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Kinderland de Mawil : une enfance à Berlin-Est

Mawil est un auteur de bande dessinée né en 1976 à  Berlin-Est. Sa vie, avant et après la chute du mur l’a marqué, il en a fait une base pour Kinderland, un roman graphique se situant justement en 1989 dans sa ville de naissance.

Le récit aurait pu être historique, mais il ne l’est pas essentiellement  : il se centre sur Mirco , un élève de 5ème. Ce jeune garçon attire notre sympathie par sa sensibilité, sa loyauté et son intelligence. Il doit néanmoins vivre dans la peur d’être malmené par les plus grands, peur qui n’est pas infondée, hélas… Heureusement, en rencontrant Torsten, un garçon plus grand qui lui,  Mirco trouve un ancrage qui lui permet de s’épanouir. Notre héros  se découvre également une passion fulgurante pour le ping pong, sport où étonnamment il se défend. Sa passion s’avérera contagieuse, mais je n’en dis pas plus …

Le trait de crayon de l’auteur est minimaliste, les couleurs utilisées pour donner vie à ses cases sont simples. Les dessins mettent en avant les personnages, la matière de l’histoire est sans conteste l’humain. Les allusions à la situation politique sont subtiles : un mur avec un gardien armé; la propagande communiste; une vignette sur la répression, mais aussi et surtout la tentation de l’Ouest visible par des personnes absentes (les traîtres bien sûr), par un murmure; par l’espoir voilé que le mur s’effondre pour de bon  …

Le langage est lapidaire, courant voire vulgaire, c’est la voix des enfants entre eux, ils ne sont pas insouciants, mais ils vivent l’instant présent, ils veulent s’amuser et être ensemble, comme des enfants …

Bastet

[source : le site de Gallimard et Oznabrucker Zeitung]

Juliette, c’est nous.

 

Après l’excellent Rosalie Blum, superbe roman graphique de Camille Jourdy, adapté à l’écran par Julien Rappeneau (avec dans les rôles titres Noémie Lvovsky et Khyan Kojandi), cette auteure signe un  second très beau roman graphique tout en finesse et sensibilité.juliette

Juliette,  graphiste à Paris, rentre dans sa famille en province où elle séjourne chez son père et en profite pour rendre visite à sa sœur, Marylou.

Les deux sœurs sont très différentes. L’une mène sa vie de famille avec enthousiasme, tout en ayant une liaison avec le vendeur de costumes local.

L’autre, Juliette, plus douce et réservée, se démène avec ses angoisses qui refont surface. Heureusement pour elle et pour nous elle rencontre un gentil garçon.  Tous deux se prennent d’affection pour un petit caneton perdu qui pourrait symboliser leur solitude. Les deux nouveaux amis se comprennent et s’écoutent sans se juger.

Les deux sœurs profitent de ces instants partagés en famille pour régler leurs comptes. Juliette souhaite se débarrasser de cette image de fille « fragile » et Marylou voudrait ne plus être « la plus forte » à qui l’on confie toutes les responsabilités.

Juliette et Marylou font également face à des parents vieillissants et séparés, rejouant leur divorce à la moindre occasion. La grand-mère suit de loin entre deux échappées dues à sa maladie d’Alzheimer.

Camille Jourdy met en scène dans ce magnifique roman graphique des scènes de la vie quotidienne qu’on est tous amenés à rencontrer un jour ou l’autre. Elle en parle avec tendresse, humour et bienveillance et ça fait du  bien.

Le dessin est presque enfantin, les couleurs vives, le tout s’apprécie comme des bonbons colorés, dont on se ressert sans pouvoir s’arrêter…C’est jouissif, une véritable bulle de bonheur qu’on n’a pas envie de voir s’éclater.

Pour mieux connaître l’auteure et son travail, Laurence Le Saux signe un beau portait de Camille Jourdy ici.

Vous avez de la chance, vous qui n’avez pas encore lu ce petit bijou !

Celia

Le roman graphique Irmina de Barbara Yelin

Bonjour chers Voyageurs,

Pour le voyage d’aujourd’hui, nous allons remonter quelques années en arrière grâce à la plume et au coup de crayon de Barbara Yelin dans son roman graphique Irmina.

Irmina de Barbara Yelin

Irmina, c’est l’héroïne. Jeune femme allemande, elle débarque à Londres en 1934 pour suivre des études de secrétariat. Eprise de liberté, elle veut découvrir ce nouveau pays et apprendre un métier pour s’émanciper.  Alors qu’elle se lit d’amitié avec Howard Green, étudiant à Oxford originaire de la Barbade, les événements politiques bousculant l’Allemagne la rattrapent inexorablement.

Inspirée des carnets de la grand-mère de l’auteur, cette histoire questionne à la fois l’héroïne mais également le lecteur sur nos actions pendant des temps troublés et notre volonté d’agir. L’héroïne doit en effet faire de nombreux choix dans sa vie, choix qui seront mis en lumière dans la fin du roman. Mais attention, jamais de jugement de la part de l’auteur, juste le récit de la vie d’une femme allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant au dessin, il permet d’entrer complètement dans l’histoire et de percevoir peu à peu, grâce aux couleurs sombres, la lente entrée dans la guerre.

Une oeuvre poignante et passionnante.

Bonne lecture à tous.

Corisande

(Crédits photos : Couverture – Electre)

M’enfin ?! Le cas Gaston Lagaffe

 

portrait-gastonC’est par une belle et paisible journée de l’année 1957 qu’un certain Gaston arriva aux bureaux du Journal de Spirou.

Personne n’a jamais su pourquoi il se présenta ce jour là… lui non plus d’ailleurs… Pour un poste semble-t-il… Un grand mystère entourait alors son recrutement. Qui était-il vraiment? Quels étaient ses qualifications?  Connaissait-il personnellement M. Dupuis. Mystère et boule de gomme…

Quoi qu’il en soit, Gaston est employé au Journal de Spirou depuis ce jour…

Ho! bien sûr Gaston a souvent travaillé  avec des individus méfiants et rigides qui n’ont pas su percevoir en lui le génie créatif!

Ne jetons pas la pierre sur messieurs Fantasio et Prunelle (pour ne citer qu’eux). La fatigue, le stress des parutions hebdomadaires ont souvent rendu ces agents quelque peu irritables et tendus avec le pauvre Gaston…

gaston_fauteuilPour être clair, on lui a souvent reproché son manque de professionnalisme et son extravagance…

M’enfin ??!!

Ces attaques sont un peu (trop) faciles selon moi et révèlent plutôt un soupçon de jalousie à l’encontre de l’employé de bureau le plus populaire des éditions Dupuis!

album-8Même si son assiduité au travail n’a pas toujours été exemplaire (personne n’est parfait), on peut tout de même reconnaître à Gaston, un esprit d’innovation détonnant, une incroyable faculté à inventer toutes sortes de « machins » bien souvent inutiles et dangereux mais toujours ingénieux et remarquables!

Gaston est un phénomène ! Les lecteurs de ses albums ne peuvent pas dire le contraire!

L’avalanche de gags qu’il a su provoquer quotidiennement dans les locaux du Journal de Spirou est une véritable prouesse. Gaston est un héros, il est même plus que cela, il est un anti-héros!

Soyons honnête, en terme d’efficacité il n’est pas le plus fort, mais que dire de son inefficacité! C’est le champion toutes catégories ! Pour preuve, malgré les multiples tentatives et sa bonne volonté naturelle, il a toujours réussi à faire échouer la signature des contrats avec M. De Mesmaeker !!! Involontairement bien sûr!

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Il faut reconnaître que Gaston est très sympathique et qu’il a un incroyable talent : celui de trouver le « truc » pour nous faire rire en toute situation!

Derrière Gaston se cache bien entendu Franquin, son créateur. C’est un personnage qu’il affectionnait particulièrement. Après toutes ces années d’activités, Gaston est devenu l’une des références incontournables du 9ème art. Il a inspiré bon nombre d’auteurs et d’artistes et rendu riches bien des vendeurs d’espadrilles…

Finalement Gaston Lagaffe, c’est un peu le collègue de travail que l’on rêve de côtoyer…

Mais pas trop près de son bureau quand même…

Elias

(sources photos : bpi.fr – gastonlagaffe.com  – Electre – Franquin.com)

 

Chroniques de Jérusalem

couv Jerusalem site guy delisle

Mais qui peut bien être la personne qui dessine avec application sur la couverture du roman graphique que vous voyez ci-dessus ?

Vous ne voyez pas ? C’est Guy Delisle, un auteur de bande dessinée québécois. Pour suivre sa femme, administratrice à Médecins sans frontières, Le dessinateur a vécu pendant un an à Jérusalem, il en a profité pour nous faire le cadeau de son vécu, de son ressenti, de son quotidien avec un regard franc, sans aucune idée reçue.

Nous suivons donc ses chroniques qui nous permettent de comprendre la vie intra et extra-muros de la ville. Les colonies, les différences de religion, la portée historique de la ville, la méfiance, l’injustice aussi, et les murs, les fameux murs …. Tout y est abordé, mais le personnage principal bienveillant et parfois maladroit nous donne envie de suivre ses aventures avec une grande curiosité.

jerusalem c est compliqué

Vous aurez peut-être une impression de foisonnance en lisant ce roman graphique, nous apprenons par le regard de Guy Delisle la complexité de l’histoire, la complexité des rapports humains et cela nous fait tellement réfléchir …

Si vous aimez cette bande dessinée, plongez donc dans les autres oeuvres de l’auteur, particulièrement « Les chroniques birmanes« , « Pyongyang » et « Shenzhen« .

Pour en savoir plus :

La très bonne critique de Télérama

Le blog de Guy Delisle

Bastet

[Source : site de Guy Delisle ]

 

Portugal de Pedrosa

 

PortugalPour cette nouvelle étape du voyage, je vous présente une très belle bande dessinée intitulée Portugal. Une BD? Le terme n’est peut-être pas le plus approprié pour qualifier Portugal de Cyril Pedrosa. Parlons plutôt de « roman graphique », car Portugal se démarque à bien des égards de la BD traditionnelle.

Portugal a ce « petit quelque chose » qui  fait de ce projet une oeuvre singulière, touchante, une réalisation à la fois sincère et très personnelle. Avec ce récit, l’auteur nous parle de lui à sa manière. Sous les traits de Simon Muchat le personnage principal, se cache d’une certaine façon Cyril Pedrosa…

Portugal c’est l’histoire d’un déracinement, d’un exil subi par une famille il y a bien longtemps… c’est aussi et surtout le récit d’une renaissance, d’un retour aux sources vécu par un jeune homme à un moment déterminant de son existence. Son nom, Simon Muchat.

Même s’il profite d’un cadre de vie confortable, Simon Muchat est mal dans sa peau. En panne d’inspiration, il ne parvient plus à exercer son métier de dessinateur de BD. Miné par la déprime et la monotonie, Simon échoue à trouver sa voie et s’éloigne peu à peu de ses proches… Une part de lui-même s’est éteinte, il lui faut la retrouver. C’est au cours d’un voyage au Portugal qu’a lieu le déclic…

A travers ce récit social, Cyril Pedrosa traite de la famille, de la place que nous lui accordons dans notre quotidien. L’auteur dépeint avec sensibilité et justesse les rapports père/fils et ceux entretenus au sein des fratries.  Les relations entre les personnages amènent le lecteur à se questionner sur la filiation, les racines, les liens créés au sein des familles, ceux rompus et ceux qui s’évanouissent avec le temps… Mais aussi ceux qui ressuscitent au gré d’événements inattendus!

portugal-950059_960_720Portugal est belle histoire! C’est une véritable bouffée d’oxygène (en tout cas c’est le sentiment que j’ai eu en achevant la lecture!)

Visuellement, ce roman graphique est tout simplement magnifique ! Les paysages du Portugal sont superbes et traduisent l’ambiance chaleureuse de ce pays. L’auteur a donné libre cours à son talent en jouant avec les couleurs, la mise en page et son style graphique.

Le résultat? Les illustrations collent parfaitement au récit et reflètent fidèlement l’état d’esprit du personnage principal. Ici le dessin apparaît clairement comme un prolongement du scénario, l’illustrant et le complétant à merveille!

Bien sûr, inutile de préciser que je vous conseille vivement de lire Portugal de Cyril Pedrosa… 🙂

Elias

(Sources photos : room46-Pixabay et Electre)

Paul à Québec

 

Dans notre voyage dans l’univers des romans graphiques, faisons une halte au Québec ! Nous avons pour guide Michel Rabagliati, l’auteur de la série  des  « Paul » … Commencée en 1999, cette série semi-autobiographique, touche par sa  simplicité et son universalité. En effet, chaque volume de la série relate une tranche de la vie de Paul (de ses 10 ans à l’âge adulte) dans lesquelles on peut aisément se retrouver, que ce soit par un événement en particulier ou par des sentiments déjà vécus.

Donc après avoir été à la campagne, à la pêche, après avoir trouvé un job d’été, puis un appartement (retrouvez la bibliographie de Michel Rabagliati ici), nous retrouvons Paul et sa petite famille pour une nouvelle aventure.

Celle-ci nous mène tout d’abord dans le vieux Saint Nicolas, proche de la ville de Québec,chez les beaux-parents de Paul . Une belle réunion de famille, avec conjoints et enfants, une grand-mère qui propose tiramisu sur tarte aux prunes, et un grand-père aux petits soins pour que ses petits enfants passent des vacances de rêve.

Oui mais voilà…Roland, le grand-père,  doit subir une chimiothérapie, car on lui a décelé un cancer de la prostate. Dans cet épisode Michel Rabagliati évoque la figure de ce beau-père, de son enfance à ses derniers instants de vie. C’est là le tour de force de l’auteur : évoquer des moments  très sombres (la maladie) en douceur et en finesse.

Dans ces épreuves que la famille traverse il y a aussi beaucoup de moments de joie et d’humour, des petites anecdotes du quotidien, de grands moments de tendresse. L’accent québécois y est vraiment bien restitué avec les expressions si particulières de cette province. Il ne faudrait pas s’arrêter aux thèmes abordés dans cet opus sous prétexte qu’ils sont trop douloureux : au contraire, Michel Rabagliati nous aide à les voir sous un autre angle, plus lumineux.

La série Paul est une vraie bonne découverte, et Paul à Québec  l’épisode le plus représentatif du talent de l’auteur a d’ailleurs été récompensé par de nombreux prix en France et au Québec .

Alors bon voyage sur les bords du fleuve Saint-Laurent !

Célia

Illustration : Ed. La Pastèque

Vamos! En route vers Quito…

 

Bonjour à tous,

Et c’est parti pour un nouveau voyage sous le signe des romans graphiques!

Pour commencer en beauté, je vous emmène direction l’Amérique du Sud et plus précisément sous le soleil d’équateur ! Je devrais même dire : Didier Tronchet nous emmène avec sa famille découvrir ce pays aux multiples facettes. Je veux bien sur parler du roman graphique « Vertiges de Quito » paru en 2012. Pour ceux qui ne connaissent pas cet ouvrage, un petit résumé s’impose !5MrSfTeUe1

Loin de Jean-Claude Tergal c’est une face peu connue de Didier Tronchet que l’on découvre à travers cet ouvrage divisé en trois récits autobiographiques. Didier Tronchet a vécu en Equateur trois ans, immergé dans la vie locale avec sa femme Anne, son fils Antoine et leur chat : « trois années en apesanteur sur cette étrange ligne, comme des funambules ».  Il s’agit de cette expérience qu’il relate tout au long de « Vertiges de Quito ».

Tronchet abord également la question complexe des relations entre descendants des colons blancs et indigènes. Il parvient franchement à nous sensibiliser à la cause amérindienne en quelques anecdotes bien restituées. Sa femme Anne parle le quechua, la langue des indiens de la selva. Sur leur territoire, du pétrole a été découvert, la communauté est donc menacée…

On retiendra également ce passage édifiant et empreint d’humour avec des séances photographiques sur la Bolivie et son immense lac de sel « le salar d’Uyuni », ciblé par les multinationales pour les richesses en lithium qu’il recèle. Didier et son fils ne se doutent pas qu’ils trouveraient là-bas un invité surprise : le diable !

Le dessin de Didier Tronchet, reconnaissable entre tous, tout à la fois mi-réaliste et faussement naïf est toujours efficace et l’on sent qu’il a pris un réel plaisir à réaliser une mise en couleurs des plus chatoyantes, à l’image des paysages rencontrés. Un vrai bonheur pour nos yeux ! Ce roman graphique n’est pas à proprement parler un livre d’explorateur et encore moins un banal carnet de voyage mais plutôt de belles leçons de vie ! A recommander vivement pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de le lire.

Une seule envie en refermant ce livre : faire son sac et partir au bout du monde ! Et si vous avez envie d’avoir le ressenti sur l’expérience personnelle de Didier Tronchet, c’est par ici!

Bonne lecture à tous!

Sunray

[Source photos : Vue de Quito : Dezalb/Pixabay —Couverture livre : Electre]