien sûr le côté tragique du retour dans son pays d’origine mais l’auteur a su créer des situations cocasses puisque Régina fait marcher sa petite-fille plusieurs fois au cours de ce voyage. C’est un ouvrage touchant qui m’a fait penser au film La Femme au tableau où une vieille dame souhaite récupérer un tableau du Gustav Klimt qui appartenait à sa famille au moment de l’invasion nazie.

Découvrez ici une interview très intéressante de Rutu Modan lors de la sortie de La Propriété.

(sources : Electre et Wikipedia)

Epona
Epona

Bastien Vivès, jeune prodige de la bande-dessinée française.

 

Né le 11 février 1984, Bastien Vivès représente une nouvelle génération d’auteur de bande dessinée. Salué par la critique pour ses romans graphiques Le Goût du chlore et Polina, il entre en 2012 dans la collection « Shampooing » dirigée par Lewis Trondheim, aux éditions Delcourt.

Bastien Vivès y décline en plusieurs tomes des strips issus de son blog  « Comme quoi » des thèmes qui lui sont chers : les jeux vidéo, l’amour, la famille, la bande-dessinée…Il fait preuve de beaucoup d’autodérision et d’un humour décapant.

On y appréciera un dessin épuré et délicat, ce qui tranche parfois avec le propos de l’auteur qui tourne en dérision l’univers de la bande-dessinée, les auteurs confrontés à leurs obligations : dédicaces, conférences….On y devine les frustrations et complexes d’un  Bastien Vivès qui laisse ici libre cours à son imagination, parfois…débridée.

Il nous parle ici de sa façon de travailler.

Voici ce qu’il dit de son art :

« Je voulais raconter des histoires qui me tenaient à cœur, c’était mon cinéma du pauvre. Mais j’ai découvert une puissance différente des autres arts, celle de l’ellipse. On peut raconter la disparition du monde en deux vignettes. »

Un auteur de BD qui a 32 ans, a déjà reçu deux prix du festival d’Angoulême , en 2009 pour Le goût du chlore, l’album qui l’a fait connaître au grand public, puis de nouveau en 2015 pour la série Lastman co-écrite avec Balak et Michaël Sanlaville. Un jeune auteur prometteur donc dont on entendra encore  parler à coup sûr dans les prochaines années.

Célia

[Sources ill. : Le goût du chlore/Bastien Vivès-Electre]

Cet article requin-que, lisez-le !

La collection « La petite bibliothèque des savoirs » chez le Lombard nous propose encore (ou comme toujours devrais-je dire) une pépite.

« Les requins » de Bernard Séret (requinologue, si, si, on dit bien requinologue, mais dit-on marmottologue ou encore lapinologue, rien n’est moins sûr …) et Julien Solé (dessinateur) est un condensé passionnant sur le poisson le plus fascinant de tous les temps, je nomme Le Requin !

Un préambule nous explique les dates qui ont façonné lentement mais sûrement la phobie mondiale que l’on ressent pour cet animal marin.

La suite nous explique qui est le requin : quel type de poisson est-ce ? Comment fait-il pour bien flotter dans l’eau ? Quelle est son histoire ? Quelles sont les différentes espèces ? Où vit-il ? Comment se reproduit-il ? Que mange-t-il ? etc.

Je vous assure que cette bande dessinée se lit d’une traite, mais prévoyez quand même une bonne heure et demie car oui, on apprend avec plaisir avec Bernard Séret, mais on apprend quand même !

Vous serez évidemment étonnés par ce que vous apprendrez, car ce n’est pas en regardant « Les dents de le mer » (« Jaws ») que vous saurez que la peau du requin est constituée de … DENTS !!! Ou encore que le squalelet féroce se nourrit de façon assez étonnante (on pourrait faire un autre film d’horreur avec le squalelet, il faudrait une bande de jeunes fêtards sur un bateau pas très stable et pas très solide en pleine mer et une réunion de squalelets de mauvaise humeur juste en dessous ^^).

Vous a-t-on dit également que le requin milandre-faucille est ivre de bonheur quand il peut déguster un poulpe, que le requin-renard chasse avec sa grande queue en baffant le premier banc de poissons qui passe ??? Non, n’est-ce pas ! Et bien bonne lecture !

Je dois aussi vous conseiller une autre lecture géniale (et très drôle, mais sérieuse en même temps, oui, mais drôle, non, mais aussi sérieuse, hum, hum …) sur le sujet; il s’agit de « Tout sur le requin … et le reste » de François Moutou et Grégoire Mabire chez le Pommier. On peut le lire dès 8 ans, mais pourquoi priver les adultes de ce plaisir !

Sur ce, je dois aller surfer !

Bastet

[Sources : Electre, www.branchesculture.com ]

Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles de Zeina Abirached

 

Avec cette nouvelle étape du voyage, nous quittons l’Allemagne de Kinderland (cliquez ici pour lire l’article) pour le Liban avec le roman graphique Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles. Même si les deux récits sont différents sous bien des aspects, ils ont pourtant quelques points communs.

Tout d’abord les histoires se déroulent à la même époque, c’est-à-dire au cours des années 80. L’autre similarité est plus dramatique. Dans les deux récits, la population est déchirée et séparée par une ligne de démarcation… D’un côté les tristement célèbres Mur de Berlin et Rideau de fer, de l’autre la Ligne verte de Beyrouth…

La comparaison s’achève là bien entendu, le contexte n’étant pas du tout le même. Alors que dans Kinderland, la Guerre froide vit ses dernières heures, dans Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles le territoire du Liban lui, est à feu et à sang…

Avec ce roman graphique très personnel, Zeina Abirached témoigne du quotidien de cette population civile alors plongée dans la tourmente de la Guerre du Liban. Nous y découvrons une évocation de son enfance à l’époque où sa famille habitait à Beyrouth Est.

C’est à proximité de la ligne de démarcation entre Beyrouth Ouest et Est que se déroule le récit. En 1984, les affrontements armés et les bombardements de diverses factions sont omniprésents . La vie citadine s’organise au cœur du champs de bataille…

Un jour, alors que les combats s’intensifient, les habitants d’un immeuble se retrouvent une fois encore pour se mettre à l’abri. L’endroit le plus sûr et le moins exposé est alors le hall d’entrée d’un appartement du premier étage. C’est ici que vivent Zeina et son petit frère. Ils sont seuls, leurs parents ne sont pas encore rentrés. Ils ont sans doute trouvé refuge ailleurs, les enfants l’espèrent en tout cas… Petit à petit les résidents arrivent dans l’appartement, à la grande joie des enfants. Les adultes se donnent de la peine pour créer une atmosphère chaleureuse et conviviale.

Ce roman graphique prend la forme d’un huis clos se déroulant essentiellement dans le hall de cet appartement. La tension ainsi que la peur sont palpables. Mais les personnages s’adaptent tant bien que mal à cette situation. L’entraide et la bienveillance de chacun leur permettent de résister avec dignité. L’auteure se focalise sur le ressenti de ces quelques individus tout à fait ordinaires, qui subissent le conflit à l’image de milliers d’autres. La mort plane sans cesse. La population complètement démunie, ne peut faire autre chose que survivre et espérer des jours meilleurs…

L’univers graphique de Zeina Abirached, avec cette touche orientale et l’utilisation du noir et blanc, n’est pas sans rappeler celui de Marjane Satrapi.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cet épisode de l’histoire libanaise, je vous conseille également de découvrir le roman graphique et le film d’animation Valse avec Bachir d’Ari Folman en cliquant ici et là.

(sources photos : electre, pixabay-nutznutzen, allociné)

Elias.

La différence invisible : pour mieux comprendre le syndrome d’Asperger

Je vais vous parler d’une bande dessinée autobiographique que j’ai lu il y a plusieurs mois, et qui m’a fait une grande impression. Son intelligence et sa sensibilité ont marqué mon esprit depuis. Il s’agit de la Différence invisible de la scénariste Julie Dachez et de de l’illustratrice Mademoiselle Caroline.

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Le roman graphique m’a fait comprendre en douceur le parcours d’une jeune femme de 27 ans, Madeleine (ou Julie Dachez, si vous préférez),  qui lutte contre des inconforts permanents, contre une incompréhension de la vie en société, c’est une femme qui cherche des réponses et qui va les trouver.

Je n’ai plus le document entre mes mains, j’espère pouvoir vous donner, à vous aussi, envie de lire cette bande dessinée subtile et bienveillante. Peut-être vous fera-t-elle comprendre que nous sommes tous différents, que la différence est une richesse, que tout le monde ne peut pas vivre ou travailler de la même manière. Peut-être comprendrons-nous que la société devrait s’accorder aux individus et non l’inverse …

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Le syndrome d’Asperger est très bien expliqué tout au long de la bande dessinée, j’ai compris qu’il s’agissait d’une hypersensibilité sensorielle : le son (le bruit en général qui empêche la concentration, qui paralyse), le toucher (le pull qui n’est pas assez doux), la vue … C’est aussi une difficulté à comprendre les relations humaines, le second degré particulièrement. La vie en open space est une torture permanente, les sollicitations diverses ne cessant jamais. Les rituels sont apaisants aussi, ils apportent du réconfort, la récurrence est une méthode efficace pour réduire le stress et l’anxiété.

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Madeleine, notre héroïne, comprend que ses particularités ne sont pas les symptômes d’une névrose, comme le suggère son psychologue. Elle va chercher elle-même les réponses, elle se fera diagnostiquer Asperger enfin, une délivrance qui lui permettra d’avancer en mettant un mot  sur un aspect de son identité.

Pour tout ceux qui penseront, … mais je suis comme ça aussi (je m’inclus dedans bien sûr, surtout pour le bruit qui me dérange horriblement, le reste me gêne moins), ne soyez pas trop rapides à vous auto-diagnostiquer, Julie Dachez l’explique très bien dans sa vidéo : nous ne vivons pas les difficultés quotidiennes avec la même intensité que les « Aspies ».

Si vous avez, vous aussi, des bandes dessinées qui vous ont marqué, n’hésitez pas à nous les conseiller !

Bastet

[sources : le site de Delcourt et le blog de Julie Dachez « emoiemoietmoi « ]