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Des Fleurs pour Algernon, Daniel Keyes

Sur la couverture au fond gris noir filigrané de symboles dorés, une souris blanche à la queue rose. Collection Science-Fiction. Et pourtant, le roman de l’écrivain américain Daniel Keyes intitulé Des Fleurs pour Algernon n’est pas un énième roman de science-fiction pessimiste décrivant une lugubre société moderniste dominée par de terrifiantes machines. C’est bien plus que cela… c’est à la fois un journal, un conte et un essai philosophique, qui questionne notre vision du handicap et la notion d’intelligence.

Source : J’ai lu

 

“Conte randu n°1
3 mars. Le Dr. Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de maintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. J’espaire qu’ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu’ils peuve peut être me rendre un télijan.”

KEYES Daniel, Des Fleurs pour Algernon, Paris : J’ai lu, 2011, incipit.

 

Il était une fois… Charlie Gordon

Charlie Gordon est un homme-enfant de 32 ans, doux et enthousiaste, qui rêve de devenir intelligent “pour avoir des tas d’amis” et remplir de fierté sa famille qui l’a jadis rejeté. Grâce à sa seule volonté, et malgré son faible QI ne dépassant pas 70, il se bat pour devenir chaque jour plus autonome, en travaillant au sein d’une boulangerie, et surtout en prenant des cours au Collège Beekman pour adultes attardés avec sa professeure Mlle Kinnian. Sa motivation est telle qu’il est sélectionné pour bénéficier d’une opération inédite, jusqu’alors uniquement testée sur les animaux, et destinée à tripler son QI.
Il est chargé de consigner ses impressions dans des comptes-rendus afin que les scientifiques suivent son évolution intellectuelle. Le récit prend ainsi la forme d’un journal rédigé à la première personne, et où est rendue perceptible la fulgurante progression de Charlie, les premiers “conte randu” cousus de fautes et dénués de ponctuation laissant peu à peu place à des phrases complexes, à des réflexions philosophiques, mais aussi à des préoccupations personnelles et sentimentales.
Mais alors que son QI ne cesse d’augmenter, entraînant tout à la fois satisfaction et désillusion, la souris prénommée Algernon, ayant elle aussi vu son intelligence décuplée, et pour qui il s’est pris d’affection, commence à se comporter de façon étrange…

Il s’agit à l’origine d’une nouvelle, parue pour la première fois en avril 1959 dans The Magazine of Fantasy and Science-Fiction n°95, et qui a remporté le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte l’année suivante, développée et quelque peu modifiée pour prendre  la forme d’un roman. Le récit a ensuite fait l’objet de nombreuses adaptations, en série télévisée (« The Two Worlds of Charly Gordon », 1961, « Des Fleurs pour Algernon », réalisé par David Delrieux en 2006), puis en film (« Charly », réalisé par Ralph Nelson en 1968), en comédie musicale et au théâtre.

 

Un conte philosophique

Ce récit, très narratif, tient aussi du conte ou de la fable, de par une morale sous-jacente et la réflexion autour de notions universelles telles que la mémoire, l’intelligence, les relations sociales, les émotions…

Au fur et à mesure que ses capacités intellectuelles croissent, Charlie commence à se souvenir, à faire des rêves mettant en scène le passé, à prendre conscience du temps qui passe, qui est passé, qui vient, et donc à sa condition de mortel, à l’éphémère…

“C’est déconcertant, mais je vais me mettre à tout découvrir de ma vie.”

KEYES Daniel, Des Fleurs pour Algernon, Paris : J’ai lu, 2011, p. 59.

Face à ce flot soudain de souvenirs, dont il ne sait s’ils sont réels ou inventés, il oscille entre regret et acceptation : faut-il qu’il revoie ses parents ? Doit-il pardonner à ses collègues ? A-t-il bien fait d’accepter l’opération ? N’était-il pas heureux avant, même avec un faible QI ?

Ce sentiment d’insatisfaction apparaît et s’accroît en même temps que son intelligence, comme si cette dernière, en élargissant son champ des possibles, le perdait parmi toutes ces possibilités, toutes ces décisions, ces responsabilités à prendre, à tenir, à défendre. Même devenu autonome, suprêmement intelligent, n’a-t-il vraiment plus besoin d’aide ? Ou plutôt : pourquoi refuse-t-il désormais l’aide d’autrui, s’enfermant dans sa solitude ? Orgueil ? Inconscience ? Timidité ? Méfiance ?

 

Humanité et empathie

Charlie Gordon est comme un point d’ancrage autour duquel gravitent hommes, êtres et choses, et c’est par lui que l’auteur questionne les relations à l’Autre, principalement ses relations avec les autres humains (bien que la relation avec la souris Algernon soit aussi abordée). Ce point de vue unique et subjectif est donc lacunaire (on ne sait pas comment “l’autre” voit Charlie), mais aussi extrêmement riche car permettant d’explorer toute l’ambiguïté du personnage, entre l’ancien et le nouveau Charlie, l’enfant et l’adulte…

Quant aux autres personnages, ils sont aussi décrits dans toute leur complexité : il n’y a pas de véritables “méchants”, ni de parfaits anges. Les collègues de Charlie, par exemple, se moquent de lui à ses dépens au début de l’histoire, le détestent ensuite lors de sa fulgurante ascension intellectuelle, puis finissent par s’attacher à lui et à le défendre, montrant un tout autre visage, de l’empathie. Cette dimension empathique (du grec ancien ἐν, “dans, à l’intérieur” et πάθoς, “ce qui est éprouvé”), cette compassion (du latin compassio “souffrir avec, ressentir avec”) est omniprésente dans ce livre, sans basculer cependant vers de la pitié. La fin est terriblement émouvante, et fait le lien avec le titre du livre. L’auteur arrive, sans fioritures, à nous faire prendre conscience de notre humanité, de notre capacité à éprouver, à sentir, à aimer.

“[…] l’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher.”

KEYES Daniel, Des Fleurs pour Algernon, Paris : J’ai lu, 2011, p. 244.

 

KEYES Daniel. Des Fleurs pour Algernon. Paris : J’ai lu, 2011 (édition augmentée). 544 pages. (Collection SF).

L’ouvrage se compose de trois parties : le roman (occupant la moitié du livre environ), un essai autobiographique intitulé “Algernon, Charlie et moi”, et enfin la nouvelle originale (une dizaine de pages).

Retrouvez une chronique plus complète sur le blog de l’Arbre-en-ciel.

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel

Jack et la Mécanique du cœur

Il était une fois… un jeune garçon nommé Jack, affublé d’une horloge à la place du cœur. Une mécanique fragile, qu’il doit remonter tous les matins, et dont le moindre sentiment un tant soit peu intense peut dérégler les rouages. Mais voilà que Jack tombe amoureux…

Source : Electre

Il était une fois…

18 avril 1874, Édimbourg. Le jour le plus froid du monde. Si froid que lorsque le petit Jack naît, son cœur, complètement gelé, se brise… Une mystérieuse sage-femme-horlogère-sorcière, le Docteur Madeleine, le recueille et le sauve en remplaçant son cœur glacé par une horloge. Dès lors, il doit suivre trois règles fondamentales :

« Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l’horloge de ton cœur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du cœur sera brisée de nouveau. »

 MALZIEU Mathias, La Mécanique du cœur, Paris : J’ai lu, 2009, p. 32.

Choyé par sa mère adoptive, Jack n’octroie le droit de sortir de chez lui qu’à l’âge de 10 ans. Et c’est en ce jour d’anniversaire qu’il croise la route de Miss Acacia, petite chanteuse andalouse perchée sur talons aiguilles, et qui n’y voit rien à plus de 30 centimètres à la ronde. À partir de cet instant, son destin est scellé : il fera tout pour la revoir et la séduire, quitte à affronter le sombre Joe, son rival, et à parcourir monts et contrées jusqu’en Espagne, dans un parc d’attraction désertique. Heureusement, il peut compter sur un ami de taille : le fantasque George Méliès, qui le poussera à décrocher la lune.

Une œuvre triptyque

Cette histoire, sortie de l’imaginaire de l’auteur-chanteur-compositeur Mathias Malzieu, a donné lieu non pas à une, mais à trois créations : un roman, puis un album en 2007, et enfin un film d’animation en 2014. Une œuvre  triptyque, dont chacune des trois facettes nourrit l’histoire… Mathias Malzieu est coutumier du fait, puisque l’album Monsters in Love de son groupe de rock français Dionysos était déjà inspiré de son roman autobiographique Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, tous deux sortis en 2005 (et encore aujourd’hui avec le roman et l’album Vampire en pyjama). Mots mis en musique, mis en images, et réciproquement.

Le roman est un petit bijou, écrit tel un poème, ou plutôt une chanson, aux refrains rythmés et vibrants, et aux couplets plus mélancoliques. Il nous plonge dans une atmosphère « burtonienne », onirique et gothique, où le fantastique nourrit le réel. Les métaphores sont d’une rare finesse, elles nous font rêver autant que réfléchir. Un cœur-horloge (qu’est-ce que le temps a à voir avec les sentiments ?), une fille-acacia (« jeune-fille-en-fleurs… et en épines !), une colonne vertébrale xylophone…

Un conte initiatique, où le héros se bat avec ses émotions… Mais finalement, celles-ci ne sont peut-être pas des ennemies…

Source : AlloCiné

Le film d’animation, ponctué des chansons de l’album éponyme du groupe Dionysos, reprend assez fidèlement le récit originel, hormis quelques adaptations chronologiques et surtout, une fin différente, en suspens, laissant libre cours à notre imagination. Le décor et les personnages ont été remarquablement modélisés par la graphiste-illustratrice Nicoletta Ceccoli, qui a su retranscrire l’atmosphère du roman, entre lyrisme et romantisme noir.

Les personnages, longs et effilés, aux grands yeux expressifs, se situent entre Tim Burton et Rebecca Dautremer, tout en étant les doubles fictifs des membres de l’équipe du film :

  • Mathias Malzieu est Jack, reconnaissable à sa coupe de cheveux atypique (hérissé à l’arrière et aux longues pattes sur les joues) et à ses costumes queue-de-pie noirs.
  • Olivia Ruiz est Miss Acacia, petit oiseau andalou
  • Jean Rochefort est Georges Méliès, bondissant et à moustache
  • Grand Corps Malade est le sombre et inquiétant Joe

Le film regorge d’ailleurs de petits clins d’œil : extraits de chansons des précédents albums de Dionysos ou d’Olivia Ruiz, un groupe de squelettes musiciens s’appelle « Dionys-os » dans le train fantôme…

Davantage qu’une œuvre strictement définie par un début et une fin, Mathias Malzieu crée et vit dans un univers qui lui est propre, fait de magie, de rêve et de musique.

   

MALZIEU Mathias. La Mécanique du cœur. Paris : J’ai lu, 2009, p. 32.  (1re édition Flammarion 2007). 160 pages.

La Mécanique du cœur, 6e album du groupe de rock français Dyonisos, sorti le 5 novembre 2007.

Jack et la mécanique du cœur, film d’animation musical réalisé par Stéphane Berla et Mathias Malzieu. Sorti en salles le 5 février 2014. 1h34.

Source des images tirées du film : AlloCiné

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel

Rendez-vous conte avec Big Fish

big fixh

Welcome to spectre !

Cela aurait pu être un autre titre à Big fish …

Edward Bloom est un conteur. Un homme aux histoires incroyables. Ces anecdotes forment l’histoire de sa vie qu’il raconte encore et encore à l’aube de sa mort. Son fils William revient chez lui pour faire la paix  et aller à la rencontre du père, du vrai, et non pas un personnage de conte de fée. Mais, Edward Bloom campe sur ses positions, il était une fois le jour où il a pêché un énorme poisson.

Les films de Tim Burton ressemblent tous à des contes traditionnels, peuplés de héros, princesse et méchant. Mais Big fish tient une place à part dans sa filmographie, avec une narration abstraite, une alternance de vrai et de faux, une romance. Le projet s’avère le plus personnel du réalisateur car il invente un véritable conte de fée sur un  fond autobiographique.

Le saviez-vous : 

  • Big fish est une adaptation du roman de Daniel Wallace du même nom et fut aussi réalisé en comédie musicale
  • Au départ, le projet était confié à Steven Spielberg qui souhaitait donner le rôle à Jack Nicholson.
  • Marion Cottillard y fait sa première apparition dans le  cinéma américain en tant que compagne de Billy Crudup.
  • Matthew Mc Grory qui incarne le géant mesure vraiment 2,29m  et il est listé dans le guiness des records comme étant l’homme ayant les plus grands pieds du monde (pointure : 62) !!!

La bande-annonce donne toujours autant envie de le regarder, ne vous en privez-pas…

Du fantastique…

Chers voyageurs, laissons la place à de nouveaux mondes, de nouveaux voyages et de nouveaux horizons…Mais pour ne pas se quitter complètement, voici de nombreuses ressources qui vous permettront de poursuivre ce voyage fantastique :

incontournables100 chefs d’oeuvre incontournables de l’imaginaire

Ce guide de lecture propose une sélection de 100 chefs d’oeuvre de la littérature fantastique et vous dévoile enfin toutes les arcanes de cette mystérieuse littérature pour que vous fassiez le meilleur choix. Science fiction, space opera, heroic fantasy, politique fiction, fantasy…Autant de genres qui constituent le fantastique, palette dont disposent les écrivains de l’imaginaire.

Enfin, pour ouvrir le champ des possibles, régalez-vous et faites votre choix parmi tous ces livres consultables sur E-medi@ :new-logo-emedia4

N’ayez pas peur…lisez, explorez et partagez !!!!

Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro

Amis voyageurs, nous vous proposons, en cette fin de voyage, de vous plonger dans l’univers de Guillermo del Toro avec ce film envoûtant : Le labyrinthe de Pan.

Espagne, 19Le labyrinthe de Pan44. Ofelia s’installe avec sa mère dans une garnison dirigée par Vidal, son beau-père, capitaine autoritaire de l’armée franquiste. A proximité de la grande maison familiale, la jeune fille découvre un étrange labyrinthe gardé par une créature nommée Pan. Le monstre lui révèle qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofelia devra se soumettre à trois épreuves que rien ne l’a préparée à affronter…

Ce film est un véritable chef d’oeuvre! Guillermo del Toro nous plonge dans un univers parfois cruel, où le fantastique se marie parfaitement avec la réalité de l’époque.  A découvrir sans plus tarder!!!

Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici la bande-annonce :

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La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée

Venus d'IlleChers voyageurs, nous vous proposons cette semaine de revenir sur une nouvelle qui fait aujourd’hui figure de classique dans la littérature fantastique: La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée.

Elle met en scène un antiquaire parisien répondant à l’appel d’un de ses confrères, provincial, qui a découvert par hasard une statue de Vénus. L’oeuvre d’art possède un regard troublant et, alors qu’un mariage se prépare chez les hôtes du spécialiste venu de la capitale, il semble qu’elle puisse être la cause d’événements mystérieux…

En 1835, lorsqu’il écrit cette nouvelle à la première personne, Prosper Mérimée vient d’être nommé inspecteur général des Monuments Historiques (quelques années plus tard, il classera d’ailleurs l’Abbaye Royale de Nieul-sur-l’Autise). Il a ainsi largement parcouru la France à la recherche des richesses de notre patrimoine. Nulle doute que cette expérience l’a influencé pour l’écriture de cette histoire, les objets du passé pouvant laisser planer un certain mystère propre à stimuler l’imagination.

Lisez, visionnez, écoutez…

Chers voyageurs, la nouvelle d’Edgar Allan Poe, le masque de la Mort Rouge, peut également se voir ou s’écouter.

En effet, découvrez ici le travail de Jean Monset et Tim qui ont osé adapter la nouvelle en cinéma d’animation : http://masque.mort.rouge.free.fr/

Fermez maintenant les yeux et laissez vous transporter par la voix d’Alain Couchot qui propose ici une lecture chez Audio Livres:

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Très belle année 2016, pleine de découvertes avec les Voyageurs du Soir!

Le masque de la Mort Rouge d’Edgar Allan Poe

Comme annoncé dans un précédent billet, nous vous invitons à lire ou relire cette courte nouvelle d’Edgar Allan Poe : Le masque de la Mort Rouge.

Le masque de la mort rouge

Une terrible épidémie de Mort Rouge frappe le pays. La Mort Rouge doit son nom aux douleurs aiguës et au suintements de sang par les pores de la peau, qui colorent les vêtements et le visage, donnant à la victime un aspect repoussant. Face à ce fléau, le prince Prospero s’enferme avec un millier de ses courtisans dans une de ses abbayes. Mais la Mort Rouge n’a pas dit son dernier mot…

Cette nouvelle d’à peine dix pages illustre parfaitement le génie de Poe, véritable maître du genre fantastique. Ne vous arrêtez pas à la lecture de cette nouvelle, poursuivez avec ce recueil où Edgar Allan Poe nous invite à la célébration sanglante des noves de l’horreur et de la mort!!