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Mãn, Kim Thúy

Mãn… derrière ce titre laconique et mystérieux se cache un roman délicat et sensoriel, qui nous plonge dans les effluves de la cuisine vietnamienne, tout en nous faisant vivre le quotidien d’une jeune femme vietnamienne réfugiée au Canada. Un récit paré de blanc, le blanc du riz et de la noix de coco, d’une peau de porcelaine, d’une écriture entrecoupée de silences et de respirations.

Source : éditions Liana Lévi

« Celle pour qui il ne reste plus rien à désirer »

Mãn est une jeune femme vietnamienne qui a été abandonnée à la naissance. Déposée dans le potager d’un temple bouddhiste, elle est alors recueillie par une moniale qui la nourrit d’eau, de lait et de riz. Elle est ensuite confiée à une autre femme, une enseignante qui lui transmet son amour des mots, et lui apprend le français en lui lisant chaque soir des extraits d’Une Vie de Guy de Maupassant. Trois mères donc : celle qui met au monde, celle qui recueille et celle qui élève.

Mariée à un restaurateur vietnamien, Mãn part vivre au Canada, à Montréal, où elle aide son mari dans son petit restaurant de plats traditionnels, fréquenté par une maigre clientèle d’immigrés. Une vie faire de renonciation et d’abnégation, entrecoupée de petites joies : le réconfort des plats de son enfance, l’amitié fusionnelle avec une jeune femme nommée Julie, la naissance de ses enfants… Poussée par son amie Julie, elle devient finalement une cheffe renommée et trouve le véritable amour en la personne de Luc, un jeune chef français.

« (…) je m’appelle Mãn, qui veut dire “parfaitement comblée” ou “qu’il ne reste plus rien à désirer” ou “que tous les vœux ont été exaucés”. Je ne peux rien demander de plus, car mon nom m’impose cet état de satisfaction et d’assouvissement. »

THÚY Kim, Mãn, Paris : éditions Liana Levi, 2013, p. 34-35.

(Dans notre culture judéo-chrétienne, difficile de ne pas faire le rapprochement avec la « manne », la nourriture miraculeuse Hébreux dans le désert pendant l’Exode, une nourriture fine et blanche tombée du ciel…)

Une immersion dans la culture vietnamienne

L’écriture est ici marquée par la propre histoire de l’auteur, Kim Thúy, née à Saïgon en 1968 pendant la guerre du Vietnam, qu’elle fuit avec ses parents en tant que boat-people à l’âge de 10 ans pour le Québec. Après des études de linguistique et de droit, elle exerce de nombreux métiers, dont celui de restauratrice, avant de se consacrer exclusivement à l’écriture. Son premier roman, Ru, (« petit ruisseau » en français), rapporte d’ailleurs ses souvenirs en tant que réfugiée vietnamienne, au fil de sa pensée, ruisselante comme l’eau.

Source : Pixabay

À travers l’histoire de Mãn, nous découvrons aussi la cuisine vietnamienne, le rapport presque cérémonial à la nourriture, à travers des gestes précis et réfléchis, que ce soit dans la préparation ou dans la dégustation.

« Les mères enseignaient à  leurs filles à cuisiner à voix basse, en chuchotant afin d’éviter le vol des recettes par les voisines, qui pourraient séduire leurs maris avec les mêmes plats. Les traditions culinaires se transmettaient en secret, tels des tours de magie, entre maître et apprenti, un geste à la fois, selon le rythme du quotidien. Dans l’ordre naturel, les filles apprenaient donc à mesurer la quantité d’eau pour le riz avec la première phalange de l’index, à tailler les « piments vicieux » (ót hiêm) avec la pointe du couteau pour les transformer en fleurs inoffensives, à éplucher les mangues de la base à la pointe pour ne pas contredire le sens des fibres… »

THÚY Kim, Mãn, Paris : éditions Liana Levi, 2013, p. 12.

Blancheur : pureté et silence

Le roman est construit sous la forme de courts chapitres avec un court titre en vietnamien, accompagné de sa traduction, dans la marge latérale : chuôi, « banane » ; con sóc, « écureuil »; tho, « poème », màu, « couleur », mùa, « saison »… L’écriture est à l’image de ces titres concis mais évocateurs. Très particulière, elle procède en petites touches sensorielles et poétiques. Ce discours laconique, sans fioritures, laisse place à l’imaginaire.

Source : Pixabay

La couleur blanche prédomine aussi dans ce roman : blancheur de la peau de porcelaine de Mãn, des spécialités culinaires vietnamiennes à base de riz et de noix de coco, blancs laissés volontairement dans la page, dans l’histoire. Dès lors, le roman se ressent plus qu’il ne se lit.

« Elle m’emmenait chez la marchande de ces crêpes vietnamienne pour la regarder étendre le mélange de farine de riz sur une toile de coton déposée directement au-dessus d’un immense chaudron d’eau bouillante. Elle étalait le liquide en tournant sa louche sur la toile sur la recouvrir entièrement. En quelques secondes, la crème se transformait en une peau fine et translucide qu’elle décollait avec sa tige de bambou aiguisée en palette longue et mince. Maman prétendait qu’elle était la seule mère à savoir envelopper sa fille de cette crêpe pendant sa sieste pour que sa peau puisse se comparer au reflet de la neige et à l’éclat de la porcelaine. »

THÚY Kim, Mãn, Paris : éditions Liana Levi, 2013, p. 34-35.

THÚY Kim. Mãn. Paris : éditions Liana Levi, 2013. 144 pages.

Lire un extrait sur le site de l’éditeur

Mathilde Chicaud
Mathilde l’Arbre-en-ciel
l'appel gourmand de la forêt

L’Appel gourmand de la forêt, Linda Louis

Délaissez vos caddies pour des paniers en osier, et vos listes de courses contre un herbier. Armés de bottes en caoutchouc et de gants rembourrés, succombez à L’Appel gourmand de la forêt, titre du très bel ouvrage de l’auteure culinaire et photographe Linda Louis, paru en 2011 aux éditions La Plage. À mi-chemin entre le guide de cueillette sauvage, le manuel d’herboristerie et le carnet de recettes, ce livre nous invite à arpenter les sentiers boisés et à redécouvrir les trésors sylvestres.

l'appel gourmand de la forêt
Source : éditions La Plage, texte et image Linda Louis

Ail des ours, sureau, ortie, violettes, cynorhodons… autant de plantes sauvages comestibles facilement identifiables et accommodables dans nos plats. Vivant en plein cœur d’une forêt dans l’Allier, Linda Louis est familière de la cueillette et de la « cuisine sauvage ». Elle partageait d’ailleurs ses astuces et ses recettes sur son site Cuisine Campagne. Par cette ouvrage, elle nous initie à la reconnaissance des plantes le plus courantes, à leur utilisation culinaire, ainsi qu’à leurs nombreux bienfaits.

Source : éditions La Plage, texte et image Linda Louis

Chaque chapitre est consacré à une plante ou à un champignon, et se compose d’une brève introduction historique, d’une fiche d’identité détaillée et enfin d’une ou plusieurs recettes. Ces dernières sont toutes plus alléchantes les unes que les autres, servies par les sublimes photographies de l’auteure : quiche aux orties, beignets aux fleurs de sureau, tapenade de trompettes-de-la-mort, crème glacée à la mûre, eau de bouleau, riz-au-lait au sucre de violette, kéfir de fraises des bois, crème de châtaignes… Elles redonnent goût à une cuisine simple, plus végétale, riche en saveurs mais aussi en bienfaits nutritionnels, puisque ces plantes possèdent toutes de nombreuses propriétés médicinales, et nous rappellent l’adage d’Hippocrate, « médecin » grec des Ve et IVe siècles avant notre ère :

« Que ton alimentation soit ta première médecine. »

Colorée et ludique, la cuisine sauvage n’en est pas moins gourmande, et est aussi synonyme de partage et de convivialité. En feuilletant le livre de Linda Louis, en s’arrêtant sur la photographie d’un superbe paysage, d’un panier rempli de châtaignes ou de mûres, qui ne se souvient pas d’une escapade en forêt, suivi d’un festin sylvestre, de l’omelette aux champignons aux châtaignes rôties au feu de bois, en passant par la confiture de mûres ?

Source : éditions La Plage, texte et image Linda Louis

Vous n’aurez ensuite plus qu’une envie : intégrer ces délices végétaux dans vos repas, et en profiter pour faire une belle promenade à l’ombre des arbres. Je partage d’ailleurs avec vous une recette tirée de mes propres carnets, très simple à réaliser (avec un peu de patience) et parfaite pour les beaux jours ensoleillés : une citronnade/limonade parfumée aux fleurs de sureau, aussi appelée « Champagne des fées ». Par leur fermentation, les fleurs de sureau permettent ainsi d’obtenir une boisson gazeuse naturelle absolument délicieuse.

Citronnade aux fleurs de sureau, ou champagne des fées

Limonade sureau
Photographie Mathilde Chicaud

Pour un litre :

  • 2 à 3 corymbes de fleurs de sureau
  • 1 citron non traité
  • 40 à 60 g de sucre en poudre, selon les goûts
  • 1 cuillère à soupe de vinaigre de cidre
  • 1 litre d’eau

Partir cueillir des fleurs de sureau vers mai-juin, récolter quelques corymbes (sortes de grappes aplaties de fleurs). Attention ! Ne pas confondre le sureau noir, comestible, avec le sureau hièble, toxique : un moyen très simple pour les distinguer est de s’assurer que le sureau choisi est un arbre, possède de fait une écorce et mesure plus de deux mètres de haut. Le sureau hièble est en effet une plante herbacée, avec une tige donc, ne dépassant pas les deux mètres. En outre, le sureau hièble fleurit plus tardivement, vers juillet-août.

Dans un grand bocal en verre, effleurer les corymbes de fleurs de sureau pour retirer les petites tiges, qui pourraient apporter un peu d’amertume.

Ajouter le sucre, le citron coupé en tranches et le vinaigre de cidre.

Recouvrir d’eau.

Mélanger à l’aide d’une cuillère en bois jusqu’à la complète dissolution du sucre.

Recouvrir le bocal d’un voile fin de type gaze à l’aide d’un élastique, et laisser fermenter 4 à 5 jours au soleil, en remuant la préparation tous les soirs à l’aide d’une cuillère en bois.

Au bout de 4 ou 5 jours, filtrer le tout et mettre en bouteille. Veiller à utiliser des bouteilles  avec capsule à vis ou bouchon à clipser, en raison du gaz contenu dans la boisson.

Servir bien frais, après une nuit minimum au frigo. Vous pouvez aussi la laisser se gazéifier davantage pendant quinze jours avant de la consommer. Elle se conserve ensuite plusieurs mois en cave.

Découvrez aussi une recette de galettes de pommes de terre à l’ortie sur mon site L’Arbre-en-ciel.

Photographie Mathilde Chicaud

LOUIS Linda. L’Appel gourmand de la forêt. Paris : La Plage, 2011. 324 pages.

Découvrir quelques pages sur le site de l’éditeur

Mathilde Chicaud
Mathilde L’Arbre-en-ciel

La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm

L’odeur suave des pommes sucrées dans la cave, l’arôme gourmande d’un croissant beurré encore tiède, la fraîcheur des petits pois que l’on écosse chez mamie.. et bien sûr la première gorgée de bière au soleil. Toutes ces petites gourmandises intenses mais fugaces, qui nous font fermer les yeux un temps et savourer l’instant. Dans son recueil de nouvelles justement intitulé La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, l’auteur français Philippe Delerm évoque trente-quatre de ses petites madeleines de Proust, dont la plupart mettent à l’honneur les plaisirs de la table.

Source : Gallimard

De petites touches évocatrices et sensorielles

Philippe Delerm nous dépeint des petits fragments de la vie quotidienne, à l’instar d’autres de ses ouvrages tels qu’Enregistrements pirates (2003) ou Le Trottoir au soleil (2011). Toutefois, La Première gorgée de bière se démarque par son écriture particulièrement sensorielle. Les descriptions ne sont pas seulement factuelles, mais procèdent par évocations. Évocation physique, à travers les arômes, les textures, les couleurs, les sons, et bien sûr les saveurs. Évocation temporelle, puisque ces « petits plaisirs » proustiens transportent l’auteur-narrateur dans ses souvenirs : des vacances au soleil, la maison de sa grand-mère, son enfance, un voyage… L’exceptionnel et l’imprévu côtoient et se confondent avec l’habitude et le quotidien.

Une saveur douce-amère

Dès lors, ce recueil de nouvelles s’apparenterait à un manuel de pensées positives et de pleine conscience dans son aspect le plus concret, en nous enjoignant à s’émerveiller des petits riens qui ponctuent notre vie. Se rendre compte de la beauté de la simplicité, de la simplicité de la beauté. S’il est si difficile d’exprimer ses émotions, Philippe Delerm parvient, par ces évocations, à toucher du doigt l’indicible. Néanmoins, chacune de ces réminiscences, aussi douce soit-elle, a un léger goût d’amertume. Sa fugacité en est la principale cause : à peine effleurée, elle s’est évaporée. La première gorgée de bière sera toujours la plus désaltérante et la plus agréable, les autres qui suivront ne seront que de pâles répétitions.

À la recherche de nos propres madeleines de Proust…

Cet ouvrage se lit avec gourmandise, d’une traite ou par petites gorgées, selon les goûts. Dans tous les cas, il nous invite à voyager dans nos propres souvenirs. En le refermant, des bribes sensorielles me sont revenues en mémoire, mes madeleines de Proust, je les ai ressenties comme si je les vivais à nouveau. Il y avait la saveur des tartines pain-beurre-chocolat des goûters après l’école, avec le bon gros pain complet et dense, recouvert de beurre demi-sel et de carrés de chocolat noir, les mains tachées du jus violin des mûres cueillies sur le chemin des vacances et dévorées jusqu’à en avoir mal au ventre, les énormes tomates biscornues mais si charnues de tonton Jojo, l’odeur de friture des bottereaux cuits dans le garage de mamie, qui nous suivait plusieurs heures durant en s’accrochant à nos vêtements, la compote de pommes encore tiède que l’on met en bocaux, le parfum des fleurs de sureau (dont on peut faire une délicieuse boisson gazeuse naturelle), les galettes de blé noir dégustées dans une petite crêperie bretonne typique, accompagnées d’une bolée de cidre brut bien frais… (liste non exhaustive).

Quels seront les plaisirs gourmands que la lecture de La Première gorgée de bière referont émerger en vous ?

DELERM Philippe. La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Paris : Gallimard, 1997. 96 pages. (Collection L’Arpenteur). 

Source de l’image à la une : Pixabay

Mathilde Chicaud
Mathilde l’Arbre-en-ciel

Contes des sages cuisiniers

Avec Les Contes des sages cuisiniers, Pascal Fauliot et Patrick Fischmann nous entraînent à la découverte de 25 contes de tous les pays, tous reliés à la cuisine. 

Dans cet ouvrage, le lecteur découvre des traditions et des savoir-faire culinaires à travers les continents et les époques. Grâce à ces contes, il se retrouve aussi bien autour d’une table princière que dans un camp nomade ou une chaumière. Il visite les traditions de l’Inde, de l’Afrique, du Maghreb.

Un réel dépaysement, une ouverture sur des traditions gourmandes et des cultures variées.

Chaque conte est superbement illustré par une iconographie soignée et une frise différente pour chacun.

Quelques titres de contes vont vous donner l’eau à la bouche :
– les petits pains de l’impératrice
– un festival d’aubergines
– le chant du couscous
– le dîner des prétendants
– etc.

Voici un extrait magnifique qui vous fera penser à votre marché :

« Le grand bonheur de Ch’hâ consistait à déambuler au milieu des étals du vieux marché. Il s’extasiait devant les poivrons et les tomates, il les soupesait et les levait vers le soleil, choisissant ceux qui étaient gorgés de lumière. Gourmand, il jouait avec les gousses d’ail et les gros oignons blancs, dénichait dans les couches de peau des saveurs dissimulées au profane, faisait grande provision de citrons et d’olives marinés aux herbes et aux piments. »

Partez à la découverte d’autres contes de la collection Contes de sages au Seuil.

(source image :  Electre)

Epona

Les bonbons : douceurs et délices

Place à la poésie avec un poème de Roland Topor tout en gourmandise, Les bonbons. Le recueil Poèmes de notre enfance rassemble des poèmes aux thématiques variées : famille, nuit, travail, animaux, mais aussi gourmandises.


Voici une poésie du XIXe siècle qui nous rappelle notre enfance :

Les bonbons 

J’aime mieux les bonbons
que le gigot de mouton.

J’aime mieux la cannelle
que les vermicelles.

J’aime mieux les gâteaux
que la soupe aux poireaux.

J’ai des confitures
sur toute la figure
et du chocolat
du haut jusqu’en bas.
Moustache de chat
filet de foie gras.

(source images : Pixabay-Skeeze / Pixabay-Daria Yakovleva)

Epona
Epona

Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

Partons à présent à la découverte des dorayaki, célèbre pâtisserie japonaise, avec Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa, une ode à la cuisine et à la vie.

Sentarô, le personnage principal, gère une pâtisserie à Tokyo pour rembourser une dette.
Seul dans sa petite échoppe, en face d’un cerisier, symbole du passage des saisons, il vend des dorayaki, une des plus anciennes pâtisseries du Japon. Il accepte d’embaucher Tokue, une vieille femme aux doigts déformés, en qui il n’a pas vraiment confiance.

Tokue est experte en cuisine et elle l’initie à l’art délicat de confectionner le an, cette pâte de haricots rouges avec laquelle les dorayaki sont fourrés. La clientèle afflue mais le rêve va tourner court. La vieille femme cache un secret et disparaît du jour au lendemain.

En lisant ce roman, on entre dans un autre monde plein de délicatesse et de poésie. L’histoire s’articule autour de trois personnages extrêmement attachants, Sentarô, Tokue et une adolescente. On découvre également tout un pan méconnu de l’histoire du Japon.

Ce roman a été adapté au cinéma dans un film remarquable réalisé par Naomi Kawase en 2015.  On y retrouve tout la douceur et la simplicité présentes dans le roman.

Cliquez ici pour voir la bande annonce !

Pour les gourmands, voici la recette des dorayaki (pour 6 dorayaki de 9 cm de diamètre)

Préparation: 25 minutes.

Ingrédients :
2 œufs
100 g de sucre
1 ½ cuillère à soupe miel
1 cuillère à soupe d’huile
1/3 cuillère à café de bicarbonate de soude (mélangé à autant d’eau)
1 cuillère à soupe de mirin
150 g de farine
40-60 cc d’eau
300 g d’azuki en boîte

  1. Battez à la main les œufs dans un saladier et ajoutez y progressivement le sucre, miel, l’ huile, le bicarbonate de soude et enfin le mirin.
  2. Ajoutez la farine tamisée en deux fois en remuant bien.
  3. Ajoutez de l’eau en mélangeant jusqu’à l’obtention d’une pâte lisse.
  4. Recouvrez avec un film et laissez reposer 15 minutes dans le frigo.
  5. Chauffez la poêle à feu moyen, une fois la poêle chaude, retirez la et baissez le feu. Une fois la poêle refroidie, remettez la au feu et huilez à l’aide une serviette.
  6. versez 2/3 de louche de pâte dans la poêle en forme de rond. Couvrez immédiatement.
  7. Cuire à feu doux jusqu’à ce que des bulles apparaissent sur la surface de la pâte.
  8. Tournez la pâte et cuire l’autre face.
  9. Mettez 50 g d’azuki entre deux pâtes.

Bonne dégustation

(source image : Electre, wikipédia)

Epona
Epona

Anecdotes historiques et gourmandes

Mais au fait, savez-vous comment se crée une recette ? Comment les soeurs Tatin on inventé la tarte du même nom ? Comment Rossini composa son tournedos ? D’où vient la pêche Melba ? Vous découvrirez tout cela et bien d’autres anecdotes gourmandes encore dans le livre Petites histoires de derrière les fourneaux de Florence Noiville. 

 

Entrée : le vol-au-vent
On doit l’invention du vol-au-vent au brillant pâtissier Antonin Carême (1783-1833).
Alors qu’il est au service du prince de Condé, particulièrement gourmand de tartes, Antonin se met à la recherche d’une pâte légère. Il fait plusieurs essais puis met au four deux cercles de pâte réunis par un ruban de pâte feuilletée. Une fois enfournée, la pâte s’élève dans les airs. Un cuisinier dit « Antonin, regarde ! Ta tourte vole au vent. » Ainsi est née la croûte du vol-au-vent. Après, il suffit de la garnir de champignons.
Ensuite, Antonin Carême poursuit son ascension et devient cuisinier personnel de la famille Rothschild.

 

Plat : le poulet Marengo
Marengo est une petite ville située au nord-ouest de l’Italie. Nous sommes en 1800 et la bataille fait rage entre les Autrichiens et les Français emmenés par Bonaparte. Le combat s’enlise puis on finit par donner la charge : voici les Autrichiens en déroute. Mis en appétit, Bonaparte demande un repas fastueux mais catastrophe : les fourgons de ravitaillement sont lien derrière.
Le cuisinier décide d’utiliser tout ce qu’il pourra réquisitionner sur place : poulets, tomates, champignons, huile d’olive, persil, herbes. Il arrose le tout d’un vin blanc récupéré chez les Italiens. On dit que Bonaparte trouva ce repas délicieux. C’est depuis ce jour devenu un classique.

 

Dessert : la pêche Melba
Avant de désigner un dessert, la Melba était d’abord une femme, une grand cantatrice : Nelly Melba, connue pour interpréter superbement les opéras de Wagner. En 1893, un soir, elle rentre dans son hôtel à Londres et le célèbre cuisinier de l’époque, Escoffier, a préparé un grand dîner en son honneur. Comme il est question d’un cygne dans l’opéra qu’elle vient d’interpréter, il a voulu reproduire l’animal avec une demi-pêche dans de la glace à la vanille, le tout nappé d’une purée de framboises légèrement sucrées. Ainsi, la pêche Melba était née.

 

Et vous, vous connaissez d’autres anecdotes gourmandes ?

Epona

(sources images : Electre, vol au vent : Cuisine AZ, poulet : Pixabay/RitaE, pêche : Flickr)

The Lunchbox : un film saveur cannelle et curcuma

Chaque jour à Mumbai, près de 200 000 dabbas, les lunchboxes indiennes, sont livrées à la pause déjeuner, directement sur le lieu de travail. Les dabbawallahs, la plupart illettrés, se basent sur un code de couleurs pour mener à bien leur mission. Ce système de livraison atypique a été jugé presque infaillible par l’université d’Harvard, dont une étude a conclu que seulement un repas sur un million était apportée à la mauvaise adresse ! Et c’est ce fameux repas égaré qui est à l’origine du film The Lunchbox, Dabba en indien, réalisé par Ritesh Batra et sorti en décembre 2013. Un film d’où s’échappe une multitude d’effluves épicées, de la douceur de la cannelle à l’amertume du curcuma. 

Source : Allociné

Une romance douce-amère

À l’opposé des fresques colorées et virevoltantes de Bollywood, le premier long-métrage de Ritesh Batra dépeint une Inde certes pleine d’effervescence et de dynamisme, mais aussi profondément marquée par le poids de la tradition et une certaine mélancolie. Les deux personnages principaux, Ila et Saajan, incarnent tous deux ce sentiment doux-amer.

Ila Singh est une jeune femme qui tente de reconquérir son mari fuyant et distant en lui concoctant un délicieux repas, livré chaque midi par les dabbawallahs. Elle passe ainsi de nombreuses heures seule en cuisine, parfois guidée par la voix de sa voisine du dessus, à marier épices et mets, dont la fragrance musquée semble traverser l’écran et parvenir jusqu’à nous. Mais ses efforts semblent réduits à néant lorsqu’elle se rend compte que sa lunchbox arrive à la table d’une autre personne…

Cette autre personne, c’est Saajan Fernandes, un homme taciturne et solitaire, qui s’apprête à prendre sa retraite après une longue carrière en comptabilité dans une grande entreprise.

La délicatesse et le raffinement soudains de son déjeuner (après des années de chou-fleur bouilli) vont peu-à-peu dérider Saajan et l’ouvrir au monde qui l’entoure,  a fortiori lorsqu’il découvre un jour un petit mot glissé par Ila parmi les mets… Une correspondance, tant littéraire que culinaire, s’installe alors entre la jeune femme et Saajan.

La nourriture, créatrice de liens

La nourriture est ici un protagoniste à part entière, elle vient créer du lien, et combler un vide, mélange de faim au sens physique du terme et de soif de reconnaissance, d’amitié et d’amour. Les plats d’Ila finissent par raconter une histoire, son histoire, et révèle davantage sa personnalité que ses mots couchés sur le papier. Cette double dimension de la nourriture, à la fois sociale et introspective (que l’on retrouve dans le très beau roman L’École des Saveurs d’Erica Bauermeister, où chaque plat est rattaché à un souvenir), donne toute sa saveur à ce film délicat, qui nous montre en quoi notre rapport à la nourriture est révélateur de notre rapport aux autres.

The Lunchbox est un film qui nous incite à considérer la nourriture comme un don, et la cuisine comme un moyen de communication, un moyen de prendre soin de nous et des autres. Je vous invite donc à enfiler votre tablier avec une recette de dahl aux lentilles corail et aux carottes, accompagné de chapatis, pains plats indiens.

© Mathilde Chicaud

Passons en cuisine !

Dahl aux lentilles corail et aux carottes

Pour 2 à 3 personnes :

  • 120 g de lentilles corail
  • 2 carottes
  • 3 càs de purée de tomate ou 1 tomate en dés
  • 1 càs d’huile d’olive (ou de ghee, beurre clarifié indien)
  • 1 morceau d’algue kombu (facultatif, pour favoriser la digestion des légumineuses)
  • 1 càs de curry
  • 1 càs de curcuma
  • 1 càc de paprika ou de piment rouge
  • ½ càc de gingembre
  • 1 càc de graines de cumin entières ou moulues
  • 2 feuilles de laurier
  • 1 gousse d’ail écrasée ou 1 càc d’ail en poudre

Faire cuire les lentilles corail pendant environ 15 minutes dans trois fois leur volume d’eau avec le morceau d’algue kombu, 1 feuille de laurier, le curcuma, le paprika et le gingembre, jusqu’à ce que l’eau soit complètement absorbée. Retirer l’algue et la feuille de laurier et réserver.

Dans une casserole, faire revenir l’ail dans l’huile ou le ghee. Ajouter le cumin, les carottes coupées en fin tronçons, la purée de tomate, une feuille de laurier et un petit peu d’eau. Laisser cuire jusqu’à ce que les carottes soient fondantes. Ajouter alors les lentilles corail, bien mélanger. Servir avec du riz et/ou des chapatis.

Chapatis

Pour 6 pains plats :

Version traditionnelle

  • 100 g de farine complète (épeautre ou blé)
  • 20 g de farine blanche (épeautre ou blé)
  • 1 pincée de sel
  • Eau tiède

 

Version sans gluten

  • 120 g de farine de riz complet
  • 1 pincée de sel

Dans un saladier, mélanger la ou les farines avec le sel. Ajouter petit-à-petit l’eau jusqu’à former une boule de pâte souple et non collante. Pour la version sans gluten, utiliser de l’eau bouillante plutôt que tiède, car elle va faire réagir l’amidon du riz  et permettre à la pâte de gagner en élasticité.

Laisser reposer une quinzaine de minutes avant de répartir la pâte en six parts.

Étaler chacune des parts en un large cercle d’environ 2 à 3 millimètres d’épaisseur sur un plan de travail fariné.

Faire cuire les pains un par un dans une poêle bien chaude quelques minutes de chaque côté, en surveillant bien. L’idéal est de voir le pain gonfler à la cuisson !

Pour aller plus loin…

Et pour d’autres plats indiens, je vous conseille le blog de cuisine de Pankaj, ainsi que sa chaîne Youtube.

The Lunchbox, un film de Ritesh Batra, sorti en France le 11 décembre 2013. Durée : 1h42. Avec Nimrat Kaur dans le rôle d’Ila et Irrfan Khan dans le rôle de Saajan. 

Mathilde Chicaud
Mathilde l’Arbre-en-ciel